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Un Internet inter-espèces pour communiquer avec les animaux

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On connaissait l’internet qui reliaient des machines entre elles. C’était le premier Internet. Aujourd’hui que nous sommes équipés de smartphones que nous ne quittons jamais, et que nous avons des comptes personnels sur les réseaux sociaux, on peut dire qu’Internet relie entre eux les êtres humains. C’est le deuxième Internet. On prévoit dans un avenir proche l’émergence d’un troisième internet, celui des objets, qui relierait donc les objets entre eux. Eh bien, ça n’est pas fini, car aujourd’hui, certains travaillent à un quatrième Internet, qui ne relieraient plus seulement des machines, des êtres humains et des objets, mais qui relieraient aussi les animaux. Un « Internet inter-espèces », c’est son nom. Et le projet est soutenu par des personnalités non négligeables : Vinton Cerf, un des pères de l’Internet, aujourd’hui Chef évangéliste de l’Internet chez Google, Neil Gershenfeld, qui dirige le Center for Bits and Atoms du célèbre MIT, Diana Reiss, une chercheuse reconnue en sciences cognitives (spécialiste des dauphins) et Peter Gabriel, le chanteur, qui s’intéresse aux animaux depuis longtemps (il a appris à des bonobos à accompagner ses mélodies avec un synthétiseur, pauvres bonobos).

Le constat sur lequel repose cette initiative est que les êtres humains ne sont pas les seuls êtres vivants à avoir une conscience, que c’est une grande vanité que de le croire, que les chercheurs ont prouvé que les animaux avaient une conscience d’eux-mêmes, qu’ils avaient des capacités d’apprentissage, qu’ils avaient même une culture qui évoluait et se transmettait.

Le but de cet « Internet inter-espèces » est triple : développer la connaissance de la cognition animale, donner un peu de culture aux animaux captifs et faciliter la communication entre les espèces.

D’accord, mais comment faire ? On est évidemment au tout début. Pour le moment, il s’agit juste de lancer des pistes. L’un d’elles, ce serait la création d’interfaces qui permettraient à d’autres espèces de montrer ce qu’elles sont, et ce qu’elles savent. Pour ça, il faudrait leur donner le moyen d’interagir avec les machines. C’est la première piste.

Le petit groupe a l’air d’y croire. Neil Gershenfeld (qui dirige un prestigieux laboratoire du prestigieux MIT, je le rappelle), explique si cet Internet nouvelle version devait exister un jour, si grâce à lui on parvenait vraiment à une meilleure communication entre les espèces, il pourrait servir de base à un Internet intergalactique nous permettant de communiquer avec les Aliens. Ca me semble important, tant les problèmes d’incommunicabilité avec les Aliens empoisonnent notre quotidien. Mais il ne faut pas se moquer. Comme l’expliquent les UFOlogues, la meilleure preuve qu’il existe d’autres êtres intelligents dans l’univers c’est qu’il est impossible de prouver qu’il n’en existe pas. Autant se préparer.

Mais, avant cet Internet nous permettant de converser avec des Aliens et puisque nous sommes au Salon de l’agriculture, essayons d’imaginer un monde où les agriculteurs et les éleveurs pourraient bénéficier d’un « Internet inter-espèces ».

Imaginez un monde où l’éleveur serait en connexion avec ses vaches, où il connaîtrait l’état d’esprit de son troupeau, où il saurait que Marguerite et Noiraude ne sont plus amies. Imaginez que Monsieur Seguin ait vraiment su ce qu’il fallait donner à Blanquette pour qu’elle ne saute pas par la fenêtre…Et même pour ceux qui ne sont pas éleveurs. Imaginez un agriculteur qui serait en relation, via une interface adéquate, avec la horde de sangliers qui projette de venir massacrer sa plantation de jeunes pommiers, qu’il puisse s’interposer, et négocier. Imaginez un monde où vos poules vous demanderaient comme amis sur Facebook. Parce que la relation pourrait être réciproque, les animaux pourraient s’intéresser à l’éleveur, lui remonter le moral, participer à son effort.

Mais je pense qu’il faudrait aussi anticiper les conséquences politiques d’un « Internet inter-espèces ». Parce qu’il pourrait servir de lieu de mobilisation des animaux mécontents de leur sort. Et si les pintades s’apercevaient un jour que les cochons en ont marre autant qu’elles. Si les abeilles et les pucerons s'alliaient parce qu'ils n'en peuvent plus d'être exterminés par les pesticides … On connait la capacité de mobilisation d’Internet. Ca donnerait quoi ?..... Ca donnerait La ferme des animaux, George Orwell, les animaux qui se révoltent et excluent les hommes. Incroyable. George Orwell n’avait pas seulement prévu notre société de surveillance dans 1984 , mais il avait aussi prévu l’avenir de l’agriculture. Trop fort.

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