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Moi, ministre délégué au numérique

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Qu’adviendra-t-il du numérique dans ce nouveau gouvernement ? Pour l’instant, plus de Ministère délégué à aux PME, à l’innovation et à l’économie numérique, comme il en existait un sous le gouvernement Ayrault dans le gouvernement de Manuel Valls, le numérique est rattaché directement à l’économie, Arnaud Montebourg devenant ministre de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique. Au passage, peut-être avez-vous entendu parler de la mobilisation qui a eu lieu hier et avant-hier sur Twitter, autour du hastag #keepfleur lancé par un journaliste de BFM Business. Car Fleur Pellerin va vraisemblablement être nommée au Commerce extérieur, ce qui a déclenché un concert de pleurs de la part du petit monde de l’économie numérique française, et en particulier de ceux qui lancé le mouvement dit des « pigeons », mouvements d’acteurs de l’économie numérique qui il y a un an et demi s’étaient mobilisés contre une réforme fiscale qu’ils estimaient faire obstacle à la création d’entreprise (et d’ailleurs, les pigeons l’avaient emporté). Autrement dit, on a assisté hier sur Twitter à un phénomène politiquement intéressant : une de franges les plus libérales de l’économie française a pleuré le départ d’une ministre socialiste au prétexte qu’elle était très compétente et avait tout compris. 2 hypothèses pour comprendre ce qui pourrait apparaître à première vue comme un paradoxe : soit la compétence en matière numérique subsume les positions politiques et, ainsi socialisme et libéralisme économique peuvent-ils, dans cette sphère propre du numérique, se tenir la main et se faire des bisous soit le socialisme n’est plus ce qu’il était. Je vous laisse choisir.

Bref, que va devenir le numérique dans le gouvernement de Manuel Valls ? On peut imaginer qu’après son discours de politique général le 8 avril prochain, ce dernier nomme au moins un ou une secrétaire d’état (ou ministre déléguée comme on dit maintenant). On peut imaginer aussi que ce poste n’est pas encore attribué… Or, attendu qu’à force de passer du temps sur Internet à lire des choses j’estime être maintenant doté de quelques compétences. Attendu que je considèrerais comme une presque trahison le fait de ne pas en faire don à la Nation. Attendu que j’ai remarqué qu’en politique, il fallait se pousser du col plutôt qu’attendre qu’on vienne vous chercher, je fais acte de candidature à ce poste de ministre délégué du numérique et vous offre en primeur les grandes lignes de ma politique.

Moi ministre délégué au numérique, j’exigerai que l’intitulé de mon poste ne se limite pas à l’économie numérique, mais qu’il s’étende au numérique en général. Ce qui signifierait que ce ministère délégué ne soit pas sous tutelle du Ministre de l’Economie, mais rattaché directement à Matignon (c’est possible).

Moi ministre délégué au numérique, j’estimerai que le monde numérique n’est pas en dehors de la politique, il n’est pas dans un ailleurs où ce sont les fonctionnalités techniques qui font loi. Je défendrai un regard politique sur les questions numériques.

Moi ministre délégué au numérique, je ne me limiterai donc pas à aller serrer la pince de start-upers, admirer la Silicon Valley, mais je mettrai en place une politique numérique cohérente qui comprenne aussi bien l’innovation que les questions de droits d’auteur (qu’il ne faut surtout pas laisser au Ministère de la Culture) et la diplomatie numérique (qu’il faut défaire de la tutelle du Quai d’Orsay), car tout ça est lié.

Moi ministre délégué au numérique, on règlera définitivement (en l[]()‘état actuel des technologies) les questions de droit d’auteur en repensant de fond en comble le système de financement de la culture en tenant compte de la réalité des pratiques.

Moi ministre délégué au numérique, je veillerai à que la question des données soient prise en compte dans le cadre de accords transatlantiques actuellement en négociation avec les Etats-Unis, car ça n’a pas l’air d’être le cas, alors que c’est un enjeu essentiel et urgent.

Moi ministre délégué au numérique, je ferai passer l’ensemble des administrations française sous logiciel libre.

Moi ministre délégué au numérique, j’organiserai mon cabinet sur le mode des organes de gouvernance de l’Internet - le mode dit multi-acteurs - avec des représentants de l’Etat, évidemment, mais aussi des représentants de l’entreprise et des usagers. Toute décision sera examinée à l’aune des intérêts convergents des uns et des autres, et avec l’avis de quelqu’un toujours présent, et qui ne connaît rien au numérique.

Moi ministre délégué, je donnerai à chacune de mes réformes le nom de « pacte ».

Moi ministre délégué au numérique, j’exigerai que chacun de mes collègues qui propose qu’une autorité administrative indépendante puisse couper l’accès à Internet à quelqu’un pour une raison ou un autre, j’exigerai que ce ou cette collègue soit privé, directement et indirectement, d’accès à Internet pendant une semaine.

Moi ministre délégué au numérique, je demanderai à ce qu’on rende publique la liste de tous les outils de surveillance dont dispose l’Etat et ses administrations pour surveiller les communications, ainsi que les conditions de leur usage.

Moi ministre délégué au numérique, je ne resterai pas longtemps ministre délégué au numérique.

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