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Ce qui se passe dans les Télécoms, vite fait.

5 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin, je vais me contenter de vous lire un courrier d’auditeur qui m’est parvenu ce matin par voie électronique, il me semble suffisamment explicite pour qu’on ait rien à y ajouter.

« Cher Monsieur,

Au lieu de blablater comme vous le faites chaque matin, au lieu de vous chamailler avec Marc Voinchet qui certes vous traite mal mais vous le méritez, au lieu de vous moquer de Brice Couturier qui, le pauvre, a déjà fort affaire avec la SNCF, vous feriez mieux d’éclairer vos auditeurs sur ce qui se passe dans le monde des Télécoms. Car, ça n’a pas pu vous échapper, on arrive à la fin d’une semaine où la vente de SFR par Vivendi a occupé l’actualité, on devrait avoir le début d’une réponse aujourd’hui même, où se réunit le comité ad hoc de Vivendi pour examiner les deux dossiers, celui de Bouygues et celui de Numéricâble, et éventuellement décider d’ouvrir des négociations exclusives avec l’un ou l’autre des candidats. Peut-être est-on tout prêt d’une résolution et vous rien… Une semaine que vous faîtes comme si tout cela n’existait pas. Monsieur, vous frôlez la faute professionnelle. Oh, je vois d’ici les raisons de vos réticences : trop technique vous dîtes-vous, passez noble et philosophique, tambouille capitalistique à laquelle je n’abaisserai pas mon esprit haut à s’intéresser. Eh bien vous avez tort Monsieur. Et je vais vous le prouver.

Vivendi veut vendre SFR. Numéricâble, opérateur du câble comme son nom l’indique, se porte candidat. Mais Bouygues, groupe de BTP, de média et de téléphonie mobile bien connu, se porte également candidat. Mais Bouguyes a un problème, il sait que son offre ne ne pourra pas être acceptée par l’Arcep, l’autorité de régulation des télécom, car si Bouygues rachète SFR, ramenant ainsi le nombre d’opérateurs de téléphonie de 4 à 3, l’entreprise serait un acteur beaucoup trop gros du marché de la téléphonie mobile pour permettre la libre concurrence. Donc Bouygues se met d’accord avec Free, 4ème opérateur du secteur, pour lui céder une partie de son réseau et une partie de ses licences, réseau que Free, jusque là, les louait à Orange. Là, tout à coup, l’offre de Bouygues devient potentiellement acceptable par l’Arcep. Sauf que du point du vue de la concurrence, il ne faut pas négliger le volet média (parce Bouyges, c’est TF1, et Vivendi, c’est Canal Plus, ça il ne faut pas l’oublier, cela dit, Numéricâble a un problème aussi puisque l’entreprise a l’exclusivité de la distribution de certaines chaînes, mais, ça c’est plus simple à régler). Bon, ce qui est un peu étrange je vous l’accorde, c’est que Martin Bouygues, le patron de Bouygues et Xavier Niel, le patron de Free, qui ont passé des années à s’envoyer des vacheries à la figure, se mettent soudain d’accord. Mais leurs intérêts l’expliquent : Free était en train de se constituer un réseau, mais c’est long, là, il récupère un réseau clé en main et gagne plusieurs années dans son rattrapage des gros opérateurs, (avec la possibilité d’innover tout de suite, ,car c’est cela aussi que permet d’avoir son propre réseau). Certes Bouygues fait une fleur à un concurrent. Mais ça vaut le coup, parce qu’en rachetant SFR, Bouygues absorbe un concurrent et récupère un réseau. Bon, et puis la candidature de Bouygues semble avoir des soutiens de poids, notamment celle du Ministre du redressement Arnaud Montebourg qui s’est prononcé à plusieurs reprises pour cette solution. Alors même qu’il nous avait expliqué il y a quelques temps qu’il était bon qu’il y ait 4 opérateurs mobiles, que ce serait bon pour la concurrence et pour les clients, qui y gagneraient sur leurs abonnements. Mais maintenant, pof, on apprend que les clients n’y perdraient pas à ce qu’il n’y ait plus que 3 opérateurs, un expert nous l’a expliqué dans Le Monde : « avec trois opérateurs, les abonnements n’augmenteront pas, ils cesseront de baisser ». Il n’y a donc pas de problème. Alors, on en où aujourd’hui ? Eh bien Altice, la maison mère de Numéricâble, qu’il ne faut pas complètement mettre de côté parce que par bien des aspects ce serait une solution tout à fait intéressante (notamment pour les raisons de moindre entrave à la concurrence que j’ai évoquées plus haut), aurait porté hier jeudi son offre à 11, 75 milliards d’euros (une augmentation de 850 000 euros par rapport à la précédente). Réparti comme suit : 11 milliards en cash et une participation à hauteur de 32 % dans le nouvel opérateur Numéricable-SFR. L’offre de Bouygues est un peu supérieure : 11,3 milliards en cash et 43 % de participation dans le nouvelle opérateur (43 % et non plus 46% comme c’était le cas précédemment). Mais le problème, c’est que Vivendi voulait complètement sortir de SFR : alors quelles sont les conditions de désengagement promises par l’un et l’autre des candidats ? Bouygues dans un premier temps a dit qu’il reprendrait 15% des titres à l’occasion d’une entrée en Bourse à venir, mais c’était pas assez alors hier Bouygues a dit qu’il offrirait aux actionnaires de Vivendi la possibilité de se désengager beaucoup plus vite que cela. De son côté Numéricâble proposerait de racheter immédiatement un tiers de ses parts dans le nouvel opérateur Numéricâble-SFR pour 1,5 milliards d’euros. Mais bon, vu comme Altice s’endette, pourra-t-il payer ? Mais il faut prendre en compte la question de la synergie ? Ah ben oui. Bouygues promet 10 milliards. Numéricâble 12 milliards (mais il disait 6 milliards, comment Numéricâble est passé de 6 à 12, ça on ne sait pas). Donc faut voir.

Monsieur, je ne comprends pas vos réticences à aborder ces questions. Non seulement elles ne sont pas si compliqués que cela, mais tout cela est vraiment passionnant. Je suis certain que vos auditeurs vous sauront gré d’avoir pris 5 mn pour les éclairer sur un enjeu majeur de leur avenir.

Bien cordialement,

Jacques Abolivier. »

Voilà Marc, ce matin, nous avons fait œuvre de service public.

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