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Pour une fois, réjouissons-nous de ce qui se passe dans la presse

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Je voudrais profiter de la venue de Glenn Greenwald, et de sa participation à The Intercept , pour tenir un propos qui sera considéré comme béat, mais dont j’assume la béatitude. Parce que, voilà, j’en ai ras le bol des déplorations au sujet de la fin la presse. J’en ai ras-le-bol de tous ces directeurs de journaux ou de chaines de télé qui viennent nous expliquer que le presse, c’est fini, que le journalisme est mort, que l’information est désormais vouée à se diluer dans

Certes, les quotidiens souffrent depuis longtemps, et de plus en plus. Certes les hebdomadaires souffrent depuis moins longtemps, mais de plus en plus. Certes, il est triste de voir Libération péricliter inexorablement, de voir le groupe Nice matin placé en redressement judiciaire. Certes les chaînes de télé perdent des recettes publicitaires à cause de l’éparpillement de l’audience. Certes la radio est à peine épargnée. Certes, peu de sites d’information ont trouvé un modèle économique durable. Certes, en France comme aux Etats-Unis, la vieille presse est en train de passer aux mains des milliardaires de l’économie numérique (Xavier Niel qui achète le groupe Le Monde puis le Nouvel Observateur , Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, qui achète le Washington post ). Certes, quand on lit dans l’étude interne du New York Times - que le monde entier considère comme un modèle en matière de journalisme numérique estime qu’il n’en fait pas assez, qu’il est à la ramasse par rapport à tous ces sites d’information bizarroïdes qui captent l’attention sur Internet, comme Buzzfeed et autres – ça laisse perplexe. Certes… certes.. certes…. Mais maintenant, regardons le revers de la pièce, et soyons un peu béats.

Et réjouissons-nous, pour commencer, de ce qu’on a vu apparaître dans la presse papier ces derniers temps. Tout le monde cite les fameux mooks , mélange de magazines et de livres, dont le modèle est XXI , le mensuel de reportage créé en 2008, et qui a ouvert une voie dans laquelle s’en sont engouffrés d’autres. Mais dans des formats plus classiques, on a vu apparaître Causette , mensuel féministe, s’imposé assez. Et que dire de So Foot qui depuis 10 ans, renouvelle la presse sportive et le discours sur le foot ? Que dire de So Film qui depuis 2 ans, apporte un nouveau souffle à la presse cinéma ? Et bientôt, on pourra sans doute lire un magazine d’information du même tonneau. A la tête des trois, un type de 35 ans, Franck Annese, sorte de génie de la nouvelle presse française. C’est sûr qu’il ne pavane pas sur les plateaux pour donner son avis trois fois par jour sur un pet de ministre (avec lequel il a dîné la veille), mais il travaille et renouvèle la presse.

Et puis sur Internet maintenant, réjouissons-nous de ce que nous voyons fleurir : des sites qui renouvellent le journalisme d’investigation (Médiapart en France, The Intercept aux Etats-Unis), l’apparition d’un nouveau journalisme dit « journalisme d’explication » « journlaisme de stock » (qui s’abstrait du flux pour expliquer l’actualité plus que pour la suivre : par exemple Vox ou Up Shot ) et puis les réseaux sociaux qui permettent à tous de participer à la fabrique de l’information, d’observer, de critiquer. Et puis, on voit des nouvelles formes longues (les articles réalisés sous la forme de parallax, c’est-à-dire de longs textes magnifiquement mis en page, truffés d’images – photos, vidéos – qui n’empêchent pas la lecture mais l’accompagnent). On entend de nouvelles voix (celles provenant de sites plus radicaux dont l’audience était auparavant ultra confidentielle et qui par Internet peut toucher, ponctuellement, un large public celles provenant de bloggeurs qui suivent des secteurs n’ayant plus leur place dans la presse généraliste et où l’on va chercher une expertise, un éclairage, un point de vue).

Bien sûr l’idée même de journal de référence (et même de média de référence) n’est plus de mise. Bien sûr nous lisons tout cela de manière morcelée, à n’importe quelle heure, tout le temps (parce que tout cela nous arrive par Facebook par Twitter, ou dans un mail). Bien sûr, chacun se constitue son information avec des morceaux qu’il va attraper à droite et à gauche. Bien sûr ça peut poser des problèmes pour établir un langage commun. Bien sûr, on a souvent le sentiment d’être un peu largué, de ne plus savoir où il faut aller, ce qu’il faut lire. Mais, s’il y a une chose dont je suis certain, c’est que dans quelques années, quand tout sera stabilisé, quand à nouveau i y aura des lieux de référence, on se remémorera avec nostalgie cette époque délicieuse où chaque semaine []()quelqu’un, quelque part, pensait révolutionner le journalisme.

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