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Cofondateur du festival des Vieilles Charrues en 1992, Christian Troadec est maire de Carhaix dans le Finistère depuis 2001

Christian Troadec, racines Carhaix

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Il est né à Carhaix, dans le Finistère. Il a cofondé les Vieilles Charrues, le festival qui se tient à Carhaix. Il est devenu maire apparenté divers gauche et régionaliste de Carhaix. Rencontre avec Christian Troadec, un homme enraciné dans son territoire.

Cofondateur du festival des Vieilles Charrues en 1992, Christian Troadec est maire de Carhaix dans le Finistère depuis 2001
Cofondateur du festival des Vieilles Charrues en 1992, Christian Troadec est maire de Carhaix dans le Finistère depuis 2001 Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Les mots fusent dans la bouche de Christian Troadec. Le débit est rapide. Il fonce. Pas seulement quand il parle d'ailleurs. Le Breton a la réputation d'être un homme pressé, voire un bulldozer. "Je comprends qu'on me colle cette image à la peau, parce que parfois chez moi, ça ne fait ni une ni deux, mais bon, c'est ainsi, on ne se refait pas", reconnaît-il. 

A quelques semaines de son cinquante cinquième anniversaire, ce petit dernier d'une fratrie de trois garçons garde de tendres souvenirs de ses premières années. "J'ai eu une enfance heureuse, très heureuse, dans un milieu rural où il y avait une solidarité extrême, on n'était jamais seul, la table était toujours ouverte", se souvient celui qui a grandi dans la ferme familiale, à cinq kilomètres de Carhaix. 

Fils d'agriculteurs, Christian Troadec est aujourd'hui maire de Carhaix dans le Finistère
Fils d'agriculteurs, Christian Troadec est aujourd'hui maire de Carhaix dans le Finistère Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

A ses parents agriculteurs et à son oncle Arsène, également présent à la ferme, le jeune garçon donne régulièrement le coup de main attendu dans les champs et forge ainsi son caractère, les pieds dans la terre. De sa mère, âgée de 87 ans aujourd'hui, et de son père, disparu il y a quelques années, il retient "la très grande générosité", et cette capacité à "ne jamais dire de mal de personne"

C'était une particularité à la maison, on gardait uniquement les choses positives ce que faisaient les autres, et je crois que cela m'a permis d'avoir l'optimisme qui m'habite depuis toujours. Je pense que l'homme est bon de nature et qu'on peut faire plein de choses si on décide de travailler ensemble sur des idées de progrès.

Les Vieilles Charrues, histoire incroyable "parce que simple"

Dans les années 1990, cet optimisme qui l'habite fait croire - à raison, manifestement - à l'étudiant en histoire devenu journaliste, qu'on peut faire revivre le centre Bretagne. "On était une génération amenée à quitter cette région, car une fois qu'on avait été formé à l'université, cela nous amenait à travailler dans d'autres secteurs d'activité que l'agroalimentaire ou l'agriculture. Mais on l'a refusé, on s'est dit qu'on était en capacité de pouvoir créer sur notre territoire des choses sympathiques", raconte Christian Troadec. 

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Nées d'une blague entre copains, les Vieilles Charrues deviennent rapidement incontournables dans le paysage des festivals de musique. L'histoire devient incroyable "parce qu'elle était simple", affirme son cofondateur. "Si on avait dû se dire que les conditions de la réussite étaient celles d'une gare TGV, d'un aéroport et d'une deux fois deux voies, il y avait toutes les raisons pour que ce festival n'existe pas ici. Et c'est peut-être parce qu'il n'y avait rien de tout cela qu'il a existé. Parce qu'il a été fait à la force de l'esprit, de la bonne humeur et de gens qui avaient envie de travailler ensemble, et dans le respect de chacun".

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"On était de cette génération poussée à quitter sa région d'origine, on l'a refusé". Christian Troadec

Un passé inoubliable, mais quel avenir ?

