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L'écriture de l'Histoire en syriaque, entre hellénisme et islam, avec Muriel Debié.

23 min
À retrouver dans l'émission

Donner les clés pour une utilisation facilitée des sources historiques syriaques : qui a écrit quoi? Où? Pourquoi? En utilisant quelles sources? De quoi parlent ces histoires? Comment ont-elles été transmises, depuis les manuscrits jusqu'aux éditions et traductions récentes?

Muriel Debié
Muriel Debié

De son monumental livre : _"L'écriture de l'histoire en syriaque" * , sous-titré "**Transmissions interculturelles et constructions identitaires entre hellénisme et islam"* ,** qui paraît aux éditions Peeters (Leuven), Muriel Debié nous dit qu'il est sans doute d'abord "une sorte de manuel destiné à donner les clés pour une utilisation facilitée des sources historiques syriaques : qui a écrit quoi? Où? Pourquoi? En utilisant quelles sources? De quoi parlent ces histoires? Comment ont-elles été transmises, depuis les manuscrits jusqu'aux éditions et traductions récentes? Où peut-on lire ces textes dans l'original et en traduction? Quels sont les enjeux et les sujets qui ont été discutés?"_

Ainsi, il va s'agir ici de faire "l'histoire de l'histoire telle qu'elle a été écrite en syriaque par des auteurs qui connaissaient souvent le grec et l'arabe et ont écrit parfois aussi en ces langues" , dit-elle encore.

*Muriel Debié * dit surtout qu'il est capital pour les histoires modernes de "réintégrer la dimension théologique dans la manière d'appréhender le monde de l'Antiquité tardive comme cela a déjà largement été fait pour le Moyen Age." Car la théologie n'était pas alors affaire seulement des théologiens : "partout, on s'échauffait à parler de la Trinité et de christologie , comme aujourd'hui de politique au café du coin ou dans les manifestations de rue. " Muriel Debié rappelle à ce sujet la très célèbre dénonciation - par *Grégoire de Nysse * - de l'arrogance de la populace de Constantinople se mêlant des controverses anciennes :* "Si tu demandes de la monnaie, il te fait de la philosophie sur "engendré" et "inengendré"; si tu t'enquiers du prix du pain, "le Père est plus grand", répond-il "et le Fils inférieur"; si tu dis "le bain est-il prêt?", il définit que le Fils existe à partir de ce qui n'est pas.* "

La dispute, surtout, arrive en 451 avec le Concile de Chalcédoine qui établit que la nature du Christ est double : divine et humaine...

Quant à être historien, à l'époque, ce n'est pas un métier : "il n'y a pas de mot spécifique en syriaque pour désigner un historien, il n'y a que des écrivains d'histoires et de chroniques" dit Muriel Debié . Mieux, une partie du corpus des textes historiques syriaques ne mérite pas le nom de texte : "ce sont des documents qui peuvent servir à écrire l'histoire mais ne sont en eux-mêmes que du matériel historiographique" , dit-elle.

Ainsi, la pratique de l'histoire est celle du patcwork, "et non celle d'une création rhétorique" .

C'est le genre "ouvert" des chroniques; Muriel Debié parlerait presque de copier / coller, comme on dit aujourd'hui...

En fait, on ne sait pas comment les auteurs syriaques travaillaient concrètement, "et notamment s'ils étaient aidés par des secrétaires ou des copistes qui allaient chercher pour eux les passages qu'ils avaient répérés et qui les excerptaient."

Il faut citer la Chronique d'Eusèbe transmise en syriaque, même s'il n'en existe pas de traduction indépendante, "seulement des traces indirectes dans l'historiographie postérieure."

C'est à cette Chronique d'Eusèbe _* que les chroniqueurs syriaques ont emprunté ce que *_Eusèbe lui-même avait excerpté et combiné du matériel d'époque hellénistique qui lui était parvenu par diverses voies...

C'est dire - en effet - si la notion d'auteur telle que nous l'entendons se trouve mise en péril par ce mode de composition et d'écriture "tant il est difficile de distinguer entre strates de composition par un même auteur et strates de sources antérieures plus ou moins heureusement harmonisées ou simplement ajoutées dans des continuations ouvertes."

... Muriel Debié en conclura que "ni la chronologie ni les récits ne peuvent être pris au pied de la lettre sans approche critique quand la théologie l'emporte sur l'histoire, quand l'interprétation d'un événement est plus importante que sa datation exacte (...). "

En syriaque comme en latin ou en arbe (cela semble moins vrai en grec, dit-elle), l'histoire est une activité secondaire, mais qui a occupé les plus grands esprits....

"Elle n'a jamais été une affaire d'Etat mais une activité de l'Eglise pratiquée par ses serviteurs les plus haut placés."

Intervenants
  • Professeur des universités, directrice d’études à l’École Pratique des Hautes Études/PSL, où elle est titulaire de la chaire Christianismes orientaux.
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