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Trading à haute fréquence : triste renoncement

3 min
À retrouver dans l'émission

Je suis très énervé.

Hier a été adopté par l’Assemblé nationale le volant recette du projet de loi de finance 2014. Dans ce cadre, devait être proposé au vote un amendement, et hop, il a disparu. Il a été retiré sous la pression conjointe du Ministre délégué au budget et du Ministre de l’Economie et des finances. Cet amendement visait à étendre la taxe sur les transactions financières aux échanges intraday (c’est-à-dire qui sont bouclés dans une journée). Etaient visé, à la fois pour dissuader un peu la spéculation, ou permettre en tout cas à l’Etat d’en retirer du profit, étaient visé donc le trading à haute fréquence, ces transactions boursières extrêmement rapides, effectuées par des programmes informatiques à des échelles de temps inaccessibles à l’humain, qui dégagent des profits sur des variations infimes d’une place à une autre ou en anticipant les mouvements tenus du marché.

Pourquoi retirer cet amendement ? Une pseudo-raison économique : ce type de transactions seraient bonnes pour l’économie parce qu’elles augmenteraient la liquidité des marchés. C’est l’argument traditionnel des défenseurs du trading à haute fréquence. Or, on trouve des économistes et des financiers, loin d’être des gauchistes, qui défendent le point de vue exactement inverse et invoquent même une surliquidité. En fait, c’est plus vraisemblablement la pression des gros acteurs des marchés, des banques en particulier, qui auraient convaincu le gouvernement en menaçant plus ou moins de déserter Eurnonext.

Pourquoi est-ce que c’est très énervant ?

D’abord parce que « je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance.» C’était le candidat Hollande au Bourget, janvier 2012.

Ensuite, le trading à haute fréquence pose un problème quasi philosophique : la délégation aux machines de décision qui, au final, ne sont pas sans conséquences pour l’économie. Mais bon, le rôle d’un gouvernement n’est pas de faire de la philosophie, ce serait déjà bien qu’il fasse de la politique.

Mais le trading à haute fréquence pose des problèmes financiers : je rappelle l’étude que j’avais citée il y a quelques jours : il serait responsable d’un nombre incalculable de mini-krash qui déstabilisent les marchés. Par ailleurs, le trading à haute fréquence créé un fossé entre les gros acteurs qui ont le moyens de se livrer à ces pratiques et les petits investisseurs qui n’ont pas les ordinateurs, ni les informations. Tout ça ce n’est pas moi qui le dis, ce ne sont pas non plus les économistes gauchistes, c’et un débat de plus en plus prégnant aux E-U, qui n’est pas un pays de gauchistes.

Et puis, le trading à haute fréquence pose un problème légal. Mi-septembre, une affaire de transaction sur la valeur de l’or (600 millions d’euros en quelques millisecondes) a alerté les bourses américaines sur les dérives de ce fonctionnement. Je vous passe les détails mais on s’est aperçu que des ordres avaient été passés 5 millisecondes trop tôt, qu’il y avait manifestement eu fuite d’une information confidentielle. Cela et a incité le procureur de New York à demander au Congrès américain de se saisir de cette question qu’il a appelé le « délit d’initié 2.0 », délit d’initié car posséder une information une seconde avant son adversaire est la garantie de gains substantiel et que les stratégies mises en place pour obtenir ces informations dépassent, selon les dires même du procureur de New York, ce que l’affreux trader mis en scène par Olivier Stone dans Wall Street avait pu imaginer. (Vous vous souvenez Wall Street ?).

Tout ça pour dire que même les Américains en reviennent du trading à haute fréquence.

Alors oui, tout ça est très énervant. Parfois, je ne comprends pas bien la politique. Ou alors je la comprends, et ça me déprime.

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