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Que faire quand on constate que même quand on réussit à organiser une soirée télé à l’ancienne, les enfants ont leur téléphone posé à côté d’eux et s’y livrent à des activités de toute sorte ?

La soirée télé tuée par la multiplication des écrans

5 min
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Qu’est-ce que c’était beau une soirée télé…. Vous vous souvenez ? On dînait en quatrième vitesse pour avoir fini avant que ça commence. Ou alors, pour les plus chanceux, on dinait devant la télé. Désormais, avec la multiplication des écrans, plus de commun, plus de communion. Chacun dans son coin.

Que faire quand on constate que même quand on réussit à organiser une soirée télé à l’ancienne, les enfants ont leur téléphone posé à côté d’eux et s’y livrent à des activités de toute sorte ?
Que faire quand on constate que même quand on réussit à organiser une soirée télé à l’ancienne, les enfants ont leur téléphone posé à côté d’eux et s’y livrent à des activités de toute sorte ? Crédits : Donald Iain Smith - Getty

Qu’est-ce que c’était beau une soirée télé…. Vous vous souvenez ? On dinait en quatrième vitesse pour avoir fini avant que ça commence. Ou alors, pour les plus chanceux, on dinait devant la télé, comme ça, pas la peine de se presser (du coup, on en profitait pour regarder le JT). Et quand le programme débutait, on se mettait en boule les uns contre les autres dans le canapé et on digérait en commentant la coiffure de Michel Drucker ou en essayant de devenir la fin d’un film policier. On partageait quelque chose. Tels les amoureux de Saint-Exupéry, nous regardions tous dans la même direction. Après on allait se coucher. Alors qu’aujourd’hui, vous savez ce qui se passe dans les familles dès que les enfants sont un peu autonomes. Une fois le dîner terminée, chacun va derrière son écran : l’une pour jouer, l’autre pour chater, l’un regarde un film pendant que l’autre regarde une série. Bref, c’est l’éclatement, plus de commun, plus de communion. Chacun dans son coin. L’individualisme jusque dans la chaleur du foyer. C’en est fini de la vie de famille.

Ce discours, on commence à l’entendre de ci de là. C’est-à-dire qu’on arrive à un moment très intéressant de notre histoire où la soirée télé devient le parangon d’une société familiale désirable. En réaction à la multiplication toute récente des écrans dans les foyers. Ce qui est quand même assez drôle quand on appartient comme moi à une génération qui a grandi avec la télé et entendu toute sorte de discours apocalyptiques sur l’influence néfaste de la télévision sur à peu près tout. Et notamment sur la vie de famille. « Ah… ai-je entendu et lui toute mon enfance, avant la télévision, on se parlait, après le dîner, on jouait, on riait, on se racontait des histoires ». Bon. Outre que la famille n’a pas attendu la télévision pour être un lieu compliqué (par exemple, il me semble que la télévision n’existait pas encore à Vienne à la fin du 19ème quand Freud a inventé la psychanalyse), outre que différents médias avaient déjà subi ces accusations avant la télévision (la radio, et même les magazines), on remarquera que la télévision n’a pas suffisamment changé la famille puisque c’est elle qu’on regrette aujourd’hui.

Pour autant, il ne faut pas se voiler la face : la multiplication des écrans dans les foyers pose question. Quelle place donner aux écrans dans la vie familiale ? Comment élever des enfants au milieu de tous ces écrans ? Je ne vais pas donner de conseils ou d’édicter de normes, j’en serai bien incapable, et d’autres ne cessent de le faire. Je ne peux que me contenter que de poser quelques situations problématiques.

Que penser quand on constate que le premier mot prononcé par un enfant, après « maman » (une parenthèse, et ce sera ma seule contribution au débat contemporain sur les questions de genre, mais mes deux enfants ont commencé par appeler « maman » et leur mère et moi, leur père, ce qui dit bien que « maman », un petit indice soit d’une famille déglinguée, soit que « maman » c’est une fonction, qui peut être partagée et qui n’est pas forcément accolé à un sexe), que penser donc quand, après « maman », le premier mot prononcé par un enfant est « ordinateur » ?

Que faire quand on constate qu’un enfant incorpore les outils numériques avec une facilité qui n’est pas la nôtre (s’allonger, passer sa petite jambe d’enfant de 3 ans sur l’autre pour constituer une sorte d’aplat destiné à accueillir l’Ipad dans un confort qui a l’air parfait maîtriser toute la gestuelle des écrans, faire glisser un écran, zoomer, cliquer etc.) Que penser ? Que l’écran lui est moins étranger qu’à nous ? Qu’en tirer comme conclusion ?

Que faire quand on constate qu’un jeune peut à la fois écrire un texto et discuter (ce qui nous est impossible : nous, on écrit un texto ou on discute) ?

Que faire quand on constate que même quand on réussit à organiser une soirée télé à l’ancienne, les enfants ont leur téléphone posé à côté d’eux et s’y livrent à des activités de toute sorte ?

Quand faire quand on constate que nous-mêmes, quand on réussit à organiser une soirée télé à l’ancienne, on n’est plus capable de ne pas regarder nos textos, nos mails, une notification push ou la filmographie de l’actrice sur Wikipédia ?

Que faire quand on se souvient que devant la télé on s’endormait, on s’envoyait la télécommande à la figure pour le choix des programmes…

Bon, je suis désolé, mais ce matin je n’ai pas de conclusion. Sans doute parce que ces questions sont sans fin et ne produisent que de continuelles négociations….

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