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André Pochon devant sa maison de Trégueux, dans les Côtes d'Armor, novembre 2020

André Pochon, infatigable icône de l'agriculture paysanne

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À retrouver dans l'émission

A 89 ans, il continue de se battre pour prouver que l'agriculture paysanne et durable, c'est l'avenir. Cet ancien paysan breton, auteur de six livres et plusieurs fois distingué, ne comprend pas que l'on ne parle pas plus de la future PAC. Il propose toute une série de mesures pour la réformer.

André Pochon devant sa maison de Trégueux, dans les Côtes d'Armor, novembre 2020
André Pochon devant sa maison de Trégueux, dans les Côtes d'Armor, novembre 2020 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Ses instituteurs le poussaient vers les études, mais André Pochon, né en 1931,  "fils de paysan depuis la nuit des temps", a choisi de rejoindre la ferme familiale sitôt le brevet en poche, sans se poser de questions. Né à Saint Mayeux, en Haute-Cornouailles, élevé au milieu des animaux de la ferme familiale, bercé par les contes et légendes du pays breton racontés par ses grands parents, il travaille dans l'exploitation dès 16 ans, et s'installe avec sa femme en 1954, au moment où l'agriculture française prend le tournant du productivisme. Un tournant qu'il a presqu'immédiatement remis en question.

L'aventure collective

La fin des années 50 et le début des années 60, c'est aussi le moment où les techniciens et les ingénieurs arrivent dans le monde agricole. La nouvelle génération, dont fait partie André Pochon, est avide d'informations et de nouvelles techniques. C'est la naissance de l'INRA, c'est le moment également où se créent les CETA, les Centres d'Etudes Techniques Agricoles, qui essaiment partout en Bretagne. André Pochon crée celui de son canton à seulement 18 ans, et c'est par cette mise en réseau, qu'il développe une méthode bien particulière sur sa ferme. Ecoutez le évoquer ces années

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2 min
" Ca a changé avec notre génération"

Tout a changé avec l'arrivée de ma génération. Par exemple dans mon canton, tous les jeudis, on avait un technicien agricole qui venait nous former, avec des visites d'exploitations. On a créé les CETA, on en comptait jusqu'à 24 dans les Côtes d'Armor. On se réunissait, sur un sujet précis, et on en discutait. 

Il découvre ainsi, qu'en n'ajoutant PAS d'engrais azoté à sa prairie comme le préconisaient pourtant les techniciens agricoles, il obtient plus de rendement. C'est toujours grâce à une certaine dose de bon sens et par l'expérimentation qu'il change ainsi la fréquence et le contenu des assolements de sa ferme. Il "invente" en quelque sorte un système herbager, dans lequel les bêtes (des vaches, chez lui) se nourrissent grâce à la prairie, qui elle même offre ensuite de meilleurs rendements céréaliers. Le tout sans intrants chimiques, avec moins de travail physique, et plus d'argent à la clé !

Un "méthode Pochon" qui fait toujours long feu. Certifiée par les ingénieurs de l'INRA, utilisée par des centaines d'agriculteurs qui tous y trouvent leur compte, publicisée dans des livres, cette méthode est éminemment écologique, mais de cela André Pochon n'est pas forcément conscient à l'époque. 

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1 min
Personne ne parlait d'environnement à l'époque, ce sont les associations environnementales qui sont venues me chercher

Tout ce que je faisais dans ma ferme, c'était pour gagner de l'argent. Mais à l'époque on pensait qu'en étant respectueux de l'environnement , les paysans perdaient de l'argent. Finalement, ce sont les associations environnementales qui sont venues me chercher, et on a marché ensemble.

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Paysan militant

La ferme d'André et Fernande Pochon devient une ferme modèle, visitée par de nombreuses personnes y compris venues de l'étranger. Le couple s'agrandit, élève ses 3 enfants, qui gardent, malgré les fréquentes absences, et la vie trépidante de leur père, un excellent souvenir de leur enfance. Ecoutez le témoignage de Marie-Rosine, l'aînée.

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40 sec
Il était curieux et pédagogue, il avait l'art de transmettre

Le couple gagne bien sa vie, agrandit son exploitation ("Moi qui était devenu un porte étendard de la petite exploitation, ça m'a fait un peu mal", avoue André Pochon), et André parcourt la France pour expliquer et transmettre sa méthode. Il mesure les ravages de l'élevage intensif de porcs sur caillebotis, promeut le "porc sur paille", élevé sur litière, plus écologique, et combat inlassablement la nouvelle mode venue des Etats-Unis, le "maïs fourrage", qui pollue et assèche les ressources en eau. Il évolue au sein de la JAC, la jeunesse agricole catholique, est socialiste, revient maoïste d'un séjour en Chine. Plus tard, il tente l'expérience municipale, et crée, avec Bernard Lambert, les "Paysans Travailleurs", ancêtre de la Confédération Paysanne. 

