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Joël Favreau, 82 ans, entonne un air de Brassens

Joël Favreau, guitariste de Georges Brassens : "Il n'est pas mort entièrement"

4 min
À retrouver dans l'émission

L'homme à la pipe aurait soufflé ses 100 bougies ce vendredi 22 octobre. Nous avons rencontré celui qui fut son fidèle guitariste et ami, de 1972 jusqu'à sa mort.

Joël Favreau, 82 ans, entonne un air de Brassens
Joël Favreau, 82 ans, entonne un air de Brassens Crédits : Louis-Valentin Lopez - Radio France

Cheveux blancs argentés, regard de gamin facétieux, il a 82 ans et en paraît dix de moins. Nous retrouvons Joël Favreau "Chez Walczak", le bistrot où Brassens avait ses habitudes, dans le XVe arrondissement de Paris. Autour de nous, les murs sont constellés de portraits du chanteur. Brassens le regard ténébreux, Brassens taquin avec ses chats, Brassens peint à la gouache...

Mais c'est au Théâtre National Populaire (TNP) que le guitariste rencontre pour la première fois l'homme à la pipe. Nous sommes en 1966, dans la loge de Brassens, et Joël, 26 ans, n'en mène pas large : "Je n’avais aucune idée de qui il était. Pour moi, c’était une photo sur des formats, les chansons que j’aimais et que je jouais, mais je ne faisais pas le lien avec une personne physique", raconte-t-il. "Quand je suis arrivé en face de lui, j’ai été très impressionné par son physique : il était extrêmement costaud, il avait un regard puissant, j’étais tout à fait intimidé." L'équivalent, pour lui, de "Molière ou Voltaire". Joël Favreau glisse alors un timide "bonjour monsieur". "Il s’est foutu de moi, m’a dit que j'étais glacé d’épouvante. Brassens avait la moquerie raffinée", se souvient le guitariste. 

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"Allô, c'est Georges"

Le temps passe. En 1972, Georges Brassens perd son guitariste, Mimi Rosso. Il pense alors à un jeune homme, un peu intimidé, qu'il avait taquiné six ans plus tôt : "J’ai reçu un coup de fil : 'Allô c’est Georges. Est-ce que tu veux bien venir jouer dans les disques avec moi ?' C’était un cadeau incroyable, même impensable pour un jeunot que j’étais", confie Joël Favreau, les yeux brillants. Il saute alors sur sa moto et fonce chez Brassens. "J’ai été accueilli par lui, et aussi une bande de Sétois qui étaient là, des copains qui étaient de passage. Ils m’ont bizuté. Ils m’ont dit  : 'Les deux premiers guitaristes de Brassens sont morts, est-ce que t’as mis tes affaires en ordre ?' Ça met à l’aise tout de suite..."

Le début de l'aventure Brassens pour Joël Favreau. Il ne sera pas sur scène lors des concerts, où le chanteur était secondé uniquement de Pierre Nicolas, son contrebassiste. Mais il l'accompagnera sur les plateaux télévisés et en studio lors des enregistrements. Le studio, passage obligé, mais pas forcément l'exercice préféré du chanteur, raconte Joël. "Il le faisait parce qu’il fallait le faire, mais, par exemple, il n’allait pas en cabine s’écouter. Quand on avait fait une prise, il restait dans le studio, demandait si ça allait, et si ça allait, on passait à la suivante", se remémore-t-il. 

On était dans un studio énorme, avec une cabine digne de la Nasa, en train de tout enregistrer en direct, pratiquement en une seule prise, si ce n’est pas deux dans le pire des cas.

Joël Favreau et Jean-Louis Walczak, patron du bistrot "Chez Walczak", où Brassens avait ses habitudes
Joël Favreau et Jean-Louis Walczak, patron du bistrot "Chez Walczak", où Brassens avait ses habitudes Crédits : Louis-Valentin Lopez - Radio France

Amitié discrète

Joël Favreau accompagne par exemple Brassens sur l'album Fernande. Au fil du temps et des enregistrements, il gagnera l'amitié de l'artiste, mais n'osera jamais vraiment s'immiscer dans son intimité. Trop peur de déranger, de prendre trop de place. "Je n’étais pas tout le temps fourré chez lui, j’avais une sainte horreur de la simple idée de l’emmerder, ça m'épouvantait. J’ai peut-être même raté des occasions d’avoir une relation plus approfondie avec lui, parce que je ne voulais pas l’emmerder", regrette l'octogénaire, avec un air presque contrit.

Je crois que Brassens était l’un des plus grands auteurs de chansons que l’on puisse connaître dans ce siècle, quelqu’un à part. Il y a tous les autres chanteurs et Brassens, comme il y a tous les jazzmen et il y a Django Reinhardt. Brassens, ça va plus loin que la chanson.

Et Joël se souvient très bien de ses derniers moments avec Brassens, en mai 1981 : "C’était sur le tournage de l’émission 'Escale en Languedoc'. Je devais partir avant les autres. Je mangeais dans l’endroit où on était reçus, il y avait de la cuisine sétoise excellente. Il m’a regardé manger, d’un air goguenard. J’ai dû partir, et je le regrette encore. Je serais resté volontiers."

Chaque fois que je participe à un événement quelconque où Brassens est dans le coup, quel que soit l’événement, il y a toujours une ambiance spéciale, une espèce de bienveillance qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs.

Les murs du bistrot "Chez Walczak" sont constellés de photographies de Georges Brassens
Les murs du bistrot "Chez Walczak" sont constellés de photographies de Georges Brassens Crédits : Louis-Valentin Lopez - Radio France

"Ses chansons font partie de nous"

Brassens mourra quelques mois plus tard, le 29 octobre, emporté par la maladie. Mais il restera avec nous, en quelque sorte, estime Joël Favreau. "Pour moi, il n’est pas mort entièrement. Ses chansons sont tellement vivantes qu’elles font partie de nous. On peut dire qu’on a intégré une partie de lui. Il reste vivant à travers tous ceux qui le chantent, tous ceux qui s’y intéressent", tient-il à souligner : "Et même quand les lampions du centenaire seront éteints, restera aussi ceux que ça intéresse vraiment, et plein de gens continueront de s’intéresser à ses chansons. Je serai heureux de les rencontrer à chaque fois que ce sera possible."

Brassens est ce qu’on appelle un maître. Pas dans le sens maître/esclave, mais c’est quelqu’un qui a fait un bout de chemin, et qui le montre aux autres. Ses chansons sont une nourriture qui aide à grandir. Le prix, c’est de s’y intéresser. Si on les écoute d’une oreille inattentive, c’est un plaisir, bien sûr, mais on risque de rater la substantifique moëlle, comme disait Rabelais.

Et quand on lui demande d'entonner une chanson de Brassens, Joël Favreau se prête volontiers au jeu. Des reprises, un spectacle hommage, intitulé "Salut Brassens" : il continue et continuera, inlassablement, de faire vivre l'héritage de l'un des plus grands artistes du XXe siècle.

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