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L'existence compliquée de la Palestine sur Internet

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Il y a un an presque exactement, c’était le 1er mai 2013, Google, en associant Google.ps au mot "Palestine" et non plus au syntagme "Territoires palestiniens", reconnaissait l’existence de la Palestine. L’Autorité palestinienne saluait immédiatement cette décision. Israël réagissait froidement et Ze’ev Elkin, le ministre délégué aux Affaires étrangères, se fendait d’une lettre à Google expliquant que cette décision pouvait mettre en cause le processus de paix.

Pourquoi de telles réactions ? Pourquoi accorder à cet événement – la reconnaissance de la Palestine par Google – une telle importance ? Pour le comprendre, il faut revenir un peu en arrière dans l’histoire des rapports entre Internet et la Palestine, travail passionnant que mène depuis des années Anat Ben-David, chercheuse en Media Studies à l’Université d’Amsterdam, c’est sur ce travail que je m’appuie.

Suite aux accords Oslo, les Palestiniens ont imaginé dans Internet la possibilité d’exercer une souveraineté et obtenir la reconnaissance d’un espace technologique, puisqu’on leur refusait sur le terrain. Ils ont donc demandé à l’ICANN, l’organisme qui gère les noms de domaine, l’attribution d’un nom de domaine en .ps (ce qui aurait fait de la Palestine un pays d’Internet, comme la France et son .fr, la Grande-Bretagne et son .uk…). Demande rejetée en 1997 par l’ICANN. Une solution intermédiaire est trouvée en 1998, le nom de domaine .int est alloué au centre informatique de l’Autorité palestinienne et à ses sites officiels. Il a fallu attendre 2000 et l’entrée des « Territoires palestiniens occupés » dans la liste des pays et territoires reconnus par les Nations Unies pour que l’ICANN attribue un .ps à l’Autorité palestinienne, créant ainsi une situation sans précédent : pour la première fois, une entité politique sans frontières géographiques se voyait doté d’une reconnaissance internationale formelle dans l’espace technologique. D’une reconnaissance, mais une aussi d’une forme d’unité, qui est devenue essentielle aux Palestiniens quand, en 2007, le territoire palestinien s’est divisé en deux entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, rendant très compliqués les déplacements et les rencontre physiques. Ce qui créé une grande dépendance vis-à-vis d’Internet et des nouvelles technologies (à tous les niveaux de la société). Au point quà la fin des années 2000 beaucoup considèrent ces technologies, et le web notamment comme LE lieu où il existe un Etat palestinien aujourd’hui, je cite Anat Ben David : « La représentation officielle de la Palestine sur le web est donc perçue parles officiels palestiniens comme une possibilité majeure et sans précédent de créé une « « cyber-terre promise », un cyberespace idéalisé et imaginé qui ferait office de modèle pour un futur Etat sur le terrain. »

Mais tout se complique encore avec les évolutions technologiques. Avec l’apparition de tous les services où il faut s’inscrire et donc s’identifier par son pays, et avec ce qu’on appelle le web 2.0, c’est-à-dire la possibilité technique donnée aux internautes d’intervenir, de participer, de s’exprimer facilement, de poster des contenus divers, la Palestine numérique est travaillée par deux forces. D’un côté, le Web 2.0 permet que s’expriment des voix diverses de Palestiniens (et de regards sur la Palestine) qui perturbent nécessairement la représentation numérique officielle de l’autorité palestinienne. Quant aux procédures d’inscriptions dans les services et sur les grandes plateformes internationales, bien souvent elles confrontent les usagers palestiniens à l’absence de leur patrie et de leur lieu de vie physique (chaque site traitant la question à sa manière, parfois, le Territoire n’existe pas, parfois Gaza et la Cisjordanie sont deux entités autonomes et FB a été le lieu d’une controverse avant d’inscrire la Palestine comme pays à part entière). Et je passe sur les différents systèmes de cartographies, qui pendant longtemps ont donné des représentations très variées au territoire palestinien. Là, l’enjeu, c’est celui des frontières, et il est essentiel. C’est pourquoi, après la reconnaissance de la Palestine par Google, la ministre palestinienne des Télécommunications Safa Nasser al-Din a annoncé qu’elle demanderait à Google d’apparaître désormais en tant que tel dans les services de cartographie, Google Maps et Google Earth dans le but que le monde reconnaisse la Palestine, puisse visiter ses sites archéologiques et puisse se familiariser avec ce pays.

Je n’ai pas d’informations très récentes sur l’existence de la Palestine sur Internet (et de la réconcilaition entre le Hamas et le Fatah), mais il y a me semble-t-il une leçon qui ne dépend pas des conjonctures : il existe un rapport complexe entre territoire physique et espace web, un rapport où il serait très difficile de dire lequel est le plus virtuel. []()

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