Les Vieilles Charrues finissent par attirer jusqu'à 250 000 personnes dans les terres bretonnes, faisant vivre à Christian Troadec quelques moments inoubliables. C'est par exemple le cas en 2009, lorsque Bruce Springsteen se produit sur la scène finistérienne. "C'était quand même la venue du géant, du Boss à Carhaix", s'émeut le maire apparenté divers gauche et régionaliste de la ville, "trois heures de concert dans la prairie de Kerampuilh et une expression en breton : en arrivant sur scène, il dit au public 'Demat Karaez, Mont a ra mat ganeoc'h', Bonjour Carhaix, comment allez vous ! C'était vraiment un concert exceptionnel, un de mes plus beaux moments musicaux"

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L'édition de 1997 l'a également marqué. James Brown est attendu . "C'est l'événement, la soul qui vient à Carhaix, mais rien ne se passe comme prévu. James Brown est perdu à Deauville, à quatre heures de route, il finit par monter dans un taxi qui le ramène juste à temps ! Ce sont des aventures qui, pour beaucoup, sont marquantes pour nous, pour nos proches"

De grands moments musicaux, mais aussi de grandes réussites plus personnelles, met en avant Christian Troadec. Avec l'association des Vieilles Charrues, à la fin des années 1990, "on a mis un million de francs sur la table pour sauver l'enseignement immersif en langue bretonne, et grâce à cela, le réseau Diwan est sorti de la liquidation judiciaire, il a installé un lycée à Carhaix dans une ancienne maison de retraite, c'était tout un symbole, la boucle se bouclait"

Et même si la pandémie de Covid-19 rend l'avenir du rendez-vous culturel incertain, Christian Troadec préfère, là encore, rester optimiste. La contrainte d'une jauge maximale à 5 000 personnes assises annoncée par le ministère de la Culture fait s'interroger les festivals. "Certains s'y refusent et je les comprends, parce que demander à des gens de 20 ans de rester assis sur une chaise pour écouter un spectacle, c'est particulièrement difficile. Et en même temps, on a aussi envie que la culture redémarre", admet le Breton pour qui, quoi qu'il en soit, "les festivals ne meurent jamais vraiment"

Du festival à la mairie : la bataille d'un territoire

Ce n'est de toute façon plus de son ressort. Il est passé à d'autres aventures. Moins musicales, plus politiques. En 2001, il s'empare de la mairie de Carhaix. Et il y a un lien entre le festival et l'hôtel de ville, précise-t-il : "C'est de se dire qu'il n'y a pas de territoires oubliés, il n'y a que des territoires qui ont envie d'avoir un avenir. Et c'est aussi aux territoires de s'inventer une histoire : par le festival des Vieilles Charrues par exemple. Cela a montré qu'on était capable de relever de grands défis et je crois que la fierté, c'est un peu le moteur de toutes les réussites"

Il n'y a pas de territoires oubliés, il n'y a que des territoires qui ont envie d'avoir un avenir". 

La mairie de Carhaix, pilotée depuis 2001 par Christian Troadec
La mairie de Carhaix, pilotée depuis 2001 par Christian Troadec Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Et s'il y a bien quelque chose qui rend fier Christian Troadec, c'est sa ville. "On a créé une dynamique à Carhaix, on a des entreprises qui se sont installées, l'image est plutôt positive, et en même temps, c'est une ville qui sait dire non quand on l'agresse comme cela a été le cas pour l'hôpital de Carhaix ou pour les Bonnets rouges. On est aussi dans cette dynamique là : une dynamique en fin de compte terriblement bretonne"

De la maternité de Carhaix à l'écotaxe, une succession de combats

Au printemps 2008, la mobilisation des Carhaisiens, Christian Troadec en tête (par opportunisme diront certains), permet de sauver les services maternité et chirurgie de la fermeture. "Un combat épique ! Quand vous savez que près de 500 personnes sont avec vous tous les jours pendant trois mois pour mener des actions sur le parking d'un hôpital, vous n'avez pas le sentiment d'être seul", s'émeut encore le maire. A l'époque, avec sa femme, ils attendent leur troisième fils. Il naîtra à l'hôpital de Carhaix, comme son père. Naîtront également de ce combat, un livre, Carhaix Résistance, et un film, Bowling. 

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Cinq ans plus tard, en 2013, le maire divers gauche de Carhaix remet sa casquette contestataire, ou plutôt son bonnet rouge. "On perdait nos emplois et on venait nous rajouter des taxes. On voit bien que c'est la difficulté d'un pouvoir central qui ne connaît rien à la Bretagne", analyse aujourd'hui celui qui est devenu l'une des figures du mouvement contre l'écotaxe, finalement abandonnée par le gouvernement. 

"Au début, c'était un combat corporatiste, souligne Christian Troadec, il s'agissait de lutter contre une fragilité de l'économie, la Bretagne avait perdu beaucoup d'emplois dans l'agroalimentaire, il y avait une taxe nouvelle qui arrivait au mauvais moment. Sur le principe, cette taxe pouvait être comprise, j'en comprends d'ailleurs la démarche, mais elle n'était pas applicable à la Bretagne, surtout pas à ce moment là"

Je pense que les combats qu'on a su mener étaient les bons".

