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Le texto au cinéma : une nouvelle convention ?

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On est peut-être en train d’assister à la naissance d’une nouvelle convention cinématographique et télévisuelle. Au départ une question : que faire du texto à l’écran ? Comment intégrer le texto dans une fiction audiovisuelle ? Et ça n’est plus une question anecdotique quand vous regardez les statistiques : en moyenne un ou une française dotée d’un abonnement à un mobile envoie à peu près 8 sms ou mms par jour, on atteint 80 pour un adolescent, et ces chiffres sont en hausse constante. Une part de plus en plus grande de nos communications passe par cet outil. Il est impossible de ne pas en faire quelque chose.

Il m’est difficile de faire une histoire précise et exhaustive du texto à l’écran – comme dirait Mallarmé, la chair est gaie, heureusement, et je n’ai pas vu tous les films – mais on peut la dessiner à grands traits. Disons qu’au départ, quand on a vu des textos au cinéma ou à la télévision, ils apparaissaient sur l’écran du téléphone, on filmait l’écran. Ce qui était non seulement rare, mais assez laid, puisqu’il fallait en passer par une rupture de plan acrobatique et se heurter l’éternel problème de l’apparition d’un écran sur un autre écran. Puis vint la surimpression. Naquit l’idée de faire apparaître le texte du sms directement sur l’écran, de le superposer à l’image. Avec des variations : le texto reçu peut s’afficher brut ou dans un design qui reproduit très exactement l’interface du téléphone mobile. Le texto écrit peut s’afficher déjà écrit ou en train de s’écrire, avec le curseur qui avance, hésite, efface. Dans le détail, les possibilités sont diverses.

Le premier souvenir que j’ai du texto en surimpression, c’est un très beau film français Stretch , de Charles de Meaux, sorti en 2010. Puis il y eu L’exercice de l’Etat , de Pierre Schoeller en 2011. On les vit ensuite dans la série House of cards , produite par David Fincher, Il paraît que c’était le cas depuis longtemps dans un soap opera australien du nom de Neighbours diffusé depuis 1985, que la série britannique Sherlock , de la BBC avait déjà recours à la surimpression en 2010 et Jean-Noël Lafargue relevait dans son blog l’affichage du texto à l’écran il y a deux ans dans la série No limite , produite par Luc Besson et diffusée sur TF1. J’ai forcément raté des occurrences et peut-être des plus anciennes, mais l’hypothèse reste la même : et si une convention était née ?

Avec une série de sous-questions ? Que signifie cette convention ? Que permet-elle ?

  • le texto se prête beaucoup mieux à cette représentation que la plupart des correspondances écrites jusque là. Prenez la lettre par exemple. Ca toujours été un problème de représenter à l’écran une lettre. Ne montrer que la lettre et la donner à lire, c’est compliqué (la vitesse de défilement, par exemple, hautement discriminante). Si on choisit de superposer la lettre, joliment calligraphiée, à un paysage, ça fait carrément film érotique de M6. Reste la voix off, bon, c’est en général la solution choisie, par défaut sans doute. Mais comme le texto est court, il peut apparaître, être donné à lire, et disparaître sans que l’image ait besoin de se neutraliser. En ce sens, il est presque comme un sous-titre, il ne gêne pas.

  • Mais évidemment, sa fonction n’est pas celle d’un sous-titre. Le texto surimprimé a plein d’intérêts narratifs : il nous met dans la tête du personnage il permet la superposition de plusieurs couches narrative (ce qui se passe à l’image, ce qui se dit dans la correspondance), avec plein d’effets possibles, effet de décalage humoristique, effet de suspense etc. j’en oublie et on en inventera.

  • Ce texte qui vient se surimprimer à l’image est, du point de vue de l’histoire du cinéma, un objet étrange. Il rappelle un cinéma d’avant-garde, celui de Godard en premier lieu, qui a si bien joué du rapport entre texte et image. Mais aussi, il rappelle le carton, où on lisait les dialogues dans le cinéma muet, il réactive la possibilité d’un dialogue textuel. Cette convention n’est peut-être pas si nouvelle que ça et s’inscrit donc dans une histoire.

  • Cette convention dit quelque chose de notre usage du texto. Le texto est intérieur, il est intime. Il est intérieur, intime et contant, au point qu’il vient se superposer à notre réel, il est une couche supplémentaire de notre réel. Et la surimpression le dit parfaitement. Elle dit parfaitement que le numérique nous fait vivre dans des couches d’espaces qui superposent.

  • Et puis, ne jamais oublier les impératifs économiques : la surimpression du sms permet de faire du placement de produit discret et logiciel : ce n’est plus la pomme d’Apple qu’on montre, ce n’est plus l’ordinateur, mais une interface logicielle, celle de l’Iphone, que tout le monde reconnaît. Et hop, l’air de rien, sous couvert de familiarité et d’effet de reconnaissance, on fait de la pub. Mais, li ne faut pas être trop cynique, si on reproduit l’interface, c’est aussi parce que ces interfaces, leur design, la manière dont les textos apparaissent, tout cela partie de l’expérience. Parce que s’il y a un lieu où on peut penser les interfaces, c’est bien le cinéma.

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