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Parlons un peu de morale

3 min
À retrouver dans l'émission

Puisqu'il a été question ce matin de morale aux Matins de France Culture, permettez-moi de transposer le problème à la vie numérique et d’examiner quelques questions morales qui se posent à nous dans notre contemporéanité réticulaire. La question, en arrière-fond, c’est de savoir si les nouvelles technologies nous posent de nouvelles questions morales.

Parce que, force est de constater que beaucoup des questions morales que nous pose le numérique se posaient déjà avant. Ai-je un comportement conforme à la morale quand je vais voir des sites cochons ? Cette question se posait déjà avec les films ou les magazines. Ai-je un comportement moral quand je fais semblant de ne pas avoir reçu un mail ? J’imagine que dans l’ancien monde, on invoquait régulièrement les rares errements de la Poste (c’est même pour ça, sans doute, qu’a été inventé l’accusé de réception). Prenons alors une question aux atours très contemporain : dois-je me sentir moralement autorisé à aller regarder des informations sur quelqu’un, sous prétexte qu’elles sont publiques (pratiques anodines comme googler ses ex – il paraît que c’est assez courant -, surveiller ce que ses proches font sur Facebook, ou aller regarder sur Facebook les photos de quelqu’un qu’on a croisé une fois ou qu’on a rencontré….). Ces pratiques relèvent de l’exploration d’une zone grise, comme l’appelle le sociologue Dominique Cardon, zone entre privé et publique que le numérique étend, mais qui a toujours existé (« dois-je l’ouvrir ou pas ? » c’est le dilemme moral du parent devant le journal intime de son enfant auquel il trouve un air triste depuis quelque temps. « Dois-je regarder ou pas ? » C’est le dilemme moral qui est le mien chaque matin quand s’allume une baie vitrée rue Raynouard, et qu’il suffit que je lève la tête pour voir une jolie dame faire de la gym en petite culotte). Donc, beaucoup des questions morales qui se posent à nous sont de vieilles questions. Mais certaines sont peut-être plus neuves.

Par exemple, l’effacement du tweet. Suffit-il d’effacer un tweet pour qu’il n’ait jamais été écrit ? L’effacement de tweet est une pratique récurrente de la personnalité publique qui a écrit quelque chose qu’elle n’aurait pas dû écrire (comme le député UMP Jean-Sébastien Viallate écrivant des supporteurs agités du PSG qu’ils sont des « descendants d’esclaves » …) ou de la personne qui fait une fausse manipulation (le cas célèbre d’Eric Besson qui écrit un matin : « Quand je rentre je me couche. Trop épuisé. Avec toi ? »). Point commun : ces tweets ont été vite effacés. Point commun : des captures d’écran ont été faite entretemps. Alors que celui qui efface espère une forme de rachat, il double la faute : à celle d’avoir énoncé un propos, il ajoute celle de penser que l’effacer le fera disparaître.

Autre question : télécharger illégalement est-il un acte immoral ? Où l’on voit ressurgir le vieux conflit entre légalité et immoralité. Parce que si télécharger illégalement contrevient au droit d’auteur, on peut y voir, quand le téléchargement se fait dans des réseaux pair-à-pair (c’est-à-dire sans instance centralisante qui en tire profit), on peut y voir une pratique reposant sur des principes moraux comme la mise à disposition de tous des œuvres et des savoirs, ou même l’échange.

D’où une question qui est commune à l’effacement du tweet ou au pair-à-pair. Dans les deux cas on est face à des possibilités techniques qui posent un problème moral. D’où la question : y aurait-il une morale de la technique ? Des principes moraux induits par la technique ? Et par Internet en l’espèce ? Une morale de la transparence, la fin du secret, c’est qu’avait l’air de dire Noëlle Lenoir. Je ne crois que ce soit si simple, car il a le mouvement parallèle du développement des techniques et de réseaux garantissant l’anonymat, pour le pire parfois, pour le meilleur souvent. Peut-être qu’une même technique induit des principes moraux contradictoires, ce qui serait encore plus intéressant.

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