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Rameau selon Currentzis : le son de la lumière

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« Musette et tambourin en rondeau pour Terpsichore », un extrait des Fêtes d’Hébé. Pourquoi choisir cette musique pour lundi ? D’abord parce qu’on célèbre cette année le 250ème anniversaire de la disparition de Jean-Philippe Rameau, et que le compositeur fait l’objet de nombreuses éditions au disque, notamment un beau coffret des Arts Florissants (édité chez Harmonia Mundi). Mais la lecture de Rameau que l’on écoute ici n’est pas celle de William Christie, c’est vers un autre horizon (et de toute façon il ne s’agit pas de faire ici de musique comparée) que nous mène le chef d’origine Grecque, Teodor Currentzis avec son ensemble Musicaeterna. Ensemble, depuis le kraï de Perm en Russie ils se sont fait remarquer par des enregistrements très radicaux, dans le son comme dans l’interprétation vocale (voir Les Noces de Figaro début de leur intégrale de la trilogie Mozart-Da Ponte).

Currentzis a choisi un programme autour de Rameau parce qu’il veut nous parler de « la plus riche des lumières apollinienne » dit-il, et vous savez que l’objectif du changement d’heure qui nous affecte tous depuis la nuit de samedi à dimanche est principalement de faire correspondre au mieux les heures d’activités avec les heures d’ensoleillement (pour limiter l’utilisation d’éclairage artificiel). Qui dit lumière dit intensité, et pourquoi pas jusqu’au bord de l’épouvante même...

« Essayons du Brillant, Donnons dans la saillie » dit La Folie dans Platée, (ici incarnée par la soprane Nadine Koutcher). Il ne donne pas dans la demi-mesure l’Ensemble Musicaeterna sous la direction de Teodor Currentzis : un orchestre qui a l’habitude de jouer debout, qui fait claquer les cordes si besoin, et pousse les rythmes au bord de la rupture. La prise de son de Nicolas Bartholomée, réalisée à Perm dans l’Oural accompagne les musiciens dans leur radicalité. « Faire quelque chose d'agréable à l'écoute c'est facile. Ce qui est difficile c'est de convaincre dans le temps » dit souvent Currentzis. On verra si celui-ci lui donne raison… Difficile de refuser à Currentzis son panache. Reste un manque évident d’humilité qui saute aux yeux (sinon aux oreilles) dès sa note d’intention :

« J’ai fait cette anthologie de musique de Rameau pour les auditeurs qui cherchent de nouveaux signes, une vérité plus profonde sur eux-mêmes. C’est comme cette conversation difficile avec soi-même sur les choses les plus existentielles de la vie qu’il faut avoir, mais que l’on essaie toujours d’éviter « demain, la semaine prochaine, pas maintenant, pas maintenant ». Dans une telle conversation on est nu, et que c’est douloureux. On ne peut fait semblant, mentir ou se cacher. Alors allez-y, voilà le son de la lumière ».

On se quitte donc avec un « Orage », celui du Ballet des fleurs.

Jean-Philippe Rameau

extraits diffusés :

Les Fêtes d’Hébé : Musette et tambourin en rondeau pour Terpsichore

Platée : La Folie Récitatif & Ariette « essayons du brillant... Aux langueurs d’Apollon »

Les Indes Galantes : Ballet des fleurs « Orage »

Rameau « The Sound of Light » - Musicaeterna – Teodor Currentzis (Sony classical)

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