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Les nouvelles façons de marcher (avec nos outils numériques)

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment marchons-nous aujourd’hui ? Comment et pourquoi marcherons-nous demain ? Sans trop s’avancer, on peut d’ores et déjà postuler que les manières dont nous marcherons dans l’avenir et les raisons pour lesquelles nous marcherons seront sensiblement les mêmes que celles qui animent cette activité depuis longtemps, et dont nous avons déjà largement parlé ce matin. Mais quand même, il s’est passé quelque chose dont il faut prendre la mesure : nous sommes maintenant équipés de téléphones portables, voire de smartphones, et ça n’est pas sans conséquence. Notre manière de marcher a déjà été affectée par ces téléphones. Déjà, on marche en criant tout seul et en écoutant pas les bruits de la rue, ce qui n’est pas rien. Mais, comme l’a remarqué un groupe de designers dans un beau livre intitulé Curious Rituals , nous avons de nouvelles façons de marcher, à côté desquelles le Ministry of Silly Walks , le fameux sketch des Monthy Python, est d’une banalité affligeante. Regardez ces gens qui, le téléphone collé à l’oreille, se mettent à marcher en rond, sans même s’en apercevoir. Regardez surtout comme à certains moments, ils changent de sens dans leur circulation, sans qu’on sache à quoi ça correspond dans la conversation. Regardez ces gens qui, toujours le téléphone à l’oreille, avancent et reculent face à un mur pendant leur conversation. Regardez ces gens qui écrivent des textos en marchant. Non seulement leur trajectoire devient étonnamment erratique (ils ralentissent, dévient) mais cela implique pour leur autres une marche de l’évitement, qui joue de contorsions pour éviter les chocs. Regardez les mouvements presque épileptiques du marcheur dont le téléphone se met en sonner et qui, le cherchant tout en continuant à avancer, se palpe, se tord dans tous les sens. Regardons toutes ces nouvelles façons de marcher. Et même de tomber (cf. cette vidéo d’une dame marchant dans un centre commercial les yeux rivés sur son téléphone et qui tombe dans une fontaine).

Mais, tentons maintenant un peu de prospective ? Comment marcherons-nous bientôt ?

Une première piste. Il est fort possible que d’ici quelques années, nous sortions notre téléphone comme son chien. Je m’explique. Une des pistes sérieusement examinées pour faire des économies d’énergie, c’est utiliser l’énergie produite par le mouvement pour faire fonctionner nos outils numériques. Ainsi la marche pourrait-elle servir à recharger son portable. Ainsi, bientôt, le soir, tel le maître allant faire faire ses besoins ses besoins à son chien, nous irons faire quelques pâtés de maison pour alimenter les batteries de notre téléphone. Et peut-être, comme les propriétaires de chien qui se rencontrent autour du poteau où leur chien pisse, il y aura une sociabilité crépusculaire pour ces marcheurs qui déambuleront leur téléphone à la main pour vérifier le chargement « il est beau dites-donc ? vous l’appelez comment ? Vous l’avez depuis longtemps ? » Peut-être même des histoires d’amour commenceront-elles ainsi ?

Mais la grande affaire des nouveaux marcheurs, ça risque d’être les Google Glass, ces lunettes que nous porteront un jour sur notre nez, lunettes connectées qui nous permettront d’émettre et de recevoir toutes sortes d’informations. Ainsi nous marcherons à la fois dans l’espace physique, mais aussi dans un espace informationnel se superposant à l’espace physique, comme une sorte de carte à l’échelle 1. Une fusion de la carte et du territoire, le territoire étant partagé par tout le monde mais la carte visible seulement pour le porteur des lunettes. Imaginez les conséquences de cela. Peut-être verra-t-on dans la rue des gens tomber à genou devant un coin de mur, parce que les lunettes leur auront dit que c’est là qu’est morte la petite marchande d’allumettes. Peut-être verra-t-on des gens se mettre à courir en criant parce que, dans leurs lunettes, ils sont en train de jouer, et qu’est apparue devant eux une meute de tyrannosaures affamés. Peut-être verra-t-on des gens presque nus en plein hiver parce que leurs lunettes les convainquent qu’ils déambulent dans Rio. Et puis, une question : pourra-t-on encore se perdre avec ces lunettes ? Pourra-t-on encore se livrer à cette marche hésitante, celle qui s’arrête pour trouver son chemin, la marche qui revient en arrière, qui essaie autre chose, qui mène dans une impasse ou à la Merveille ? Pour cela, il faudra se dé

connecter, mais en serons-nous encore capables ?

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