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Pierre-Laurent Aimard

Pierre-Laurent Aimard : Rôle et responsabilités de l’interprète aujourd’hui

59 min

Comment l’interprète contribue-t-il à la création ?

Pierre-Laurent Aimard
Pierre-Laurent Aimard Crédits : Patrick Imbert / Collège de France

Aujourd’hui, nous allons à la rencontre d’un soliste et d'un "pédagogue", à la carrière internationale, du Conservatoire de Paris à l’Ecole de musique de Cologne : Pierre-Laurent Aimard.

Pour Ligeti, qui lui a dédié sa 11e Etude pour piano, il est

"l'un des meilleurs interprètes de la musique pour piano de notre temps".

Titulaire de la chaire annuelle de Création artistique, Pierre-Laurent Aimard souligne

la « position très singulière d’interface » de l’interprète, « entre l’univers secret de la création et celui, public, de l’échange social ». Exerçant son « regard critique sur l’état du monde musical », il est en mesure de donner « le pouls de la création et de transmettre les transformations des cultures. »

S’il sert le patrimoine et parfois trop bien, l’interprète doit savoir se mettre aussi au « service des créateurs de son temps ». Il doit savoir également se préserver des sirènes du star system.

Jeune, le pianiste n'a accepté que peu de concerts.

« Je ne voulais surtout pas être l'enfant prodige qu'on manipule", dit-il en interview. "Je savais qu'on n'atteint la richesse musicale qu'à 40 ans. J'ai donc beaucoup expérimenté, je me suis laissé beaucoup de temps et je me suis constitué un vaste répertoire" de Bach aux auteurs contemporains.

A 19 ans, débute pour le pianiste déjà couronné d'un grand prix, l'aventure de l'Ensemble Intercontemporain avec Pierre Boulez :

"C'est une période essentielle de ma vie. A 20 ans, je ne désirais pas faire une carrière de soliste. Boulez était à cette époque la personnalité la plus fascinante du monde musical, prodigieusement riche, profondément artistique. J'ai servi cette cause, l'homme et la musique de toutes mes forces".

Artiste protéiforme, l’interprète « sera bien inspiré, selon Pierre-Laurent Aimard d’organiser son activité en maillage, pour créer croisements et décloisonnements »

« Au cœur de notre tour de Babel, il est amené à découvrir constamment esthétiques et techniques nouvelles, il devient linguiste expérimentateur et polyglotte ».

Le pianiste a été l'élève, dès l’âge de 12 ans, d’Yvonne Loriod, grande interprète et épouse d’Olivier Messiaen. La rencontre avec le compositeur a été une « illumination ». Arrivé à ce fameux âge de la maturité musicale, quand il enregistre « Vingt regards sur l’enfant Jésus », Pierre-Laurent Aimard peut affirmer :

c’est une musique « de nature surdimensionnée, qu’il faut sans cesse ramener dans la main sous peine d’éclatement. Pour cela je fais appel à toute mon expérience : la musique de Messiaen telle que je l’ai reçue, ma connaissance des grandes fresques romantiques et des œuvres de virtuosité et aussi la conscience d’un artisanat des sons et du temps propres aux musiques de la Seconde moitié du XXe siècle ». Enfin, selon lui, « l’interprète qui a le privilège d’approcher un créateur doit transmettre un témoignage dynamique et non un dogme figé. »

C’est riche de ces différentes expériences, de son engagement pour un regard aiguisé et libre et de sa passion de la transmission que Pierre Laurent Aimard s’interroge pour sa leçon inaugurale, sur le « Rôle et les responsabilités de l'interprète aujourd'hui » au Collège de France le 22 janvier 2009.

Extraits sonores :

  • L'Art de la Fugue de Bach, Pierre Laurent Aimard au piano
  • Musica Ricercata de Ligeti, Pierre Laurent Aimard au piano

Pour prolonger :

Cette leçon inaugurale est disponible en DVD (coproduction avec le CNED et Doriane Films) et elle a été publiée chez Fayard 2009.

Intervenants
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