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Réfugiés de la guerre civile espagnole, Le Perthus, France, janvier 1939

Janvier 1939, les premiers réfugiés espagnols parviennent à la frontière française

4 min
À retrouver dans l'émission

Henri Danjou, envoyé spécial du journal Paris-Soir en Espagne, raconte l'entrée des troupes nationalistes dans Barcelone, l'installation de l'ambassadeur de France à Figueras, et au Perthus, l'arrivée des premiers réfugiés, personnes âgées, femmes et enfants qui attendent l'ouverture de la frontière

Réfugiés de la guerre civile espagnole, Le Perthus, France, janvier 1939
Réfugiés de la guerre civile espagnole, Le Perthus, France, janvier 1939 Crédits : © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS - Getty

Paris-Soir, 27 janvier 1939

J'étais tout à l'heure au Perthus, à la frontière française. A cinq kilomètres de là, des femmes, des enfants et des vieillards, visiblement affamés, attendent l'heure où notre frontière s'ouvrira devant eux. Quelques privilégiés ont pu passer des commissaires de police espagnols que leur service conduit en France  — mais ils y viennent surtout pour chercher du pain — et des femmes. Les femmes pleuraient, leurs maris avaient dû rester au poste-frontière espagnol. 

— Ils ne reviendront plus, crient les femmes. Et ce sont de très jeunes femmes, et des petits enfants qui s’accrochent en pleurant à leurs robes.

— Ils seront là demain, dit pour les rassurer le commissaire Vidal chargé du maintien de l'ordre au Perthus.

Il semble bien que la frontière s'ouvrira demain matin, à l’aube, devant les malheureux qui fuient les horreurs de la guerre civile espagnole. Ils seront cantonnés au Perthus, conduits à Perpignan et, de là dirigés sur l'intérieur du pays, vers les départements où des centres d'hébergement sont prévus. Les réfugiés que l'on rencontre au Perthus sont silencieux, comme s'ils étaient assommés. Ils disent qu'en Espagne l'argent n'a plus cours. Ils se sont nourris en échangeant de l'huile ou de l'essence contre des volailles et des œufs. Leur premier soin en arrivant est d'acheter du pain et les boulangeries doivent prévoir de nouvelles fournées. A Puygcerdà des carabiniers encapuchonnés leur font une barrière sévère. La neige étant épaisse, ils allument de grands feux pour veiller. Escaladant des glaciers, des déserteurs arrivent aussi dans nos lignes, mas ils n'y parviennent qu'avec les plus grandes difficultés et les survivants racontent qu'ils ont vu sur les sentiers plusieurs cadavres sur la neige. Henri Danjou

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