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Pourquoi Internet aime-t-il à ce point les cartes.

4 min
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Je voudrais profiter de la présence d’une géographe ce matin pour lancer à la cantonade une question qui m’intrigue : pourquoi Internet aime-t-il autant les cartes ? Cette question part d’un constat parfaitement empirique (mais d’une vérité implacable) : la prolifération des cartes dans les réseaux. Sur Internet, vous trouvez des cartes de toutes sortes, des cartes de tout. Au point que le magazine américain Wired – si important depuis le milieu des années 90’s dans la formalisation et la diffusion des cultures numériques - a ouvert sur son site en septembre 2013 un blog « Map Lab » : une espace où l’on montre des cartes, où l’on parle de carte et de cartographie. Par exemple, l’avant-dernier post de ce blog, consiste en un passage en revue des plus belles cartes de 2013, et il faut avouer que c’est très beau. Et un premier élément de réponse à ma question initiale. Parce qu’on trouve là des cartes qu’on ne pouvait pas voir avant. Telle une sublime cartes des vents, en temps réel (et ça, les amis, je vous mets au défi de ne pas y passer au moins une heure à la contemplation de ce globe où se tracent des petits lignes fluorescentes représentant les vents du monde). Internet aime les cartes parce qu’Internet permet de produire des cartes nouvelles.

Mais il y a un autre raison, c’est la possibilité que donnent Internet et l’informatique à presque tout le monde de fabriquer des cartes. Dans ces tentatives, certaines feraient sans doute bondir les cartographes sérieux. Mais d’autres sont au contraire très intéressantes. Ainsi du magnifique projet OpenStreetMap qui depuis 2004, cartographie le monde entier, mais de manière libre et bénévole. Dans le monde entier, des volontaires récupèrent des données libres ou produisent des données par GPS (Gaël Musquet, un des acteurs d’OpenStreetMap en France, est guadeloupéen, et depuis des années, pendant ses vacances, il cartographie la Guadeloupe scrupuleusement, les chemins, les arbres, les emplacements des bancs etc.) C’est aussi une cartographie d’usage : OpenStreetMap produit des cartes thématiques très précises (pour les vélos, pour les gens en fauteuil roulant) et lors du tremblement de terre à Haïti en 2010, les ONG ne disposant d’aucune bonne carte, ont fait appel à des volontaires d’OpenStreetMap pour cartographier vite les lieux et de déterminer les lieux où on peut établir des camps ou des voies d’accès. Et chose étrange, une des très belles cartes de l’année, c’est une carte d’OpenStreetMap, une carte que le projet a publié dans son rapport annuel, une carte des mises à mises à jour de ses cartes, qui met en valeur les lieux dont les données sont les plus récentes. Une méta carte en quelque sorte où l’on voit en creux le travail de tous ces gens dans le monde qui participent à l’élaboration de ces cartes.

On voit bien les raisons qu’Internet a d’aimer des cartes. Non seulement le vieil art de la cartographie permet de représenter les données produites par Internet, mais Internet offre les moyens techniques – par la contribution, par le temps réel – de renouveler la cartographie.

D’accord, mais je me demande si ce qui lie Internet et les cartes n’est pas plus profond, ne va pas au-delà des possibilités offertes par la technique…. Une hypothèse, si Internet aime autant les cartes et produit autant de cartes, c’est à cause de la difficulté qu’on a aujourd’hui à se représenter Internet et à figurer Internet. Pendant longtemps, on a associé Internet à un lieu, un espace, on parlait de « Terra Incognita », de « cyberespace », de « nouveau continent » à conquérir, on réactivait les vieilles images de la frontière, du Far West. Ca n’était pas tout à fait juste, mais ça fonctionnait. Mais vous avez remarqué qu’on n’utilise plus tellement ces analogies aujourd’hui, elles ne correspondent plus à l’expérience qu’on l’a des réseaux. Certes, on cartographie les réseaux de relations, la viralité de certains contenus, ou même les câbles qui font l’Internet. Mais Internet en lui-même ? Eh bien on a renoncé. Trop de couches, de trop de mouvements, trop de données, trop d’incorporation. Internet ne peut plus être un espace, alors il devient ce qui accueille l’espace, l’espace et ses représentations. Je ne sais pas si l’on cherche à compenser ou à expier mais à mesure qu’on cartographie à tout va, on passe de plus en plus de temps avec un truc qui n’a ni forme ni représentation.

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