LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Anahide Ter Minassian, pour Chavarche Missakian...

23 min
À retrouver dans l'émission

Le génocide arménien.

charles Missakian
charles Missakian

... Chavarche Missakian est né en 1884 à Zmara près de Sivas, province arménienne de l'Empire ottoman. Il grandit à Constantinople, y fait ses études et y devient journaliste. Il entre dans la clandestinité après la rafle du 24 avril 1915, prélude au génocide, et fait parvenir au journal Hayastan de Sofia des informations sur les exactions exercées envers les Arméniens. Il est arrêté le 16 mars 1916, emprisonné, torturé; il se jette du 3è étage mais survit. Il est libéré à l'armistice, en novembre 1918.

En novembre 1922, il sera obligé de s'exiler à Sofia, où il se marie avec Dirouhie Azarian . Il arrive à Paris en novembre 1924 et fonde en 1925 le journal Haratch , quotidien en langue arménienne, qui paraîtra sans interruption jusqu'à sa suspension volontaire au moment de l'Occupation, mais qui reparaîtra après la Libération, et que Chavarche Missakian dirigera jusqu'à son dernier souffle, le 26 janvier 1957.

Repris par sa fille, Arpik Missakian , le quotidien a paru pendant plus de quatre vingts ans et restera le dernier quotidien en langue étrangère publié en Europe.

Chavarche Missakian avait titré "Génocide" son éditorial du 9 décembre 1945, éditorial qu'on peut lire aujourd'hui dans son récit "Face à l'innommable. Avril 1915" , qui a paru récemment aux éditions Parenthèses.

Génocide : "Un mot nouveau, qui a été employé à l'occasion du Procès de Nuremberg (...) Nous suivons le procès de Nuremberg - et notre pensée va vers un monde lointain où, de la même façon, il y a trente ans, se sont produits des "crimes de guerre". Selon un plan conçu et prémédité hier -bien que trente ans auparavant - afin d'anéantir un peuple abandonné et sans défense, au cours de la Grande Guerre."

Il faut écrire l'histoire, dit-il dans son récit "Face à l'innommable" . Mais Missakian ne dit jamais "mon histoire" , comme le fait remarquer ici Krikor Beledian dans sa postface : "Il ne dit jamais "le récit de ma vie de 1916 à 1918" , comme le font souvent mémorialistes et témoins." Il écrit même, à la toute première lige de son récit : "Nos histoires personnelles même les plus sombres ne pèsent pas lourd face à la terrible tragédie qui tourmente nos âmes et fait saigner nos veines."

C'est que "le survivant manifeste une certaine résistance au récit, laquelle prend le biais d'une question toute thétorique, portant déjà en elle la réponse", dit encore Krikor Beledian . Le survivant est supposé raconter son histoire. "Mais à l'instant même où il commence à la raconter, il trahit son expérience, puisque ce qu'il devrait raconter est la mort du témoin dans le survivant, la mort du témoin qui a produit le survivant", comme l'a expliqué récemment* Marc Nichanian* , dans son monumental essai "Le Sujet de l'Histoire. Vers une phénoménologie du survivant" , qui a paru en mars 2015 aux éditions Lignes.

Le survivant est celui qui porte en lui une vérité qui est au-delà de la vérité; il est en effet face à l'innommable... Marc Nichanian va jusqu'à dire que le survivant, "c'est celui qui porte la sur-vérité de sa survie, une sur-vérité qui n'est pas pour lui."

La Catastrophe. "Le récit de Chavarche Missakian voile et dévoile cette expérience de la catastrophe tendue vers un mot virtuel en chemin dans la langue depuis 1915 et découvert en 1945" écrit ici Krikor Beledian - qui dit lui-même écrire "dans une langue non pas de rescapés, mais dans une langue rescapée, condamnée à la mort, exécutée en 1915 et toujours en sursis; étrangement survivante." C'est son récit "Seuls" , premier volet d'une large fresque autobiographique, qui a paru aux éditions Parenthèses en 2011 (traduit de l'arménien occidental par Sonia Bekmezian); c'est son roman (en arménien), "Son nom sous la langue" , paru en 2007; ce sont ses poèmes qu'on peut lire dans le volume "Avis de recherche. Une anthologie de la poésie arménienne contemporaine " (éditions parenthèses, 2006).

"Langue dépeuplée"

"Je ne sais qui / Quelqu'un / vous coupa la langue dans la bouche / sépara de ma langue le sens / je mordis / la paix des champs / sur des crêtes de la terre / la lune limpide à double tranchant / plantée dans la gorge / si je parle / je m'enfonce dans le cri du vide / si tu rencontres / le dieu des morts / romps alors notre alliance initiale / arrache-les / tu connais / les corps grouillant de vers / pour que je cesse / d'entendre / la rumeur du chant des crêtes / un pays insigne m'a élu / si le sens manque / enterre / la cadavre des vivants / dans le reste des mots / qui ont failli / muets désabrités putréfiés / à l'odeur de renard crevé / alors / de l'os poussera l'abricotier"*

Bibliographie

bibliography

Face à l'innommableParenthèses, 2015

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......