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Faire de la radio au temps du podcast ou du streaming

3 min
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Parfois, mais pas tout le temps, il arrive que les gens qui font de la radio pensent à leurs auditeurs, à ce que font leurs auditeurs pendant qu’ils écoutent la radio. Avant, les choses étaient relativement simples (quand je dis « avant », c’est « avant Internet, avant les podcasts et la possibilité de réécouter les émissions en streaming », c’est-à-dire il y a très très longtemps). Avant, donc, les choses étaient relativement simples. Si on ne savait pas vraiment ce que faisaient les gens pendant qu’ils nous écoutaient, on savait qu’ils le faisaient en même temps. Il y avait un effet de synchronicité. Ce qui était entendu l’était au moment de sa diffusion. Que cette synchronicité soit réelle (dans le cas d’émission en direct) ou feinte (dans le cas d’émissions enregistrées) peu importait, c’était l’effet qui comptait. Et d’ailleurs c’est encore le cas. Vous croyez que nous sommes en train de vous parler en direct depuis la Maison de la radio, mais pas du tout. Tout ce que vous entendez a été enregistré hier soir. En ce moment-là, Marc Voinchet, il dort, la tête posée sur l’oreiller, un filet de bave un peu disgrâcieux glissant du coin de sa lèvre. Mais pourquoi faire tous ces efforts pour vous croire que cette émission est en direct alors que désormais, non seulement la radio s’écoute partout, mais elle s’écoute tout le temps ? Le principe de synchronicité est rompu. Nous sommes potentiellement désynchronisés. Les auditeurs et auditrices peuvent nous écouter quand ils veulent. Ils ne sont plus dépendants du flux, du rythme imposé par la diffusion. C’est étrange, très nouveau, de se dire, quand on fabrique une émission, qu’elle peut être écoutée dans une multiplicité de moments et de circonstances, isolé d’un flux. Ca implique une forme de responsabilité supérieure, celle d’être à la hauteur du choix.

Et tout ça implique d’autres changements non négligeables.

Par exemple la fin de la volatilité. Avant, la parole radiophonique était une parole volatile, à peine prononcée, elle s’évanouissait dans les airs (bien sûr, les émissions étaient archivées par l’INA et certains fans les enregistraient sur K7, mais c’était marginal). Une volatilité pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur parce quand nous étions nuls, que l’émission était honteuse, on pouvait compter sur le fait que personne ne l’ait entendue, que les rares auditeurs l’aient tout de suite oubliée, qu’elle disparaisse à jamais. Pour le pire quand vous étiez content de vous, vous trouviez votre émission géniale, importante et que personne ne vous en disait rien, même votre mère. Aujourd’hui les émissions ne sont plus volatiles, pour le meilleur et pour le pire. La honte est pérenne et le contentement de soi dure un peu plus longtemps.

Avec une conséquence majeure. Nous sommes devenus nos propres archivistes. C’est-à-dire que plus qu’avant, nous inscrivons notre travail dans une diachronie, les émissions ne s’écrasent plus les unes les autres dans une sorte de présent éternel, elles s’entassent, alors on les pense un peu différemment, on se répète moins (puisque ce qu’on avait dit la dernière fois est encore disponible), on fait des renvois, des liens. Bref, on s’encyclopédise. C’est l’effet web. Le principe technique du web, c’est le lien hypertexte, le même que celui de l’encyclopédie. Le savoir, dès qu’il est sur le web, devient encyclopédique. La radio, celle qu’on fait sur France Culture, n’échappe pas à cette loi. On devient tous de petits encyclopédistes.

Mille autres choses encore ont changé dans la radio depuis l’arrivée d’Internet. En même temps, si on y réfléchit bien, est-ce qu’Internet a fondamentalement changé la radio ? La manière dont on fait la radio. Trouver le sujet il faut traiter là maintenant. Avec qui. Comment. Tout ça n’est pas changé avec Internet. Le frisson quand le rouge s’allume. L’intense plaisir quand un invité dit une chose belle, importante, paradoxale. L’angoisse quand on comprend que l’invité est bègue, ou qu’il zozote, ou qu’il est très enrhumé….

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