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La Singularité ou le monde en 2040

5 min
À retrouver dans l'émission

Je suis en mesure d’affirmer que Nicolas Baverez se trompe complètement dans ses visions anticipatrices. La France en 2040 ne ressemblera pas du tout à ce qu'il décrit dans ses Lettres béninoises . Pas pour des raisons bassement économiques - ou encore plus bassement sociales -, mais pour des raisons technologiques. Car en 2040, l’humanité vivra un tournant de sa courte histoire, un tournant qui a déjà un nom : la Singularité. Je ne vais pas vous assommer avec l’histoire du concept de Singularité, qui plonge ses racines dans l’histoire de l’informatique, la cybernétique et la littérature d’anticipation. Mais disons que depuis le milieu des années 80 et les travaux de Vernor Vinge (Vinge, il est à la fois auteur de romans d’anticipation et informaticien), la Singularité désigne le moment où les progrès de l’intelligence artificielle auront été tels que les ordinateurs seront capables de créer eux-mêmes des machines bien plus puissantes et efficaces que celles que, nous autres, humains, construisons. Autrement dit, s’ouvrira une nouvelle ère, ère de progrès exponentiels, mais surtout fin des civilisations humaines telles que nous les connaissons, avec en gros, deux possibilités : soit nous ne faisons rien et s’ouvre une ère de domination de l’homme par les machines, soit - c’est la voie encouragée par les courants dits transhumanistes- nous nous organisons et nous profitons des machines, nous fusionnons avec elles pour atteindre un nouveau stade de l’humanité, une post-humanité. Sur la foi des travaux de Vernor Vinge, - les Transhumanistes et autres Singularistes - estiment que la Singularité devrait avoir lieu pendant la 3ème décennie du 21ème siècle.

Autrement dit, en 2040, c’est joué. On n’est plus entrain de se demander si la France est encore un pays, où on en est de la dette et s’il faut se plier aux diktats du FMI… Tout cela est parfaitement secondaire. En 2040, soit c’est Terminator et on se soumet aux Machines, soit on s’est améliorés : grâce à des micro-puces, nos capacités cérébrales ont significativement augmenté (en terme de mémoire, de rapidité etc.), nous communiquons par la pensée (grâce aux progrès de la télépathie qui rendent caduques tous nos outils), on a vaincu la maladie grâce aux nano-robots qui peuplent notre corps et réparent nos tissus au fur et à mesure de leur altération et même, nous sommes tout prêts de vaincre la mort – ça sera vers 2045 -, en téléchargeant notre cerveau dans une machine, ce qui nous permettra de survivre à l’altération de notre corps, malgré le travail des micro-robots.

Vous pensez que je ne suis pas sérieux, que je ne croie pas vraiment ce que je dis…. C’est vrai, je n’y crois pas des masses. Mais d’autres y croient. Et ils ne sont pas tous des illuminés qui baragouinent leurs élucubrations dans leur coin et à qui on accorde une attention folklorique et amusée. Pas du tout. En 2009, s’est ouvert un cursus universitaire du nom de Singularity University (Université de la Singularité), qui accueille des étudiants du monde entier, triés sur le volet, pour des cycles de formation. Ce cursus est financé en partie par Google et la NASA et sa figure tutélaire est un homme du nom de Ray Kurzweil. Personnage intéressant ce Ray Kurzweil, c’est d’abord un informaticien et inventeur de génie (il a fabriqué de logiciels de reconnaissance de textes très utiles aux aveugles, et ce dès le milieu des années 70), c’est un homme d’affaires très avisés mais c’est aujourd’hui une sorte de théoricien : il a théorisé les « machines intelligentes » au début des années 80, les « machines spirituelles » au début des années 90, et maintenant la post-humanité, qui devrait advenir bientôt (2042 dit-il parfois). D’ailleurs, pour atteindre ce moment en bonne forme, Kurzweil prend soin de lui, en se nourrissant de 250 pilules par jour, des compléments alimentaires dûment choisis et dosés. Ray Kurzweil écrit des livres, fait des conférences dans le monde entier, il intervient à l’Université de la Singularité et depuis décembre 2012, il est employé de Google (oui, employé de Google), en charge de l’apprentissage du langage (comment la machine pourrait comprendre le langage, apprendre à parler etc.).

Pourquoi vous raconter tout ça ? Parce qu’il y a un champ, celui des technologies où l’anticipation n’a pas pour ambition d’éclairer le présent –ou de provoquer un électrochoc - mais de créer l’avenir, et de tout mettre en œuvre pour que ce soit cet avenir qui advienne. Il y a sans doute mille raisons –théoriques et pratiques –pour que la Singularité ne vienne jamais. Mais son imaginaire, lui, est bien à l’œuvre, de manière très concrète. Il vaut mieux le savoir.

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