LE DIRECT

Zomba Prison Project "écoutez moi ou je vous botte le cul"

5 min

couv
couv

« Women Today Take Care of Business » les femmes prennent désormais les affaires en charge. Premier extrait d’un disque singulier, à la première personne et au pluriel, conçu depuis la prison de haute-sécurité du district de Zomba au Malawi (entre Zambie et Tanzanie).

On est loin des enregistrements d’Alan Lomax ou de Johnny Cash à Folsom, qui captent un concert particulier, des chants de travail. Ici ce sont 20 détenus et gardiens qui ont écrit et enregistré, alors que certains ne l’avaient jamais fait. Détenus dans des conditions très précaires, des condamnés à vie cohabitent avec d’autres en attente d’un jugement (parfois accusés de sorcellerie ou d’homosexualité), plusieurs enfants y grandissent avec leur mère.

Sur le plan musical, le résultat puissant et border line, tient à la ois du manifeste pour la reconnaissance de ses droits, de la rédemption ou encore de la supplique comme « Please don’t kill my child » appel poignant capté le dernier jour d’enregistrement.

A l’origine de ce « Zomba Prison project » enregistré au Malawi, un producteur de musique américain (Ian Brennan) qui accompagne son épouse (Marilena Delli) photographe et réalisatrice, pour un projet documentaire. En plus d’avoir produit des albums remarquables (avec les groupes Tinariwen, TV On The Radio), Ian Brennan est aussi l’auteur de deux ouvrages sur la violence, « Hate Less » et « Anger Antidotes », il donne régulièrement des conférences et proposait ici des ateliers sur la prévention de la violence, avec les détenus et les gardiens. Outre la confiance des détenus, ils obtiennent l’autorisation de photographier et d’enregistrer ceux qui le souhaitent, sous une forme musicale, parfois très courte et simple comme pour Elube Miyakele qui chante « Goobye, All My Friends »

Le titre de l’album « I have no everything here » dit à la fois le dénuement des détenus et celui dans lequel l’enregistrement a été realise. Les photos, les visages donnent une idée d’un quotidien aussi dur que surréaliste : un bâtiment vétuste, prévu pour accueillir 300 détenus à sa construction au siècle dernier et qui gère aujourd’hui plus 2000 personnes. Ce que chacun a à dire est fort, comme l’annonce le premier titre : Listen to Me or I Will Kick Your Ass (écoutez moi ou je vous botte le cul). Un gardien a écrit lui une chanson qui dit « Je vois tout le monde mourir du Sida » quand une certaine Joséphine Banda signe l’aigre-doux « I Kill No More »

Une simplicité des moyens qui tient aussi aux différences d’organisation entre la prison des hommes et celle des femmes. Les hommes avaient réunis guitares, batteries, claviers, tandis que les femmes ne possèdent aucun instrument et se défient d’être des auteurs de chansons. Il a suffit qu’une première détenue se lance pour que les autres fasse des propositions fortes comme celle-ci. On se quitte avec A message (I Will Take You). Et c’est nous qui sommes emportés.

(mc)

Extraits diffusés :

« Women Today Take Care of Business » écrit et interprété par Stefano Nyerenda

« Please Don’t Kill My Child » écrit et interprété par Thomas Binamo

« Goobye, All My Friends » écrit et interprété par Elube Miyakele

« I Kill No More » écrit et interprété par Joséphine Banda

« A Message (I Will Take You) » écrit et interprété par Ben Masekese

Zomba Prison project "I have no everything here" (label : Six Degrees Records)

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......