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Y a-t-il une diplomatie française en matière de numérique ?

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Il y a une diplomatie du numérique. La manière dont s’est construit l’Internet, et la mythologie accompagnant cette construction, tendraient à faire croire que le rôle des Etats est secondaire dans cette histoire. Bien sûr, c’est le gouvernement américain, via la DARPA, - un de ses départements de recherche militaire -, qui est à l’origine de l’Internet, mais depuis, ce seraient les universitaires, les ingénieurs, les développeurs, les passionnés et les entrepreneurs qui auraient fabriqué l’Internet que nous connaissons, jusqu’à inventer des organes de gouvernance propres (comme l’ICANN qui gère les noms de domaine, - ce qui est stratégique –, ou l’IETF, qui établit les standards techniques - ce qui est tout autant stratégique), jusqu’à déclarer en 1996 l’Indépendance du Cyberespace. Sauf que le cyberespace n’a jamais été indépendant. L’ICANN, par exemple, est une association de droit californien qui dépend du département du commerce américain, et l’affaire Snowden laisse soupçonner que les services de renseignement américain ont réussi à influer l’IETF – censément indépendante - pour imposer des standards lui permettant d’installer son système de surveillance. Mais les Etats-Unis ne sont pas seuls dans ce jeu. Quand l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy décidait en 2011 d’organiser un e-G8, un G-8 de l’Internet, avant le G-8 de Deauville, il manifestait publiquement le rôle que les Etats voulaient prendre dans l’avenir de l’Internet, entre les grands opérateurs, les grands acteurs américains et la société civile. Plus récemment encore, lorsque la Présidente du Brésil Dilma Rousseff a réagi à l’affaire Snowden en plaidant pour une gestion multilatérale de l’Internet (l’idée étant de s’affranchir de la tutelle américaine), et quand elle a annoncé qu’elle organiserait en ce sens une grande conférence en avril prochain, elle a réalisé un coup d’éclat diplomatique remarqué.

La gouvernance de l’Internet est donc un des enjeux de cette diplomatie du numérique. Mais il y en a d’autres. La question de la propriété intellectuelle par exemple. Elle est désormais au cœur des grands accords internationaux Ainsi de TAFTA, l’accord commercial transatlantique, qui est en ce moment même en train d’être négocié entre les Etats-Unis et l’Union Européenne (certes, la France ne négocie pas directement, mais on peut espérer qu’elle ait un avis). La protection de la vie privée est un autre enjeux de cette diplomatie, pas contre les désirs de surveillance de leurs citoyens par les Etats (puisque le vote tout récent de la Loi de Programmation Militaire montre que la France n’a rien à envier aux Américains, dans les intentions tout au moins, en matière de surveillance numérique de sa population), mais peut-être protection de la vie privée contre des géants de l’Internet qui font leurs choux gras de l’usage des données personnelles des Internautes. Parmi les autres dossiers, on comptera la fiscalité… Bref, il y a une diplomatie du numérique, ses enjeux sont hautement stratégiques et nous concernent directement.

Quelle est la position de la France sur toutes ces questions ? Eh bien, à part ponctuellement, c’est compliqué de le savoir. Il existe bien une fonction au Quai d’Orsay qu’on appelle « représentant spécial de la France pour les négociations internationales sur le numérique ». Depuis mai dernier, elle est occupée par David Martinon. David Martinon, ancien porte-parole de la République Française pendant les premiers mois du gouvernement Sarkozy, ancien candidat malheureux à la mairie de Neuilly, ancien consul général de France à Los Angeles et donc, depuis mai « représentant spécial de la France pour les négociations internationales sur le numérique ». Une question : que fait le « représentant spécial de la France pour les négociations internationales sur le numérique ? ». Eh bien on ne sait pas. En tout cas, je ne sais pas. Parce que la France ne communique pas sur sa diplomatie numérique. Et quand on essaie d’inviter David Martinon à s’exprimer à la radio, le Quai d’Orsay, sa tutelle, déclare cette expression « inopportune ». Pourquoi ? On ne sait pas. La diplomatie de la France en matière de numérique a-t-elle besoin d’être secrète pour être efficace ? Ou alors il n’y a rien à dire de la diplomatie française en matière de numérique, parce qu’elle est inaudible, voire nulle ? En l’absence d’information et de réponse des intéressés, toutes les hypothèses sont permises.

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