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 Hélène Carrère d'Encausse dans son bureau du Palais Mazarin, à Paris, le 13 octobre 2020.

Hélène Carrère d'Encausse, petite fille du Caucase devenue Secrétaire perpétuel de l’Académie française

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Portrait en son Palais d'une historienne qui parlait russe avant d'apprendre le français. Une rencontre peu avant l'élection hier de François Sureau au fauteuil de Max Gallo.

 Hélène Carrère d'Encausse dans son bureau du Palais Mazarin, à Paris, le 13 octobre 2020.
Hélène Carrère d'Encausse dans son bureau du Palais Mazarin, à Paris, le 13 octobre 2020. Crédits : Cecilia Arbona - Radio France

C'est une famille qui depuis ses origines en 1635 ne peut dépasser une taille limite, 40 membres au maximum. Une famille qui n'est pas toujours au complet puisque ses représentants sont élus à vie, la mort les emporte et leur fauteuil peut rester vacant un moment. Depuis hier soir, ils sont 34 avec l'élection de François Sureau, 63 ans, écrivain et avocat qui a recueilli au premier tour de scrutin 19 voix sur 27 votants. Il siègera au fauteuil 24, celui qu'occupait Max Gallo, décédé en 2017. François Sureau, auteur de L'Obéissance ou encore de La Corruption du siècle rejoint donc une assemblée prestigieuse de gens de Lettres, réunie sous l'autorité d'une femme : Hélène Carrère d'Encausse, gardienne du Temple de la langue française. 

Une première pour une pionnière amoureuse des livres et de Voltaire

L’historienne, entrée à l’Académie française en 1990 au fauteuil 14, est devenue en 1999 la personnalité la plus importante de l'institution, puisqu’elle occupe la fonction de Secrétaire perpétuel. Une première pour une pionnière, une femme venue d'ailleurs, une étrangère amoureuse des livres et de Voltaire.

Tous les jeudis après-midi, les membres de ce cercle de poètes et écrivains élus à vie, d’où leur surnom d’immortels, se retrouvent à l’Institut de France, Quai de Conti, à Paris. Des réunions qui se tiennent toujours à huis clos loin de la fureur et du bruit de la capitale. 

"Le côté merveilleux, c’est que nous sommes très unis, le côté terrible, c’est que l’on voit mourir les autres, jusqu’au jour où ce sont eux qui vous verront mourir. Et ça, c’est extrêmement dur à l’Académie. On souffre chaque fois que quelqu’un disparaît." soupire Hélène Carrère d'Encausse avec des yeux tristes.

Le Palais Mazarin et la Coupole de l'Institut de France, siège de l'Académie française. A Paris, le 13 octobre 2020.
Le Palais Mazarin et la Coupole de l'Institut de France, siège de l'Académie française. A Paris, le 13 octobre 2020. Crédits : Cecilia Arbona - Radio France

Une enfant du Caucase qui a appris le russe puis le français à 4 ans et demi

Dans son appartement de fonction, au premier étage du Palais Mazarin, face au Pont des Arts qui enjambe la Seine, l’auteur de l’ouvrage L’Empire éclaté, publié en 1978, évoque avec émotion le pays de sa famille paternelle : la Géorgie. Une terre du Caucase au bord de la Mer Noire, que ses parents Georges Zourabichvili et Nathalie Von Pelken ont fui après l’invasion en février 1921 par l’Armée rouge. C’est à Paris, huit ans plus tard, que l’enfant du Caucase, Hélène Zourabichvili est née. L’enfant a d’abord appris le russe puis le français à l’âge de 4 ans et demi. En épousant un assureur, Louis Carrère, dit Louis d’Encausse, la jeune femme a changé de nom mais a toujours été attirée par l’Histoire et en particulier celle du berceau de ses ancêtres. Depuis la fin de l’été, l'ancienne députée européenne suit à distance mais beaucoup d’intérêt et beaucoup de tristesse aussi la reprise des combats au Haut-Karabakh. 

C’est une guerre qui se joue là bas, analyse-t-elle. N’ayons pas peur de la nommer.

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Ainsi parle Hélène Carrère d’Encausse, dont le nom de jeune fille, même s’il appartient au passé, résonne aujourd’hui avec douleur dans son coeur lorsqu’elle parle de la Géorgie. Elle sourit lorsqu’on lui demande si elle a un lien de parenté avec la Présidente de ce pays, Salomé Zourabichvili : "Oui, explique-t-elle, c’est ma cousine germaine…la fille du frère de mon père. Ce nom c’est moi et ce n’est plus tout à fait moi."

Des livres, des stylos et... un chien en bronze

Sur sa table de travail, entourée de murs recouverts d’étagères de livres, Hélène Carrère d’Encausse se dit chanceuse :

Je fais ce que j’aime ! Ecrire et lire. Je travaille beaucoup, je me lève à 7h chaque matin et dès 8h30, je suis à mon bureau. 

Comme une institutrice ou une élève modèle, elle a des pots à crayons. Des stylos de toutes sortes. Des pointes à plumes, des pointes à billes. Des stylos bon marché, des gadgets publicitaires, des cadeaux aussi, comme ce stylo gros format couleur argent à la robe travaillée tel un bijou d’orfèvrerie. Un présent du Président du Kazakhstan, s’amuse-t-elle. Mais le souvenir auquel elle tient le plus est un petit animal en bronze couché sur des dossiers. Un chien, certainement un bouledogue, qui semble la regarder ou la protéger peut-être. 

C’est un presse papier. Il appartenait à mon grand-père maternel, il était Allemand. Ma mère me l’a donné pour mes 12 ans, je commençais à bien écrire, j’entamais des correspondances avec mes amis.  Et je l’ai transporté partout !

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Être à la fois sérieuse et futile

Difficile d’obtenir d’autres confidences de cette femme de savoir, discrète sur sa vie personnelle. Elle dira qu’elle s’est bien occupée de ses petits-enfants, qu’elle a beaucoup joué avec eux mais qu’ils sont grands maintenant. Elle dira aussi qu’elle écoute souvent la musique de Schubert, que la chanson contemporaine ne l’intéresse pas avec ses "boum-boum" mais qu’elle apprécie tout de même le répertoire de Georges Brassens. Dans un soupir, elle raconte qu’elle a une passion pour le chocolat mais que pendant le confinement, curieusement, elle a cessé d'en manger.

Avant de prendre congé, Hélène Carrère d’Encausse se prête avec courtoisie au jeu des photos. Coquette, elle a porté un soupçon de rouge à lèvres et a fardé ses paupières. Elle est attentive à son reflet dans le miroir et reconnaît que l’on peut-être à la fois sérieuse et futile. 

J’aime m’habiller, ça c’est la vérité ! J’aime la soie particulièrement, les soies italiennes. J’ai la réputation d’être bien habillée. Et puis on doit offrir de soi une image agréable, enfin, la plus potable possible. 

Ce jour là, dans son tailleur veste jupe en tricot bleu marine et ivoire, Hélène Carrère d’Encausse a fière allure. On la complimente. Elle répond avec un large sourire : "Merci, c’est gentil à vous, je fais attention aux tenues que je porte, je les choisis avec soin chaque matin et je reste apprêtée jusque tard dans la soirée. Je ne suis jamais négligée. Je ne traîne ni en pyjama ni en savate."

On l’aurait deviné…. Madame LE secrétaire perpétuel au masculin, mais coquette fleur Immortelle, avec deux L.

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