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Quelques questions aux drones-livreurs d'Amazon

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Vous pensez que l’ouverture des magasins le dimanche est le signe ultime que le commerce et la consommation tendent à occuper toute notre vie. Eh bien vous avez tort, car à cette occupation du temps, risque de s’ajouter une occupation de l’espace, et du ciel en particulier. Jeff Bezos, le fondateur et PDG d’Amazon vient de l’annoncer : son entreprise travaille à un programme de livraison par drone, un programme de livraison par engin volant télécommandé. Ces drones existent déjà, ils s’appellent Octocopters (parce qu’ils ont 8 hélices), ils peuvent transporter des colis dont le poids est inférieur ou égal à 2,3 kg (Amazon a constaté que cela incluait 86% des colis à livrer) et l’objectif est de faire la livraison en une demi-heure.

Amazon n’attend qu’une chose : l’autorisation de la US Federal Administration of Aviation, l’institution qui régule l’espace aérien américain. Cette institution a déjà approuvé l’utilisation de drones par la police et les agences gouvernementales et elle est en train d’examiner la possibilité d’ouvrir l’espace aérien civile au drone, la décision devrait être rendu en 2015 (vous pensez que c’est une dinguerie américaine, pas du tout, l’Europe y réfléchit aussi, examen en 2016). Et Bezos l’annonce d’ores et déjà : dès que la régulation sera mise en place, Amazon sera prêt à lancer son service.

J’avoue que cette perspective me ravit. Vous faites une commande sur Amazon, une demi-heure plus tard, votre colis arrive, livré par une petite machine, en évitant ce moment toujours complexe socialement du contact avec le livreur. Quel rêve pour le consommateur. Néanmoins, je m’inquiète de quelques détails pratiques. Par exemple, qu’est-ce qui se passe pour le client qui n’a pas de surface pour faire atterrir l’Octocopter, mais qui vit dans un immeuble, par exemple ? Est-ce qu’il va falloir faire des acrobaties à sa fenêtre ou à son balcon pour attraper le colis pendant que la machine est en vol stationnaire ? J’imagine qu’il faudra descendre au pied de l’immeuble. D’accord. Mais comment garantir alors que la personne qui réceptionne le colis soit bien celle à laquelle il est adressé ? Quel système va être inventé ? Reconnaissance faciale ? Vocale ? Et l’on verra naître une nouvelle position : des gens à genou en train de crier à un hélicoptère télécommandé « Marc Voinchet ! ». Et puis, que faire contre l’apparition inévitable d’une nouvelle forme de délinquance : l’interception des drones livreurs (un bon lance-pierre et on monte un petit commerce) ? Ces machines, il faut bien les piloter, est-ce que les Octocopter seront conduits avec la même virtuosité inquiétante que les mobylettes qui livrent les pizzas ou les camionnettes UPS ? Auquel cas, il faut s’attendre à quelques accidents ? Et je vous préviens, je n’ai pas du tout de mourir le crâne cisaillé par une machine qui transporte en urgence les œuvres complètes de Rocco Siffredi. Et le bruit ? Ca fait du bruit ces engins. Se promener dans les rues de Paris risque de ressembler, du point de vue sonore, à une balade au crépuscule, sous les Tropiques, au bord d’une étendue d’eau stagnante. Quant à la question strictement esthétique (à savoir un ciel strié du vol de robots), elle me préoccupe moins, n’ayant jamais trouvé une grâce folle au vol du pigeon.

Mais j’imagine qu’Amazon, et toutes les entreprises qui vont vite lui emboîter le pas ont déjà réfléchi à tous ces maigres inconvénients.

J’imagine aussi que derrière leur poste, beaucoup d’ennemis du progrès, qui trouvent infernale l’idée d’un ciel occupé par les robots d’Amazon, en viennent à espérer que l’espace aérien ne soit jamais ouvert aux drones civils. Sauf que. Peut-on vraiment espérer cela ? Peut-on vraiment espérer que le ciel n’appartienne qu’à la police et aux agences de renseignement ? Les drones civiles, ce n’est pas Amazon seulement, ça peut être aussi des moyens d’entraide, des outils de surveillance des surveillants, des objets qui permettent de s’organiser, de fournir de l’information, de faire de belles images. Et là ce sont des perspectives tout autres qui s’ouvrent.

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