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Wu Tang, le retour. Lendemains radieux dans le passé

6 min

wu tang
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« Il y a souvent plus d’angoisse à attendre un plaisir qu’à subir une peine » écrivait Colette dans Belles Saisons : parmi les albums très attendus depuis 2013 (et bien au-delà du monde hip-hop) celui du Wu Tang qui vient de paraître cette semaine. 7 ans de réflexion pour sortir enfin le 6ème album studio du collectif ou plutôt du « Clan » New Yorkais. Ils n’avaient pas été réunis au complet depuis la disparition d’un de leur membres fondateurs Ol'Dirty Bastard décédé en 2004, et c’est sa voix qu’on entend résonner ici en premier, comme une ombre bienveillante pour ouvrir ce « Better Tomorrow ».

Un album qui aura été «le plus difficile à faire» selon RZA (producteur principal du WT) il a fallu résoudre les conflits de leadership et d'intérêts peut-être (notamment avec Raekwon). Un album de futur radieux comme l'illustre son titre "De meilleur lendemains" la pochette elle aussi relève de l'utopie : sont réunis sur un front de mer glorieux les plus grands monuments du monde entier, super cité futuriste qui accumulerai les savoirs et les cultures, sous le signe d'un nuage en forme de W. Les gardiens du temple sont-là, à commencer par Method Man « Keep Watch »

Un disque du futur à l’évidence tourné vers le passé : la soul des années 60-70 d’un côté (ici le Gospel des Sweet Inspirations qu’on entendait, avec aussi des samples « empruntés » aux groupes de Philadelphie comme les O’Jays pour le dernier titre) et de l’autres les arts martiaux (extraits de films honkongais, d’ailleurs Better Tomorrow était le titre original du Syndicat du crime de John Woo). Aussi tourné sur eux-mêmes avec des citations comme « When the mc's came, to live our their name » l'ouverture de Liquid Swords de GZA, ici directement citée dans le troisième titre (40th Street Black/ We Will Fight). Retour introspectif et parfois poisseux comme dans "Pioneer the frontier", traversé d'abeilles tueuses, encore.

Rien n’est jamais simple avec le Wu Tang, qui reste l’un des groupes les plus influents de ces 20 dernières années sans avoir pour autant réalisé de vente record : 5 albums en 25 ans et « seulement » 6 millions d’exemplaires vendus. Reste à savoir si le fameux album unique « Once upon a time in Shaolin » présenté comme une œuvre d’art singulière dans un coffret d’argent ciselé sera mise en vente ou pas au Art Basel de Miami qui a ouvert hier.

Reste surtout la force d’anticipation du groupe, en prise directe avec Ferguson : dans A Better Tomorrow (et alors que le titre a été enregistré longtemps avant les émeutes) Raekwon chante « Nous voulons la justice. La police est supposée protéger et servir. Et ils nous tirent dessus comme des bêtes sauvages, l’audace de ces tueurs au sang froid en costumes bleus, nous ôtant notre jeunesse noire. La terre pleure tout le sang répandu. Nous avons besoin d’une solution rapidement ». Les langues du Wu- Tang sont des sabres, même si quelques mouvements sont prévisibles, à l’image de ce détournement “Preacher’s daughter”. Amen.

A Better Tomorrow - Wu Tang Clan (Warner Bros)

extraits diffusés :

Rukus in B Minor

Keep Watch

Pioneer the frontier

Preacher’s Daughter

Wu Tang Clan - A Better Tomorrow (Warner Bros)

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