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Pourquoi la NSA s'intéresse aux métadonnées

3 min
À retrouver dans l'émission

Depuis 6 mois que les informations fuitées par Edward Snowden tombent dans le domaine public, un mot a fait son entrée dans la langue commune : métadonnées. Quand on apprenait en juin dernier que l’opérateur téléphonique américain Verizon collectait des métadonnées téléphoniques. En France dans le projet de loi militaire voté en début de semaine, l’article 13 élargit considérablement pour l’Etat français la possibilité de collecter nos métadonnées téléphoniques. Et hier encore, vous l’avez entendu dans les journaux d’Amélie Perrier ce matin, le Washington Post nous a appris que la NSA interceptaient et stockait des métadonnées : la localisation de centaines de millions de téléphones portables dans le monde entier. Pourquoi parle-t-on de métadonnées ? Pour une chose toute simple : les services de renseignement ne sont pas intéressés par ce que nous nous racontons dans nos conversations téléphonique (les données), mais par d’autres informations : qui nous appelons, à quelle fréquence, où, pendant combien de temps. Les voilà les « métadonnées » telles qu’on les entend dans ce contexte. Pourquoi intéressent-elles tant les services de renseignement ?

Pas parce qu’elles sont plus respectueuses de la vie privée que les données elles-mêmes. Ca, ça a été l’excuse avancée par la NSA au tout début de l’histoire Snowden : « ne vous inquiétez pas, a dit la NSA aux citoyens américains, nous n’écoutons pas ce que vous dites, on ne vous identifie même pas d’ailleurs, jamais ne nous ferions cela, on ne fait que récolter des métadonnées », mais on a vite compris que ces fameuses métadonnées étaient beaucoup plus intéressantes pour le renseignement que les conversations elles-mêmes.

Un ancien directeur de la DGSE me le disait d’une manière un peu brute il y a quelques jours au téléphone : « pourquoi croyez-vous que le KGB foutait des micros dans les chiottes de l’ambassade de France en Pologne ? Pas parce le 3ème secrétaire allait divulguer un secret d’Etat en faisant pipi. Ce qu’ils voulaient savoir les Russes c’est qui parlait avec qui, qui était ami avec qui, quand ces gens se voyaient etc. » Ce que faisait donc le KGB à l’échelle d’une ambassade, les services de renseignement contemporains cherchent donc à le faire à des échelles largement supérieurs : dessiner des graphes sociaux, établir des fréquences, des schémas de déplacement etc. Pour deux raisons :

Parce que si la personne ciblée est identifiée, tout cela (ses relations, leur fréquence, ses déplacements etc.), tout cela en dit souvent plus long sur elle que les conversations qu’elle tient.

Mais surtout parce que ça permet une nouvelle manière de faire du renseignement, qui consiste, non plus à tout savoir d’une personne préalablement identifiée, mais à définir des modèles et, à partir de ces modèles, identifier des individus au comportement suspect. Une démarche inverse à la première donc, et qui est permise par l’amassement des données. Concrètement ça donne quoi ? Si vous faites comme la NSA et localisez des téléphones portables, même quand ils sont éteints, vous obtenez des déplacements. Si vous traitez ces déplacements par de bons algorithmes, vous observez que presque tous obéissent à des modèles identifiés. Et puis soudain, vous observez un téléphone qui a des déplacements anormaux, qui ne correspondent pas au modèle, ou alors à un modèle considéré comme suspect (par rapport utiliser des trajets toujours différents pour joindre deux points). Evidemment je caricature, mais comme l’a montré Grégoire Chamayou dans son excellent livre Théorie du drone , c’est cette démarche qui est utilisée pour désigner une partie conséquente des personnes que les drones vont abattre : pas leur identité, mais un comportement suspect (avec les erreurs que cela peut produire, bien évidemment).

Voilà pourquoi il ne faut pas se laisser abuser par cette notion de métadonnées. Ce n’est pas parce qu’elles sont méta-, parce qu’elles apparaissent froides, loin de nous, anonymes, qu’elles ne disent rien sur nous. Ces métadonnées sont des données comme les autres. Leur récolte massive, leur travail par des algorithmes ultra-puissants et leur usage dans des perspective de surveillance généralisée, non seulement obéissent à une vision de l’humanité terrifiante, mais sont un scandale politique majeur.

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