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Offrez un drone pour Noël

3 min
À retrouver dans l'émission

Par Thibault Henneton.
Peut-être vous apprêtez-vous, en cette veille de Noël, à offrir un drone... au moins avez-vous aperçu dans les boutiques ces modèles relativement bon marché désormais en vente entre les livres et les DVD. On le sait bien, les véhicules autopilotes, d'abord conçus pour l'armée, sont en train d'être domestiqués. Le défaut de ces objets, c'est qu'ils ont beau voler seuls, ils ont quand même besoin d'être commandés à distance, depuis un smartphone par exemple pour ces modèles démilitarisés bon marché. C'est à dire qu'ils manquent encore un peu d'autonomie.

Mais on peut tout à fait imaginer que le drone se mette à prendre des décisions lui-même, qu'il s'envole par exemple après avoir reçu une information du réfrigérateur auquel il est connecté, pour aller chercher un pack de lait, car la dernière brique, si les prédictions sont bonnes (et elles le sont la plupart du temps sinon vous feriez pas confiance à la machine), sera consommée aujourd'hui, avec ses « Miel Pops », par votre progéniture affamée. Pour gagner ainsi en autonomie, de quoi ce drone a-t-il besoin ? D'un algorithme suffisamment élaboré pour prédire et anticiper le besoin de lait, en fonction de connaissances accumulées dans un environnement déterminé – un couple avec enfant accro au « Miel Pops », dans le cas d'espèce : un peu comme celui de Google dans son moteur de recherche en fait.

Drone algorithmie personnalisation, et voilà le cadeau phare de 2013 carrément obsolète. Drone algorithmie personnalisation, voilà la recette de l'intelligence artificielle, le changement de paradigme, la bascule de l'ère des drones vers l'ère des robots. Et je ne parle pas des bras articulés censés aidés les travailleurs à accomplir leur tâche plus longtemps, allongement de l'espérance de vie oblige. Je ne parle pas non plus des robots aspirateurs ou des robots footballeurs, non, je parle de véritables intelligence artificielles, de plate-formes autonomes qui réagissent à leur environnement en fonction d'un large réseau de capteurs, et pas pour accomplir une seule tâche, mais d'authentiques robots multitâches et auto-apprenants, avec chacun leur base de souvenirs propres, chacun leur « Singularité ».

Ces derniers jours la DARPA américaine (l'agence de recherche militaire) organisait les qualifications de son grand concours 2013 : sur les vidéos on peut voir des robots plus ou moins humanoïdes, ouvrir une porte, monter des marches, soulever une masse ou courir sur des terrains accidentés. C'est presque rassurant, de voir ces robots monotâches, qui ont encore besoin d'être pilotés à distance, plus drones que robots donc. Dans ces vidéos on peut voir les inventions de Boston Dynamics, la boîte la plus en pointe dans ce domaine (et la plus liée à la DARPA, donc la plus représentative du « complexe militaro-industriel » dont s'inquiétait le président Eisenhower dans son allocution de fin de mandat, en janvier 1961). Les robots de Boston Dynamics, avec leur air de quadrupède un peu gauche, sont finalement plus attachants qu'effrayants. Et je suis rassuré de nous savoir en 2013, avec des drones archaïques sous le sapin, qui manquent encore de l'intelligence prédictive et adaptative des algorithmes d'un Google.

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un bon réveillon sans robots, et l'année prochaine je vous parlerai du jour où Google a racheté Boston Dynamics pour sauver l'humanité.

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