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Alain De Libera

Alain de Libera : Où va la philosophie médiévale ?

59 min

Qu’est-ce que le Moyen Âge philosophique ? Pourquoi plonger dans ces dix siècles qualifiés longtemps « d’obscurs », dans cette « interminable parenthèse » entre Aristote et Descartes ? Notre Moyen Âge n'est pas moins confus ? Quelles affinités a-t-il avec la philosophie contemporaine ?

Alain De Libera
Alain De Libera Crédits : Patrick Imbert / Collège de France

Où va la philosophie médiévale ? demande Alain de Libera dans sa leçon inaugurale, le 13 février 2014.

« Notre Moyen Âge est moins confus, moins triste, moins ennuyeux, nous dit le philosophe. Le Moyen Âge que je dis « nôtre » est celui que je tiens de mes maîtres à la Ve Section de l’École pratique des hautes études : Paul Vignaux, qui y enseignait l’Histoire des théologies médiévales ; Jean Jolivet, les Religions et les Philosophies dans le christianisme et l’islam au Moyen Âge. C’est aussi celui du prédécesseur de Paul Vignaux à la section des Sciences religieuses, Étienne Gilson, directeur d’études d’Histoire des doctrines et des dogmes, avant d’être élu à une chaire d’Histoire de la philosophie du Moyen Âge au Collège de France ». Il y a 64 ans.

Alain de Libera nous rappelle « les Moyen Âge qu’un étudiant pouvait découvrir à la fin des années 1960 ». Il souligne « l’écart maximal entre les deux Moyen Âge, Philosophie chrétienne ou philosophie de la religion : mais c’est cette différence qui instruisait, et plus encore, si on la mesurait à l’aune de la philosophie alors « en train de se faire ». De Foucault à Deleuze, mais aussi Vuillemin, Granger et d’autres offraient aux historiens de la philosophie en herbe de quoi questionner leur pratique ; l’histoire proprement dite n’étant pas en reste, avec les Duby ou les Le Goff, le Moyen Âge s’ouvrait pour eux, dans l’horizon de cette "diversité rebelle » que Vignaux assignait comme objet premier à l’« historien qui a reçu une formation philosophique."

Alain de Libera qui a enseigné à la Ve Section (Sciences religieuses) de l'École pratique des hautes études et à l'Université de Genève, « essaie d’écrire depuis plusieurs années une « archéologie de la subjectivité ». Il s’en explique

« Le mot archéologie impliquait une référence à Foucault » qui « a relancé l’idée kantienne d’une « histoire philosophante de la philosophie », c’est-à-dire comme l’« histoire de ce qui rend nécessaire une certaine forme de pensée ».

« Faire l’histoire de la philosophie médiévale, c’est d’abord faire l’histoire des textes philosophiques de l’Antiquité, de leurs formes, de leur diffusion, de leur transmission, de leur lecture ; c’est s’intéresser aux traductions et aux traducteurs, à la constitution des corpus, à la formation des canons, aux institutions, aux communautés, aux groupes sociaux ; c’est s’intéresser aux relations que ces acteurs entretiennent ; à leur fonction dans la société ou dans les Églises ; à leur idéologie. »

C’est aussi analyser ses « affinités avec la philosophie contemporaine », pour la logique ou certains thèmes. « Qui pense ? » Quel est ou qui est le sujet pensant ? Pour Alain de Libera, la mise en crise averroïste du cogito jette une lumière vive sur les problématiques modernes de la personne.

Et nous gagnons le grand amphithéâtre du Collège de France pour la présentation de la chaire d'Histoire de la philosophie médiévale.

Pour prolonger : 

Le texte de cette leçon a été publié chez Fayard en 2014.

L'édition électronique de cette leçon inaugurale

Le volume 3 de l’Archéologie du sujet, intitulé « L'acte de penser. 1, La double révolution » chez Vrin.

Intervenants
  • Professeur au Collège de France et directeur d’études à l’École pratique des hautes études (Ve section : sciences religieuses), spécialiste de l’histoire de la philosophie médiévale.
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