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Thomas Römer

Thomas Römer : Les cornes de Moïse. Faire entrer la Bible dans l’histoire

59 min

"La Bible n’est pas née dans un vase clos" souligne l'exégète, Thomas Römer. "Les Sciences bibliques analysent ce que les textes canoniques ont emprunté aux civilisations environnantes : le Proche-Orient ancien, l'Égypte, la Mésopotamie, la Syrie"... Comment lit-on la Bible aujourd'hui ?

Thomas Römer
Thomas Römer Crédits : Patrick Imbert / Collège de France

Aujourd’hui, nous explorons le renouvellement de la lecture de la Bible, en compagnie de l’exégète, philologue, spécialiste de la Bible hébraïque, Thomas Römer.

Cet enseignant chercheur d’origine allemande, Doyen de la Faculté de Théologie de l’université de Lausanne entre 1999 et 2003, qui se partage entre la France et la Suisse pour ses cours, rappelle que la Bible n’est pas un corpus homogène, à pensée unique.

"Résultat d’un effort théologique et éditorial de réunir, à l’intérieur d’une même et immense bibliothèque, des traditions et des rouleaux d’époques diverses, véhiculant des idéologies différentes voire contradictoires", elle regroupe "tous les écrits fondateurs de ce qui va devenir le judaïsme".

"La Bible n’est pas née dans un vase clos" souligne encore Thomas Römer. Les Sciences bibliques analysent ce que les textes canoniques ont emprunté aux civilisations environnantes : le Proche-Orient ancien, l'Égypte, la Mésopotamie, la Syrie, l'Asie mineure. Et c’est ainsi que notre exégète justifie l’intitulé de sa chaire au Collège de France « Les milieux bibliques ». Dans sa leçon inaugurale, il fait remarquer l’apparition du mot « Bible » dans le titre pour la première fois depuis 1530.

«Avant, on avait eu "antiquité sémitique" ou "hébreu araméen", comme si on n’osait pas prononcer le mot Bible..»

Lecteur assidu depuis ses 6-7 ans grâce à une Bible pour enfants. Il raconte sa vocation :

« Je lisais ces récits mythiques, le matin chez moi, alors que tout le monde était encore couché ». A 11 ans, avec la « vraie Bible », pas aussi drôle que la Bible pour enfants, je découvrais aussi des textes que celle-ci censurait. Cette lecture m’intriguait, j’avais le virus de comprendre. Ensuite, j’ai trouvé une stimulation intellectuelle dans l’exégèse sémiotique dont je suis vite revenu. Il me reste cependant aujourd’hui le plaisir analytique à décortiquer les strates du texte. »

Attaché au dialogue entre archéologues et biblistes, il souligne l’apport de la découverte de manuscrits de Qumrân en 1947 : jusque là, il n’y avait presque pas de source concernant les origines du texte. Les plus anciens « datent plus ou moins du VIIIe siècle avant l’ère chrétienne ».

Thomas Römer définit son approche historique et critique : « Mon but est de suivre l’élaboration d’un mythe », des récits fondateurs – tel celui de Moïse. « Je cherche à identifier comment ces textes » anonymes « ont vu le jour ». Il rappelle aussi que "les premiers textes écrits sont en fait des textes de résistance à l’occupation assyrienne, à la façon d’une contre-histoire contre le pouvoir ennemi, montrant que le dieu d’Israël est aussi puissant que le dieu des Assyriens".

Il souhaite « déconstruire l’idée d’immédiateté », que la Bible serait un livre de recettes qu’on pourrait utiliser dans toutes sortes de débats politiques, éthiques ou moraux. »

« Les fondamentalismes qui menacent le judaïsme, le christianisme et l'islam sont liés à l'idée d'une immédiateté du texte fondateur, souligne-t-il. « D’une manière générale, le canon biblique confronte son lecteur à différentes options sans lui faire savoir celle qu’il doit retenir. »

Et nous gagnons le grand amphithéâtre du Collège de France pour la leçon inaugurale de Thomas Römer, « Les Cornes de Moïse : faire entrer la Bible dans l'histoire » le 5 février 2009.

Pour prolonger :

Le texte de cette leçon a été publié chez Fayard

Eloge du savoir, interview de Thomas Römer par Christine Goémé, 5 février 2007

Philo Mag, Thomas Römer: “L’analyse d’un texte est toujours aussi l’analyse de sa propre situation”, 23/09/2015, "Alors que paraît très prochainement “Moïse en version originale” (Bayard), son auteur, le professeur au Collège de France Thomas Römer, revient sur la nécessité d’entretenir et d’enseigner une distance critique envers les textes religieux. Il en démontre, à la manière d’un détective, la constitution mythique".

Elodie MAUROT, « Thomas Römer, un exégète au Collège de France », La Croix, 5 février, 2009

Frédérique Roussel, Chaires Fraîches. Visite au Collège de France, Libération, 6 juin 2015

Intervenants
  • Administrateur du Collège de France et Professeur titulaire de la chaire "Milieux bibliques"
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