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Dictionnaire de l'Empire ottoman

"Dictionnaire de l'Empire ottoman" (Fayard), sous la direction de François Georgeon, Nicolas Vatin et Gilles Veinstein...

23 min
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"Nous avons voulu présenter l'Empire ottoman dans toute sa diversité", dit François Georgeon. Car il s'agit en effet d'un empire pluriel, extrêmement pluriel, insiste-t-il...

Dictionnaire de l'Empire ottoman
Dictionnaire de l'Empire ottoman Crédits : Fayard

Au sommaire de ce Dictionnaire : cent soixante-quinze auteurs, sept cent vingt entrées. C'est B. Heyberger qui a signé l'entrée "Chrétiens d'Orient", tandis que François Georgeon a signé l'article sur le génocide arménien (il aborde cette question en essayant d'arriver à l'idée de génocide, dit-il).

Mais que reste-t-il de l'Empire ottoman dans la Turquie contemporaine? Des préjugés, des réflexes, dit François Georgeon au micro de Sébastien de Courtois...

« Chrétiens d’Orient »

L’expression « chrétiens d’Orient » désigne généralement les membres des Églises, pour la plupart indépendantes par rapport à Rome et à Constantinople, qui pratiquent des liturgies en langues orientales et sont placées sous domination musulmane, dans la partie asiatique de l’Empire Ottoman.

Présentation

L’origine de ces Églises remonte aux débats théologiques, mais aussi aux clivages ethnico-politiques qui ont divisé l’Orient romain et sa périphérie entre le IVe et le VIIe s., avant l’avènement de l’islam. Les chrétientés orientales vécurent tous les débats et toutes les spéculations autour de la Trinité et de l’Incarnation, entre les deux écoles théologiques d’Antioche et d’Alexandrie. Les querelles théologiques ne portaient généralement que sur des nuances, qui étaient en grande partie oubliées au début de l’époque ottomane, mais furent exhumées et débattues à nouveau par l’érudition européenne à partir du XVIIe s. et devinrent un enjeu de la réaffirmation identitaire de chaque groupe au XIXe s. En fait, plus que les questions dogmatiques, ce sont les particularismes culturels et politiques, le refus de l’hellénisme et de l’autorité de Byzance, qui avaient occasionné ces ruptures.

On pourrait distinguer quatre grands groupes parmi les chrétiens du Proche-Orient arabe, suivant leur appartenance à une langue, une tradition et une culture spécifiques.

Le premier serait le groupe araméen, formé des Syriens orientaux (Église d’Orient, « Chaldéens », « Assyriens »), des Syriens occidentaux (Église syrienne, dont les membres sont surnommés « Jacobites ») et des maronites. Les adeptes de l’Église d’Orient tirent leur origine de la constitution d’une Église séparée dans l’Empire perse (au Ve s.). Ils furent qualifiés de « Nestoriens » à cause de leur adhésion supposée à une théologie christologique condamnée au concile d’Éphèse (431). Après avoir vécu leur heure de gloire dans le sillage de la conquête musulmane, avec une expansion qui atteignit la Chine, ils connurent un effondrement spectaculaire après l’invasion mongole. Ils ne formaient plus à l’époque ottomane que de petits groupes dans les montagnes kurdes et sur les piémonts ottoman (Mardin, Mossoul) et perse (Ourmiah, Tabriz) de celles-ci. C’est là que les Européens les « découvrirent » et les appelèrent « Assyriens » au cours du XIXe s. Les Syriens occidentaux se séparèrent de l’orthodoxie romaine en refusant la définition de la personne et des deux natures du Christ formulée au concile de Chalcédoine en 451 (d’où leur qualificatif de « monophysites »). Organisés ensuite en Église séparée par Jacques Baradaï, ils furent appelés « Jacobites ». L’Église syrienne se mit à perdre nombre de ses adeptes à partir du xe s. À l’époque ottomane, elle était surtout localisée en Haute Mésopotamie, autour de Diyarbakır et Mardin, avec son siège patriarcal dans un monastère du Tur Abdin aux environs de cette dernière ville. Les maronites, enfin, ont une histoire encore énigmatique. Leur origine est une communauté monastique aux bords de l’Oronte. Ils représentent sans doute la postérité d’une tentative de conciliation entre les différentes Églises au VIIe s., appelée « monothélisme ». Mais, à partir du XVIIe s. et jusqu’à nos jours, ils revendiquent une fidélité absolue au dogme de Chalcédoine et un attachement à l’Église romaine qui remonterait au moins à l’époque des croisades (1182). Depuis le Xe s., le centre de leur communauté se situe au Mont Liban. Mais ils étaient présents aussi à Chypre, où l’expansionnisme de l’Église grecque les mit en difficulté après la conquête ottomane (1571).

Le second groupe est constitué par les Coptes, qui s’identifient exclusivement à l’Égypte. L’Église copte revendique une légitimité remontant au passage de la Sainte Famille et à l’évangéliste Saint Marc, et date sa naissance officielle d’un acte de résistance à l’oppresseur romain : l’avènement de Dioclétien, persécuteur des chrétiens, en 284. Elle dispose par ailleurs d’une tradition liturgique « alexandrine » spécifique, en copte. Comme les Syriens occidentaux, avec lesquels ils eurent par la suite des échanges assez intenses, les Coptes rejetèrent la définition de la nature du Christ par le Concile de Chalcédoine (451) et formèrent alors une hiérarchie « monophysite » dissidente, qui s’opposa à la présence byzantine en Égypte. À l’époque ottomane, la présence copte s’était déjà raréfiée dans le Delta. Elle restait plus significative en Haute Égypte et au Caire.

Les Arméniens se caractérisent par une langue indo-européenne, une Église et une tradition spécifiques. Comme les Syriens occidentaux et les Coptes, ils ne reconnurent pas les définitions christologiques du concile de Chalcédoine. Présents dans tout le Proche-Orient depuis l’Antiquité, leur nombre s’y renforça par des vagues d’immigration successives, mais leur centre d’implantation principale était la grande Arménie en Anatolie orientale, de part et d’autre de la frontière entre la Perse et l’Empire ottoman. Aussi l’autorité ecclésiastique était-elle partagée entre des sièges concurrents. Le « catholicos de toute l’Arménie », situé à Etchmiadzin, se trouva sous souveraineté perse après les guerres perso-ottomanes (fin XVIe – début XVIIe s.), avant son annexion à la Russie (1828). Le « catholicos de Cilicie », ainsi que les patriarches de Jérusalem et de Constantinople, étaient sous l’autorité ottomane. Cette dernière fonction, créée par les sultans pour représenter les Arméniens auprès de la Porte, vit son rôle constamment renforcé. En 1764, le patriarche de Constantinople fut officiellement reconnu comme le chef de la millet arménienne de l’Empire, ainsi que le représentant des chrétiens non-chalcédoniens (...)" B. Heyberger (Fayard)

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