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Le Deuxième Age des Machines

3 min
À retrouver dans l'émission

Commençons par un conte qui remonte à l’invention des échecs. On raconte que le roi à qui on a présenté cette invention a été tellement impressionné qu’il a promis à l’inventeur la récompense qu’il désirait. L’inventeur a suggéré du riz pour nourrir sa famille. Il a proposé au roi de placer un grain de riz sur la première case du plateau. Puis de doubler la quantité à la case suivante, et ainsi de suite pour toutes les cases du plateau. Le roi a accepté. Jusqu’au moment où il s’est rendu compte que le doublement d’une quantité à 63 reprises finit par faire une somme considérable, même quand on commence par un grain de riz.

Et si nous en étions aujourd’hui au point où le Roi se rend compte qu’il ne maîtrise plus grand-chose ? C’est une des hypothèses du nouveau livre d’un duo d’auteurs américains, Erik Brynjolfsson et Andrew MacAffe, tous deux professeurs en «Digital Business » au célèbre MIT (le Massachussetts Institute of Technology). Tous deux mènent un travail sur la manière dont les machines transforment l’économie, et le travail en particulier, travail dont ils avaient rendu compte une première fois en 2011 dans Race Against the Machine (Course contre la Machine).

The Second Machine Age , le Deuxième Age de la machine, nouvel opus de Brynjolfsson et MacAfee vient de sortir aux Etats-Unis, je ne l’ai pas encore lu et m’appuie honteusement sur la critique qu’en a fait Thomas Friedman dans le New York Times d’hier. Pourquoi Deuxième âge de la Machine ? Le premier âge était celui de la Révolution Industrielle inaugurée à la fin du 18ème par la machine à vapeur. Le Premier Age, c’est celui où la machine remplace la puissance musculaire de l’homme, où cette puissance augmente à chaque évolution, mais où l’homme est toujours nécessaire pour prendre les décisions. Et même, plus la machine évolue, plus la présence de l’homme est nécessaire pour la contrôler. Le premier âge, c’est donc celui d’une complémentarité entre l’homme et la machine.

Le Deuxième Age est très différent : on automatise de plus en plus de tâches cognitives et on délègue à la machine les systèmes de contrôle qui décident à quoi la puissance va servir. Et dans bien des cas, des machines intelligentes prennent de meilleures décisions que les humains. Le Deuxième âge, ce n’est donc plus celui de la complémentarité homme-machine, mais celui d’une substitution. Et ce qui rend possible ce phénomène, ce sont trois caractéristiques majeures des technologies contemporaines : elles sont numériques, combinatoires et exponentielles.

Où l’on comprend mieux la petite histoire du jeu d’échec, qui donne une image de la fameuse loi de Moore qui veut que la puissance des ordinateurs double tous les deux ans. Pendant le premier Age des machines, expliquent les auteurs, il fallait 70 ans pour que la puissance de la machine double. Aujourd’hui, avec les ordinateurs, il faut deux ans. Nous sommes passés dans la seconde partie du plateau d’échecs : on voit des voitures sans conducteur, des super-ordinateurs qui battent des hommes à des jeux de connaissance, des robots qui effectuent des taches complexes dans les usines et nous avons dans nos poches des téléphones plus puissants que les plus gros ordinateurs de la génération précédente. Si vous ajoutez à cela l’expansion d’Internet aux hommes et aux objets (un monde où tous les objets seront connectés), l’amas des données que cela produit et qu’on peut utiliser pour répandre au plus vite les modèles qui fonctionnent et améliorer ceux qui ne fonctionnent pas, et vous obtenez encore une accélération dans l’amélioration des machines.

Et pour les auteurs, cela implique de repenser beaucoup de choses, et en particulier notre rapport au travail. Et les auteurs de lancer quelques pistes : baisser le coût du travail humain pour le rendre moins cher relativement au travail des ordinateurs, repenser l’éducation pour que nous ne soyons plus dans une course contre les machines mais avec les machines, encourager la création d’entreprises qui fabriquent des emplois et considérer sérieusement l’idée de garantir à chacun un revenu de base. Nous avons beaucoup de chose à repenser disent les auteurs, car nous ne sommes pas seulement dans une crise de l’emploi due à la récession, mais dans un ouragan technologique qui transforme le marché du travail, un ouragan dont la puissance double à mesure qu’il avance.

Allez, bonne semaine….

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