Christian Troadec entouré d'autres bonnets rouges aux états généraux de la Bretagne en 2014
Christian Troadec entouré d'autres bonnets rouges aux états généraux de la Bretagne en 2014 Crédits : François Destoc - Maxppp

Si c'était à refaire, il signerait tout de suite. "L'idée d'être de tous les combats n'est pas la bonne, car le silence permet le travail. Mais il y a des moments où il faut savoir se lever et dire non. Je pense que les combats qu'on a su mener étaient les bons. Parfois on aurait pu les mener différemment, mais je ne regrette rien. Et puis, ce sont des combats qu'on nous a imposés : parce que l'Etat français est dans une répression de l'identité et de la culture des autres territoires. Que ce soit la nation basque, la nation corse, la nation bretonne, ce sont des nations opprimées", tranche-t-il. 

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Carhaix, "une ville qui sait dire non quand on l'agresse", selon Christian Troadec

Objectif : indépendance

Pour porter la voix de ces "nations opprimées", Christian Troadec ne rate pas une élection depuis vingt ans. "Je les ai toutes faites, j'ai même tenté la présidentielle", reconnaît le maire de Carhaix. En 2017, il finit par renoncer à la course à l'Élysée, faute de parrainages suffisants. Mais il en reste fier. "A chaque occasion, il faut être présent et ne pas donner l'habitude aux électeurs de voter pour les autres. J'espère qu'en 2022, il y aura un candidat au moins régionaliste, voire autonomiste. C'est une caisse de résonance extraordinaire, qui donne la capacité d'avoir accès aux médias et d'être dans le débat dit national, ou hexagonal. Ça permet d'être entendu par les autres donc c'est important d'être dans ce genre de combat"

L'État central, totalement défaillant pendant la pandémie, ne tiendra pas longtemps". 

Pas volontaire, a priori, pour retenter lui-même l'aventure en 2022, celui qui préfère l'écharpe bretonne et ses mouchetures d'hermine à l'écharpe tricolore espère voir une femme régionaliste candidate. Et le maire de Carhaix veut y croire : la victoire des autonomistes est pour bientôt. "On n'est pas loin, parce que je pense que l'État central tel qu'il est construit aujourd'hui ne tiendra pas longtemps. Il fait toujours artifice, mais on en a vu la fragilité pendant la pandémie, sur les masques, les tests, aujourd'hui les vaccins. L'État central a été totalement défaillant, c'est dramatique", juge Christian Troadec. 

Le Breton promet de continuer à se battre pour l'indépendance de la Bretagne. Et pour mener le combat, il compte aussi sur ses trois fils, tous bretonnants. "Ils ont déjà des notions politiques, ils n'ont pas peur d'affirmer leurs idées, tranquillement, sans agressivité. On ne leur fera pas avaler n'importe quoi", souligne, non sans fierté, ce père de famille prêt à leur confier les rênes de la relève. "On ne peut pas se satisfaire de ce qui existe aujourd'hui, sinon, cela veut dire accepter à un moment la disparition du peuple breton, et il en est hors de question"

L'objet qui lui tient à coeur

Les deux écharpes du maire de Carhaix : la tricolore et la bretonne
Les deux écharpes du maire de Carhaix : la tricolore et la bretonne Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France
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"Pour les mariages, 90% des Carhaisiens choisissent l'écharpe bretonne", assure Christian Troadec

Il a, bien sûr, son écharpe tricolore de maire. Mais Christian Troadec a également une écharpe un peu spéciale, aux couleurs de la Bretagne. "C'est une couturière d'une petite commune à côté de Carhaix qui l'a faite", précise-t-il fièrement avant d'en raconter l'histoire. "C'est une écharpe dont le principe a été inventé par un ancien maire de Chateauneuf-du-Faou, qui s'appelait Georges Le Meur. Il portait cette écharpe bretonne, en noir et en blanc, l'écharpe Gwenn ha Du en breton. Il tenait, pour les mariages, à ce que les gens aient le choix entre l'écharpe française, tricolore, et l'écharpe bretonne. En souvenir de Georges, j'ai proposé qu'on reprenne cette tradition et désormais, à tous les mariages à Carhaix, on propose de porter l'une ou l'autre. Et 90% des gens choisissent l'écharpe bretonne !"

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