Il crée également en 1982 le CEDAPA, Centre d'Etudes pour Développement Agricole Plus Autonome, un centre qui perpétue la philosophie des CETA de l'époque.

André Pochon, sa fille Marie Soline, son voisin et ami l'agronome Armand Rioust de Largentaye, à Trégueux, Côtes d'Armor, 2020
André Pochon, sa fille Marie Soline, son voisin et ami l'agronome Armand Rioust de Largentaye, à Trégueux, Côtes d'Armor, 2020 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Un parcours riche, qui lui vaut de nombreuses distinctions, dont la médaille d'or de l'académie d'agriculture, et celle de la légion d'honneur. Des reconnaissances qui, à chaque fois, ont réchauffé le cœur de sa famille, car si André Pochon raconte son parcours avec de l'amusement dans la voix, ces combats lui ont valu parfois de l'animosité, notamment de la part de ses collègues agriculteurs. Ecoutez à nouveau sa fille Marie-Rosine.

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59 sec
Cette légion d'honneur qu'il a reçue, pour nous c'était une très grande fierté.

J'ai bien vu comment lui et ma maman se sont battus toute leur vie, c'était souvent dur, âpre. Cette légion d'honneur c'était une reconnaissance de tous les défis auxquels il avait contribués, et nous on était émus. 

André Pochon s'est également vu remettre le collier de l'ordre de l'Hermine, pour son action en faveur de sa région, la Bretagne . Ci dessous, la cérémonie de remise de cette dernière distinction.

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Réformer la PAC, une urgence

André Pochon s'est intéressé à la PAC dès la création de celle ci, et n'a ensuite cessé de tenter de l'améliorer. D'abord en militant pour transformer le système des "prix garantis" en aides directes aux agriculteurs. Ensuite en travaillant à ce que ces aides ne bénéficient plus uniquement aux grandes exploitations. D'ailleurs pour l'économiste-agronome Armand Rioust de Largentaye, ami et voisin d'André Pochon, les pratiques agricoles de ce dernier ont toujours contenu, intrinsèquement, une remise en cause de la philosophie même de la PAC, tournée vers l'agrandissement.

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34 sec
Remise en question de la PAC

Dans des termes très simples et de bon sens, la pratique d'André Pochon remet en cause tous les postulats de la PAC. Et notamment la question des économies d'échelle en agriculture (ndlr : avec des exploitations plus grandes l'agriculteur aurait des coûts de production moindres). 

Aujourd'hui André Pochon propose donc un réforme totale de la PAC, des propositions qui rejoignent celles qui ont émergé du débat public sur la PAC organisé par la CNDP. Ces propositions ont le mérite d'être à la fois précises et concrètes. Elles ont été envoyées à Bruxelles, et ont même eu l'honneur d'une réponse, certes formelle. Il faut dire qu'André Pochon connait bien les arcanes bruxelloises, il a été le conseiller de Dacian Ciolos, commissaire européen à l'agriculture de 2010 à 2015.

Il propose ainsi, de réserver les primes à la surface pour la culture des oléagineux (pour réduire notre dépendance au soja importé), les prairies et les surfaces d'intérêt écologique (zones humides, taillis etc.). Mais aussi de supprimer les primes pour les exploitations qui dépassent 50 hectares, ou qui consacrent trop de surface au maïs fourrager (l'un de ses grands combats), de basculer vers un système de primes à l'actif (à l'unité de travail humain) et non plus à l'hectare, et bien sûr de valoriser partout où c'est possible la méthode Pochon sur les prairies. Un programme repris par plusieurs associations, dont Vivarmor, dont il a été longtemps le président.

André Pochon devant ses deux diplômes de la légion d'honneur et de l'Académie d'Agriculture, novembre 2020
André Pochon devant ses deux diplômes de la légion d'honneur et de l'Académie d'Agriculture, novembre 2020 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Pour faire porter ses idées, l'éternel optimiste André Pochon tente de contacter les médias, il est persuadé que c'est l'opinion publique qui fera changer de cap le navire européen. ("On ne changera pas le monde si l'on y croit pas, dit-il, c'est pour ça que je reste optimiste.")

Il se demande tout de même pourquoi ce sujet de la PAC n'est pas plus abordé dans les discussions publiques. "C'est notre argent et c'est beaucoup d'argent, il faut que l'opinion décide de la façon dont il sera utilisé" dit-il. On acquiesce, et on désespère un peu. Pas lui. 

Pour aller plus loin 

André Pochon raconte que les ingénieurs de l'Inra le qualifiaient de "paysan-chercheur". Ces agriculteurs qui mènent sur leur exploitation des recherches en partenariat avec des scientifiques ont fait l'objet du reportage ci dessous

Sur la réforme de la PAC, et les pistes avancées pour changer le système des aides, l'article ci dessous

Sur la PAC toujours, un débat est en cours et les pistes de réformes fusent. A réécouter le reportage ci dessous

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