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1913, la Joconde volée, retrouvée à Florence, est de retour au Louvre

La pénurie de fonctionnaires, responsable du vol de la Joconde ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment le vol du plus célèbre tableau du Louvre amène le journal L’Univers dans son édition du 28 aout 1911 à faire l'éloge des petits fonctionnaires employés du Musée, et surtout à une violente charge contre les politiques de ressources humaines à l'oeuvre dans les cabinets ministériels !

1913, la Joconde volée, retrouvée à Florence, est de retour au Louvre
1913, la Joconde volée, retrouvée à Florence, est de retour au Louvre Crédits : Topical Press Agence - Getty

Le 22 août 1911 au matin, Louis Béroud se rend au Louvre pour y réaliser un croquis de son prochain tableau, Mona Lisa au Louvre. Il y retrouve le graveur Frédéric Laguillermie, venu lui aussi copier le célèbre visage au sourire énigmatique. Arrivés dans le Salon carré, en lieu et place du chef d'œuvre de Léonard de Vinci, un pan de mur vide cerné par quatre crochets. Aussitôt alertés, les gardiens du musée retrouvent abandonnés dans un escalier le magnifique cadre Renaissance et la vitre qui protégeait le tableau. Sur celle-ci, le criminologue Alphonse Bertillon relève une empreinte qui sera rapidement comparée à celles de 200 employés du Louvre. En vain. Alors, la nouvelle du vol se répand et fait les choux gras de la presse. Eugène Tavernier, journaliste pour le journal L’Univers décide pour sa part de profiter du fait divers pour brosser un éloge inattendu : celui des petits fonctionnaires... et dénoncer les pratiques de cooptation et de passe-droit à l'œuvre dans les recrutements de la fonction publique de l'époque.

Là où on devrait augmenter le nombre des petits fonctionnaires, l’argent fait défaut. Voilà comment a pu s’accomplir le fantastique enlèvement de la Joconde aventure merveilleuse dont la France et le monde sont ébahis. Les simples employés du Louvre, les gardiens qui  exercent la surveillance dans les galeries du Musée ne sont pas assez nombreux. L’argent qui servirait à les payer est dépensé ailleurs. Qu’il s’agisse des musées, des bibliothèques, de la police ou de l’armée, la même pénurie se fait sentir. Ici les ministres ordonnent des économies tandis qu’ailleurs, la prodigalité poursuit son cours. Jadis un ministre se contentait de trois ou quatre attachés qui ne recevaient qu’un traitement modéré. Aujourd’hui ces attachés pullulent et quand survient une crise ministérielle, que deviennent tous ces fonctionnaires attachés au ministre qui dégringole ? Rassurez-vous ils ne resteront pas sans emploi, avant de déguerpir, leur maître a pris soin de les caser : ils prennent la place espérée par des employés compétents. Pratiquées depuis une vingtaine d’année et toujours aggravé, ce régime a merveilleusement multiplié les injustices et le gaspillage. Tel ancien attaché se vit par exemple transformé en sous-chef d’un bureau permanent, ne connaissant rien aux affaires dont le voilà chargé. La besogne alors se fait au petit bonheur… Si la Joconde avait été confiée à ces surveillants-là, il y a longtemps qu’elle se fut laissé enlever. La pensée que l’événement fantastique aurait pu arriver beaucoup plus tôt est sans doute un motif de consolation…

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