LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Céline Bardet avec Colette, l’un de ses deux chats, qui ne la quittent pas. Et une photo de Tripoli, près de l'hôtel où elle logeait pendant le tournage du documentaire "Libye - Anatomie d'un crime".

Céline Bardet : briser le silence sur le viol de guerre

4 min
À retrouver dans l'émission

Céline Bardet est juriste internationale. Depuis une vingtaine d'années, elle combat inlassablement les crimes de guerre et plus particulièrement les violences sexuelles utilisées comme arme stratégique. Volubile, passionnée et pragmatique, Céline Bardet veut lever ce tabou.

Céline Bardet avec Colette, l’un de ses deux chats, qui ne la quittent pas. Et une photo de Tripoli, près de l'hôtel où elle logeait pendant le tournage du documentaire "Libye - Anatomie d'un crime".
Céline Bardet avec Colette, l’un de ses deux chats, qui ne la quittent pas. Et une photo de Tripoli, près de l'hôtel où elle logeait pendant le tournage du documentaire "Libye - Anatomie d'un crime". Crédits : Nathalie Hernandez - Radio France

Céline Bardet est une femme pressée, "une femme aux mille vies" dit-elle. Son appartement de l’est parisien lui sert aussi de bureaux pour son ONG  "We are not weapons of war", "Nous ne sommes pas des armes de guerre", qu'elle a créée en 2014. 

"Pour l'instant, nous n'avons pas le temps ni l'argent pour trouver autre chose" s’amuse- t-elle. 

La nuit vient de tomber, elle raccroche enfin son téléphone. J’étais en communication avec des juges et des avocats de Balkans explique la juriste internationale tout en présentant Colette, l’un de ses deux chats, qui ne la quittent pas. Juriste Internationale : une vocation qui s’est imposée très jeune. Elle a toujours voulu faire du Droit, l’actualité et la guerre dans les Balkans dans les années 90 ont décidé de son destin. Céline Bardet va alors choisir de combattre les crimes de guerre, elle réussit à décrocher un poste au TPI, le Tribunal Pénal International pour l’ex Yougoslavie. 

Quant à un déclic, Céline Bardet n’en voit pas à première vue. 

On m’a souvent posé la question de savoir si j’avais été marquée par la question des crimes de masse ou de par l’histoire de ma famille, répond la juriste, mais pas du tout. Sauf que j’ai grandi à Moulins dans l’Allier qui était la ligne de démarcation pendant la Seconde Guerre mondiale donc j’ai entendu ces histoires de gens – dont mes grands-parents- qui aidaient des juifs passer en zone libre. Donc je crois que cela m’a impactée. 

Sur le terrain dans les Balkans, la juriste découvre l’ampleur des exactions et et en particulier des viols utilisés comme arme de guerre. Peu de victimes osent témoigner et peu de dossiers aboutissent.

Le corps devient le terrain de la guerre 

Ça m’a sauté à la figure, quand j’étais dans les Balkans beaucoup de victimes sont venues me voir et pourtant il n'y a que peu de procès sur les violences sexuelles en raison de l'impunité et d'une  totale invisibilité. Il fallait faire quelque chose et pas seulement pour les femmes, des hommes sont aussi violés. 

Cette femme aux mille vies a ajouté une corde à son arc, celle d'enquêteur criminel international. 

Ça fait fantasmer mais non je ne suis pas cachée dans les fourrés avec un revolver. Il y a en effet un diplôme unique au monde qu'on passe à la Haye à l'IICI (Institute for international criminal investigations). C'est une formation d'un an pour savoir  enquêter sur des crimes de masse, gérer l'ouverture de charnier, interroger quelqu'un qui est traumatisé. Ou encore comment détecter un suspect qui ment grâce au langage corporel. Tout ça avec des techniques des services de renseignement, c'est réellement intéressant. 

Le diplôme unique au monde passé par Céline Bardet à la Haye à l'IICI (Institute for international criminal investigations)
Le diplôme unique au monde passé par Céline Bardet à la Haye à l'IICI (Institute for international criminal investigations)

Pour Céline Bardet, il n'était pas question de faire toute une carrière dans une juridiction internationale. Alors en 2011, elle reprend sa liberté. Aujourd'hui, à 47 ans, elle continue de sillonner la planète en tant qu'experte internationale, participe à des colloques et des documentaires comme celui de Cécile Allegra en 2018 "Libye - Anatomie d’un crime" qui dénonce le viol systématique d’hommes.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

"La situation en Libye me fait réellement pleurer" 

"Je suis partie pour la première fois en Libye fin 2010, je crois, je n'y connaissais rien" raconte Céline Bardet. 

Ce pays m'a renversé et je trouve qu'on ne parle pas des Libyens, ils ont une culture, une éducation incroyables. 

"Quand je vois le chaos dans lequel ils sont, j'aimerais qu'on parle des Libyens !" s'exclame, émue, Céline Bardet en montrant une photo accrochée au mur de son salon. "C'est une photo du vieux Tripoli, explique-t-elle, on ne voit pas bien mais là à gauche, il y a l'hôtel où je descendais. Je la regarde souvent avec nostalgie" ajoutant qu'elle ne sait pas quand elle pourra retourner là-bas.  

Avec son ONG, Céline Bardet remplit encore un peu plus son agenda. Avec ses collaborateurs, elle a eu l'idée de créer le Back up : un lien internet sécurisé qui permet aux victimes de déposer leurs témoignages. 

A ce jour, l’organisation a en recueilli plus de 3 000. Pour l'instant à l'état de pilote dans quelques pays, il devrait être diffusé dans quelques temps dans le monde entier. 

Dans ces mille vies de Céline Bardet, il y a encore de  la place ! Pour ses amis dont beaucoup ne font pas le même job, pour lire ou regarder des séries. Enfin, il y a son île... L'île d'Yeu où est sa "vraie maison" dit-elle, qu'elle adore et dans laquelle elle part se ressourcer dès qu'elle le peut. 

Intervenants
  • juriste et enquêtrice criminelle international, elle a débuté sa carrière auprès du juge du TPIY et travaille depuis pour l'ONU et l’UE. Fondatrice et présidente de l'ONG "We Are NOT Weapons Of War" (WWoW) qui vise à lutter contre le viol de guerre.
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......