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Depuis la première vague, à l'hôpital, Audrey Roux doit porter une blouse, une sur-blouse, des manchettes, une charlotte, un masque de protection et un FFP2.

Audrey Roux, infirmière volontaire, en première ligne

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À retrouver dans l'émission

Infirmière à l'hôpital Necker des enfants malades, à Paris, la jeune trentenaire se porte volontaire pour soigner les patients plus âgés. Elle passe deux mois à l'hôpital Pompidou, au printemps, en première ligne. Son engagement lui a valu de participer aux cérémonies du 14 juillet.

Depuis la première vague, à l'hôpital, Audrey Roux doit porter une blouse, une sur-blouse, des manchettes, une charlotte, un masque de protection et un FFP2.
Depuis la première vague, à l'hôpital, Audrey Roux doit porter une blouse, une sur-blouse, des manchettes, une charlotte, un masque de protection et un FFP2. Crédits : Audrey Roux

Une émotion intense, un souvenir ancré dans sa mémoire. Le 14 juillet, sur la place de la Concorde, Audrey Roux descend de la tribune des spectateurs de la cérémonie. Avec une vingtaine de soignants choisis par les organisateurs, elle défile et s'installe à côté d'un immense drapeau tricolore, tendu devant la tribune officielle. 

Je crois que j'ai pleuré de longues minutes, entre le moment où nous sommes descendus de la tribune et le moment où la cérémonie s'est achevée et où les officiels sont venus discuter avec nous. Tout le monde nous a applaudis : les membres du gouvernement, les soignants restés en tribunes, tous ces métiers en première ligne invités pour l'occasion. C'était très fort !

Cinq mois après la fête nationale, elle se demande toujours pourquoi elle a été choisie. Audrey Roux doit sa présence, sur la place de la Concorde, à l'hôpital européen Georges Pompidou, à Paris. Celui dans lequel elle a travaillé deux mois, durant la première vague, au printemps, a donné son nom. Durant cette célébration du 14 juillet particulière, le traditionnel défilé des forces armées est remplacé par une cérémonie dédiée aux militaires et aux soignants mobilisés pendant la crise sanitaire. 

Avant la cérémonie du 14 juillet, Audrey Roux immortalise le moment depuis la tribune où elle assiste à une partie du défilé.
Avant la cérémonie du 14 juillet, Audrey Roux immortalise le moment depuis la tribune où elle assiste à une partie du défilé. Crédits : Audrey Roux

"Je voulais faire plus"

Elle a été choisie pour son volontarisme durant la crise sanitaire. Début mars, Audrey Roux travaille à l'hôpital Necker, en service de chirurgie pédiatrique orale. Là où les enfants handicapés subissent des opérations dentaires, impossibles à réaliser en cabinet. 

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"J'ai toujours été intéressé par les émissions, les documentaires sur le milieu hospitalier"

17 mars, le confinement tombe. Le service de l'infirmière est transformé en centre de dépistage pour les soignants de Necker. 

Des amies infirmières travaillaient en service de réanimation dans les hôpitaux parisiens. Et moi, j'attendais. Pourtant, j'avais des compétences à faire valoir, je pouvais être plus utile. Alors, j'ai envoyé un mail au président de l'AP-HP, Martin Hirsch, qui l'a transféré à ma direction. Celle-ci a vu qu'il y avait des besoins à l'hôpital Pompidou. Deux jours plus tard, je commençais à y travailler. 

Elle passe deux mois en service d'hospitalisation, aux côtés des malades de la Covid-19. Deux mois où son quotidien est profondément bouleversé. Habituée aux très jeunes patients, elle s'occupe majoritairement de personnes âgées. Deux ans passés en service de gériatrie l'aident à s'adapter. Les messages de soutien de voisins, de ses proches, les applaudissements quotidiens à 20 heures aux portes de l'hôpital, et la solidarité de l'équipe médicale lui permettent de tenir durant cette période. 

Ces applaudissements sonnaient comme une reconnaissance. Les gens étaient cloîtrés chez eux, et nous, soignants, prenions des risques, en allant à l'hôpital. Ils ont pris conscience de notre style de vie, de nos horaires décalés de travail, de l'impact sur nos proches. Ca m'a fait beaucoup de bien ! D'autant qu'à l'hôpital, j'ai vécu des moments difficiles. Dès mon troisième jour, un patient est décédé. A 17 heures, tout allait bien. Et quand je reviens à 19 heures, plus rien ne va. Le patient est incohérent, il n'arrive plus à s'exprimer, à respirer. Une heure et demie plus tard, il n'est plus des nôtres... 

Des relations privilégiées avec les patients

Audrey Roux se sent à sa place, au milieu de ses soignants très solidaires, enfermés dans cette bulle sanitaire, avec des patients qui ne peuvent plus recevoir de visites. "Les proches ne venaient que si l'on sentait la fin approcher", confie-t-elle. "J'ai bâti des relations très fortes avec certains patients. On avait les larmes aux yeux quand ils quittaient le service. Car pendant plusieurs jours, ils n'avaient que nous, et on n'avait qu'eux."

Parmi ses amies infirmières, elle est une des seules à tirer un bilan positif de son expérience durant la première vague. "Certaines ont été envoyées en service de gériatrie, alors qu'elles n'y avaient jamais travaillé. Elles ont été traumatisées", raconte-t-elle. C'est finalement son retour au service de chirurgie pédiatrique orale, à l'hôpital Necker, à la mi-mai, qui s'est avéré difficile. 

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"Les enfants de notre service sont suivis par d'autres professionnels de santé. Pendant le confinement, toute leur prise en charge a été annulée"
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"On s'intéresse à nous quand il y a une pandémie"

Retour au 14 juillet. Audrey Roux accepte d'y participer pour ses proches, son grand-père étant notamment très attaché à ce symbole. Si elle dit aujourd'hui avoir particulièrement apprécié le geste, cette mise en lumière des soignants investis depuis le début de la crise sanitaire, elle s'étonne de cette glorification brutale. "Il faut une pandémie mondiale pour que l'on s'intéresse à nous, au sort de l'hôpital public. Chaque année, nous faisons grève. Nous rappelons que nous manquons de lits, de personnels. Alors oui, c'est sympa d'avoir des remerciements, mais c'est un peu tard." 

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Sur la place de la Concorde, Audrey Roux voit cette banderole s'envoler à côté de la tribune officielle. Cinq mois plus tard, elle approuve ce message, tout en précisant que cela fait déjà une dizaine d'années que les hôpitaux publics sont en souffrance. 

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"On voit toute une génération de jeunes infirmières qui, à 30-35 ans, quittent l'hôpital public"

Signé à la mi-juillet par les syndicats majoritaires, l'accord trouvé lors du Ségur de la santé débouche sur des augmentations massives de salaires. Au total, 8 milliards d'euros répartis entre hospitaliers et non-hospitaliers, une prime renforcée pour les praticiens qui restent à l'hôpital public. Les infirmiers reçoivent par exemple 180 euros supplémentaires mensuels, loin des 300 leur permettant de revenir à la hauteur de la moyenne européenne. 

Malgré ces mesures relativement décevantes, Audrey Roux se dit toujours passionnée par son métier. Contrairement au tiers des jeunes diplômés infirmiers et infirmières, elle a passé le cap des cinq ans de métier, sans quitter l'hôpital public. Mais elle se dit que peut-être, un jour, elle aussi s'en ira, fatiguée de "se tuer à la tâche"

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