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Jean-Claude Casadesus chez lui à Paris, décembre 2020.

Jean-Claude Casadesus : "Même le silence doit être habité"

5 min
À retrouver dans l'émission

Le chef d'orchestre fête ses 85 ans et sort un nouveau disque. Le "Chant de la Terre" de Gustav Malher avec l'Orchestre National de Lille qu'il a fondé et dirigé pendant plus de quarante ans. L'occasion d'une rencontre avec celui qui soigne son "groove" avec toujours autant de passion.

Jean-Claude Casadesus chez lui à Paris, décembre 2020.
Jean-Claude Casadesus chez lui à Paris, décembre 2020. Crédits : Anne Lamotte - Radio France

C’est au pied de la butte Montmartre, dans l’appartement qui a vu naître sa mère (la comédienne Gisèle Casadesus, sociétaire de la Comédie Française décédée il y a trois ans) que Jean-Claude Casadesus nous reçoit. Dans son bureau, au bout d’un long couloir. Vue sur les toits de Paris, au milieu des livres, des bibelots, au rythme de la pendule. Sur un pupitre, la photo en noir et blanc d'un petit garçon en culottes courtes qui joue du violon. “J’ai quatre ans et je suis ici” décrit-il, “Pierre Monteux et mon grand-père me mettent un violon dans les mains et décident que j’ai le sens du rythme et que je serai sûrement chef d’orchestre !”. 

Le grand-père, Henri Casadesus (l'un des innombrables artistes de la famille depuis des générations) et Pierre Monteux, tous les deux chefs d'orchestre, ne s'étaient pas trompé : quatre-vingt ans plus tard, c'est ici, dans cette même pièce, que Jean-Claude Casadesus se plonge, toujours avec le même appétit, dans ses partitions. 

Jean-Claude Casadesus à l'âge de quatre ans
Jean-Claude Casadesus à l'âge de quatre ans Crédits : Anne Lamotte - Radio France

"Entendre ce qu'il y a entre les notes" 

Il y en a une ouverte sur son bureau, Prélude à l'après midi d'un faune de Claude Debussy, qu'il dirige le 18 janvier prochain à la Philharmonie de Paris. Un enchevêtrement de notes et de flèches, de croix, de signes, de lettres au crayon rouge et bleu rouge : “Le rouge, c’est la lumière, c'est la luminosité, c'est la force, ce sont les crescendo, le bleu ce sont les diminuendo, les cordes, les instruments plus doux”. Des dizaines, voire des centaines d'heures à ce bureau avant la première répétition à "ingérer" l'oeuvre et à la chanter. 

Sans oublier, insiste Jean-Claude Casadesus, ce qu'il faut raconter entre les notes : 

Un silence par exemple doit être habité. Vous avez des silences qui sont ternes, qui sont morts. Puis, tout à coup, vous avez dans une respiration le sentiment que le son, même dans le silence, se prolonge (...) il faut que ça groove, qu'on aille vers quelque chose, tout le temps. Il n'y a rien de pire que d'être statique dans l'expression de la vie !

"Diriger un orchestre, c'est comme jouer au tennis !"

Car c'est cela sa mission : donner vie à la partition. Au milieu de l'orchestre, de cette centaine de musiciens, qui devient son instrument. Jean-Claude Casadesus, habité par l'œuvre, l'interprète et la fait vivre donc. Grâce au geste. "C'est assez magique", s'enthousiasme-t-il, "je suis comme Geppetto qui anime Pinocchio". Ou comme un champion de la raquette qu'il aurait rêver de devenir : 

C'est pour ça que j'adore tellement le tennis ! Les qualités exigées dans le tennis sont extrêmement proches de celles exigées dans mon métier. Vous devez devenir l'instrument avant qu'il ne joue, comme vous devez devenir la balle. Vous avez l'anticipation qui vous permet le slice, le coupé, le coup droit, l'amortie... Il y a énormément  de paramètres qui sont voisins. Au tennis, il y a un phrasé, et un rythme, constant !

L'hyper-précision pour "entrer en lévitation" 

"C'est l'hyper précision", explique Jean-Claude Casadesus, l'ancien percussionniste, celle que lui enseigne dans les années 60 un de ses maîtres, le compositeur et chef d'orchestre Pierre Boulez. C'est le socle, il y tient, le tremplin indispensable à toute envolée. Car c'est ce qui se passe quand il trouve le geste, hyper précis donc, le coup parfait, et que l'orchestre suit :

On est en lévitation émotionnelle, car c'est de la lévitation ! Quand tout d'un coup, ça marche... C'est tout à coup décoller ! On est comme Aladin sur son tapis, on est projeté vers le ciel ! 

La partition de "Prélude à l'après-midi d'un faune" de Claude Debussy annotée par Jean-Claude Casadesus.
La partition de "Prélude à l'après-midi d'un faune" de Claude Debussy annotée par Jean-Claude Casadesus. Crédits : Anne Lamotte - Radio France

"La musique" affirme Jean-Claude Casadesus, "est la traduction la plus poétique de la vie". Et d'ailleurs, quand il ne chante pas des notes, il déclame des vers de mémoire : "Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine ! Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine. Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons, la pâle mort mêlait les sombres bataillons. D’un côté c’est l’Europe et de l’autre la France. Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l'espérance. Tu désertais, victoire, et le sort était las. Ô Waterloo ! je pleure et je m'arrête, hélas !"...(l'Expiation, Victor Hugo). Un poème qu'il verrait bien sur scène suivit de la 5ème de Beethoven qu'il se met à tonner : "tin, tin, tin, tin ! Beethoven c'est pour moi le premier rockeur du XIXe siècle !"

Parfois, à désormais 85 ans et avec le confinement, Jean-Claude Casadesus, craint, avoue-t-il, une forme de "ramollissement du cerveau". Il n'a priori, pour l'instant, pas trop de soucis à se faire.

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