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Slow Joe, descente des ténèbres depuis l’Inde

6 min

Slow Joe & The Ginger Accident “Lost for love”
Slow Joe & The Ginger Accident “Lost for love” Crédits : Radio France

« Pas de crème caramel – ce monde ne sert pas de desserts à ceux qui se sont loupés » le propos est signé Joe Rocha, 71 ans, indien né à Bombay, ancien toxicomane qui connaît une vie nouvelle depuis quelques années, grâce à une voix persévérante. Son histoire a souvent été racontée, résumé rapide : en 2007 sur la côte ouest de l'Inde, à Calangute près de Goa, Joe vit de petits services dans la rue, il croise un jeune musicien français à qui il indique un hôtel, en chemin ils parlent un peu, sympathisent et Joe chante, en se déplaçant lentement – d’où son surnom de Slow Joe (flegme rare) – côté chant on est à mi-chemin entre le crooner et poète rock maudit, aime autant Sinatra et Jim Morrison. Sa voix plait beaucoup à Cédric de la Chapelle qui l’enregistre et qui, revenu en France, va composer et écrire toute la musique à partir des enregistrements, allant jusqu’à former un groupe pour ce seul projet. L’aventure se poursuit à Paris puis Rennes où ils viennent jouer ensemble pour la première fois tournée et 1er album connaissent un joli succès et voici que paraît le deuxième album Lost For Love – perdu pour l’amour – pas pour les duos en tout cas à en juger par Cover Me Over ici avec Yael Naïm.

Les violons débridés viennent ici de Calcutta, on retrouve ces arrangements de cordes caractéristiques des musiques de films indiens, des déferlantes ou des « runs » à l’unisson (on entendait les mêmes dans le dernier album de Thomas Fersen, réalisé par les Ginger Accident le groupe de Slow Joe). En plus des violons, l’autre grande différence avec le premier album, c’est l’écriture de Slow Joe. Là où on entendait quelques a capella bien arrangés avec beaucoup de jeux de mots, ici le disque plus sombre commence sur « You don’t have to tell me » où il dit « je ne veux pas chanter pour eux, ni pour toi, juste pour moi » comme illustration de la relation de subordination entre le vieux chanteur et les jeunes musiciens. Dans Waters of Loneliness Joe Rocha parle de perdre son âme, « je suis un descendant des ténèbres »… Plus avant ce manifeste farouche Gimme no Direction doit être écouté jusqu’au bout « sois personne ou sois toi-même, reçois l’inconnu comme l’air frais sur ton visage, je faisais ca tout le temps quand je dormais dans la rue, je le referai une fois pour toi, et j’écrirai une chanson là dessus ». Un seul titre ici chanté en hindi ici, chanson avec sa part d’étrangeté dans le son et la musique (composé avec une gamme balinaise) Hum Dia, qui veut dire en gros « Je donne, tu donnes ». Message reçu.

extraits diffusés :

No Caramel

Cover Me Over (feat. Yael Naïm)

Gimme No Direction

Hum Dia

Slow Joe & The Ginger Accident “Lost for love” (Tôt ou Tard)

concerts à partir d’octobre (au Rhino Jazz Festival, puis Dijon, Lyon) au New Morning à Paris le 4 novembre 2014

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