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Le cinéma de Michael Mann (Hacker / Le Solitaire)

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Hacker / Le solitaire de Michael Mann
Hacker / Le solitaire de Michael Mann Crédits : michael mann - Radio France

Ce soir, un très grand cinéaste américain, Michael Mann, qui a une double actualité. D’abord, la sortie en salles aujourd’hui de son nouveau long-métrage, Hacker. Mais aussi la sortie en Blu-Ray et DVD chez Wild side de son premier long-métrage, « Le solitaire », assorti d’un livre d’entretiens réalisé par le critique Michael Henri Wilson. C’est donc une boucle parfaite puisque l’occasion nous est donnée de découvrir simultanément son premier et son dernier film. Et surtout de constater à quel point les deux films se ressemblent de façon troublante, à quel point tout ce qui fait l’univers de Michael Mann était déjà extrêmement en place dès son premier long.

D’abord les deux films racontent presque la même histoire. D’abord, leurs deux héros sortent de prison. Dans « Le solitaire », c’est James Caan qui l’interprète. Il est un perceur de coffre, qui a pris dix ans et qui aimerait décrocher, qui aimerait mener une vie très paisible, rêve d’une petite maison pavillonnaire, d’une femme, d’une voiture et d’un chien. Mais avant, il devra faire un dernier gros coup qui va s’avérer beaucoup plus compliqué que prévu. Dans Hacker, c’est Chris Hemsworth, l’acteur de « Thor », qui interprète un grand pro de l’informatique, qui est devenu braqueur de banque mais de façon virtuelle, en s’infiltrant dans les systèmes informatiques des banques et en piratant les comptes. Mais lorsque des centrales nucléaires vont être victimes d’attaques de cyber terroristes qui font exploser à distance les réacteurs, le FBI va sortir le hacker de sa prison pour qu’il les aide à démanteler ce dangereux réseau.

Donc deux figures de solitaires, ni tout à fait hors la loi, ni tout à fait du côté de la loi. Deux hommes qui aspirent à la rédemption aussi. Et dont la rédemption passe par la rencontre avec une femme. Et les deux films, à l’intérieur d’un univers très masculin qui est le propre du cinéma de Mann, dessinent deux personnages féminins très émouvants. Dans « Le solitaire », il y a une scène où James Caan expose dans un diner un peu pourri son projet de vie au personnage féminin de blonde un peu volage, en lui disant que désormais il veut s’engager, il veut du solide. La scène dure près de dix minutes et crée une véritable stase de dialogue dans ce film d’action. Et ça s’est une marque du cinéma de Michael, un dosage d’une virtuosité inouïe entre les stases, les moments presque contemplatifs, et au contraire les brutales accélérations, comme la dernière demi-heure vraiment trépidante de « Hacker », qu’on suit vraiment le cœur battant.

Mais ce qui m’intéresse le plus ce sont les deux métiers de ces personnages. L’un est perceur de coffre, donc son travail est de manipuler l’acier, le tordre, le faire fondre, le triturer. C’est évidemment un double du cinéaste. Car nul autre cinéaste contemporain n’a mis à ce point la matière au centre de son cinéma. Mann, c’est vraiment le cinéaste de l’architecture, du design, des grands ensembles urbains. Mais l’enjeu de son cinéma est de filmer les buildings, les voitures, la taule comme si ils ne pesaient rien. Dès son premier film, les villes la nuit ressemblent à de la dentelle, le monde est un agencement lumineux et coloré, l’univers semble délivré du poids des choses. Aujourd’hui avec « Hacker », le perceur de coffre est devenu un informaticien, donc celui qui manipule une sorte de doublure abstraite du monde réel. Qui s’est en quelque sorte affranchi de la matière. Et là encore c’est un double du cinéaste. Ce saut vers le virtuel correspond à celui qu’a effectué le cinéma de Mann il y a une dizaine d’années avec le passage aux caméras numériques de haute définition. Avec « Collateral », puis « Miami Vice », Mann s’est vraiment révélé comme le plus grand formaliste de l’image numérique. Et de ce point de vue « Hacker » est toujours sidérant : tout ce qui est solide, filmé par Mann, devient liquide ou gazeux. Tout parait labile, volatile. Sous nos yeux sidérés, c’est la texture du monde qui semble en permanence se réinventer.

Jean-Marc LALANNE

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