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Pour parler de Patrice Chéreau, une parole : celle d'Ariane Mnouchkine

29 min
À retrouver dans l'émission

Patrice Chéreau est mort ce lundi 7 octobre 2013 et avec lui s’éteint une source lumineuse à laquelle le théâtre français pouvait sans cesse se ressourcer.

Pas besoin d’avoir connu les origines pour apprécier son travail. Sa légende, on le sait, démarre avec des spectacles phares, l’Affaire de la Rue de Lourcine ou, plus tard, La Dispute . Elle se forge au théâtre Nanterre Amandiers dont il prend, jeune, la direction. Là sur le plateau, grâce à sa volonté, éclatent les mots d’un auteur vivant et bien contemporain, Bernard Marie Koltès, tandis que dans les coulisses, une école se met en place, véritable vivier d’où sortira une brillante générations d’actrices et d’acteurs que Chéreau fera tourner au cinéma et dirigera sur la scène.

Ce sont ces acteurs, un peu comme les comédiens d’Antoine Vitez, qui disent le mieux en quoi Chéreau manquera terriblement. Parce que la patte de cet immense artiste, sa griffe, son exceptionnel talent éclatait à travers eux. Le théâtre façon Chéreau, c’était une fusion hautement inflammable de l’âme et du corps, une exacerbation des sentiments, un sens de l’hystérie finement maîtrisée. Le tout porté par des images sublimes où le rapport à l’espace, aux couleurs, aux perspectives n’était pas sans évoquer des peintures de maîtres mises en mouvement. Comment ne pas être électrisé devant les représentations qu’il signait ? Ses spectacles fascinaient, subjuguaient. Et, qu’il travaille au théâtre, au cinéma, à l’opéra, au fond, son geste était le même. Il s’agissait pour lui de convoquer sous les yeux du public l’humain, dans toutes ses dimensions. Patrice Chéreau mort, c’est un peu de cet humain qui désormais ne pourra plus s’élancer sur le plateau pour y dire :: » si vous passez par ici à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose, et ce quelque chose, moi, je peux vous le donner ». Ce sont les mots de Bernard Marie Koltès. L’acteur Chéreau les avait fait siens en interprétant avec Pascal Greggory le texte : Dans la solitude des champs de coton . Sur le plateau, se faisaient face un dealer et son client. Et nous, on adorait être le « client » de l’artiste Patrice Chéreau.

Ariane Mnouchkine
Ariane Mnouchkine

Pour lui rendre hommage ce soir, une parole, une seule nous a semblé s’imposer. Celle d’une complice de toujours, camarade de l’ombre et de la lumière, compagne des luttes pour un théâtre où droits et devoirs doivent cohabiter, grande figure, elle aussi, des plateaux mis en mouvement avec grâce, magie, élégance, humanité.

Ariane Mnouchkine est l’invitée de Changement de décor. Elle parle de son ami Patrice Chéreau. Dans ses silences se love son émotion. Dans sa parole, s’énonce l’évidence : ces deux là oeuvraient, avec des moyens certes différents mais pour un même but : inscrire l’art et la beauté dans la vie des gens.

> dans le cadre de cette soirée hommage, écoutez également "Coma" de Pierre Guyotat, lu par Patrice Chéreau en 2009
> et retrouvez ICI l'ensemble de nos émissions hommage à Patrice Chéreau

Intervenants
  • metteuse en scène, réalisatrice et scénariste, fondatrice du Théâtre du Soleil
L'équipe
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