LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

L'Afrique en Eldorado numérique. Vraiment ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Vu depuis les nouvelles technologies, le discours sur l’Afrique est étonnamment unanime et fait de ce continent un cas intéressant. Alors que dans l’ensemble du monde, la connexion a Internet s’est d’abord faite sur des ordinateurs, via des câbles, avant de migrer doucement vers les terminaux mobiles (smartphones et tablettes), l’Afrique suit une voie différente. L’étape de l’ordinateur a été sautée et c’est via le téléphone mobile que l’Internet est en train de pénétrer en Afrique. Les chiffres sont frappants, c’est le journal Le Monde qui les donnait récemment. Alors que les connections mobiles représentent 10% du trafic web dans le monde, elles atteignent 60% au Zimbabwe ou au Nigéria (au Kenya, 99% des abonnements à Internet sont mobiles).

La raison : des infrastructures télécom fixes très lacunaires qui font que, quand la connexion par câble est possible, elle est d’une lenteur légendaire. En Afrique du sud, par exemple, l’adjectif « slow » est l’épithète homérique de l’Internet. A tel point qu’il y a quelques années, une entreprise sud-africaine, excédée par la lenteur de la connexion ADSL du principal fournisseur d’accès du pays (Telkom), avait décidé de faire parcourir 80km à 4gigas d’information par deux moyens différents : Internet et un pigeon voyageur du nom de Winston (une carte-mémoire fixée sur sa patte). Winston le pigeon a mis deux heures. A son arrivée, seuls 4 % des 4giga avaient franchi la distance par Internet. Cette petite histoire avait fait du bruit à l’époque.

Aujourd’hui, c’est le potentiel de l’Afrique qui est mis en avant, potentiel qui passe par le mobile donc, car le taux de pénétration est encore suffisamment faible pour espérer une forte croissance (le taux de pénétration oscille autour de 15% et se concentre dans les villes). Les grandes entreprises du numérique mondial ont déjà investi le continent. Microsoft s’est allié à une entreprise africaine pour fabriquer des smartphones à bas prix, Nokia finance des incubateurs de start-up dans tout le continent (Afrique du Sud, Nigéria, Kenya, Egypte), IBM a des bureaux dans 20 pays, Google travaille à sa traduction dans les principales langues africaines. Sans parler des entreprises chinoises qui vendent des clés 3G à bas prix. Ces entreprises tablent sur une croissance forte des usages parmi une population très jeune, qui les adopte facilement. Quels usages ? des usages dont le téléphone portable, même non relié à Internet, a montré qu’ils avaient aussi un fort potentiel de développement : des services de transfert d’argent ou des plateformes informant l’agriculteur du prix de ses produits sur les marchés de la région, ou même des outils pour la santé à distance ou l’éducation dans les campagnes reculées.

A en croire la littérature sur le sujet, l’Afrique est donc le nouvel Eldorado du numérique. Un discours que l’on trouve aussi bien chez des start-upers africains, que chez Eric Schmidt, le patron de Google de retour d’une semaine en Afrique, que dans une étude tout récemment publiée par le cabinet McKinsey.

J’avoue être frappé par l’unanimisme de ces discours, et j’avoue être étonné par le fait que d’autres aspects ne sont jamais abordés. Par exemple, les minerais nécessaires à la fabrication de nos outils numériques (terres rares, coltan, cassitérite…). Aujourd’hui, nous sommes largement dépendants de la Chine qui est le principal producteur et exportateur de ces matériaux. Mais ces minerais sont présents dans le sol africain, et à mesure que la demande mondiale croit, les ressources africaines sont convoitées. Ce qui n’est pas sans conséquence : le contrôle de mines de coltan du Kivu a été une des causes de la guerre civile en République du Congo et certains sont allés jusqu’à émettre l’hypothèse que de grandes multinationales avaient intérêt à une instabilité lui permettant l’acquisition de ces minerais à bas prix. Où les questions politiques et les vieilles relations avec l’Afrique refont surface.

De tout cela, on ne dit rien quand on parle de la révolution numérique à venir en Afrique, ce qui empêche de se réjouir totalement de ce nouveau modèle tant vanté par ailleurs.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......