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Norbert Khidichian remonte l'une des 82 horloges de l'Assemblée nationale grâce à sa clé à pendule

Norbert Khidichian : le maître du temps de l'Assemblée nationale

4 min
À retrouver dans l'émission

A quelques heures du passage à l'heure d'hiver, rencontre avec Norbert Khidichian, un homme hors du temps, ou plutôt en plein dedans puisque ce pendulier, horloger spécialiste en réparation et restauration de pendules est le maître du temps de l’Assemblée nationale.

Norbert Khidichian remonte l'une des 82 horloges de l'Assemblée nationale grâce à sa clé à pendule
Norbert Khidichian remonte l'une des 82 horloges de l'Assemblée nationale grâce à sa clé à pendule Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Ce lundi, comme tous les lundis de l'année, Norbert Khidichian se rendra à l'Assemblée nationale où il aura fort à faire. Avec le passage à l'heure d'hiver, le pendulier du Palais Bourbon va devoir remettre à l'heure les 82 horloges de l'institution. Mais il n'y a pas que deux fois par an que l'horloger s'occupe de ces bijoux d'art chargés d'histoire. Toutes les semaines, il vient remonter les pendules, au sens propre : le véritable maître des horloges, c'est lui !

Norbert Khidichian est pendulier, horloger spécialiste de la réparation et la restauration de pendules. Et l'un de ses terrains de jeu, c'est donc l'Assemblée nationale. Une fois par semaine, il vient avec sa trousse en cuir noir remplie de petits outils pour remonter, et si nécessaire réparer, les nombreuses et précieuses horloges que compte l'institution. "Je suis là pour veiller à ce que mes 82 horloges tournent bien, qu'elles soient bien à l'heure", sourit-il. 

Horloger de père en fils

Fils et petit-fils d'horloger (son grand-père avait ouvert son magasin rue Lafayette à Paris), et donc plongé très tôt dans l'univers du temps qui passe, ce Parisien a très vite eu "envie de ce métier qui regarde le temps passer" et n'a pas hésité longtemps avant d'emprunter la même voie. "Dans les familles d'horloger, c'était un peu comme ça, ce sont en fait des dynasties de métier. J'étais l'aîné de la famille, l'école n'était pas forcément mon truc, donc on m'a dit :'tu suivras la profession' et je suis du coup devenu horloger", se souvient-il. 

Cela fait désormais 25 ans qu'il partage son temps entre son atelier parisien et le Palais Bourbon. "Mon titre à l'Assemblée, c'est maître du temps, c'est pas mal !", explique en riant le pendulier. Chaque lundi, il va des appartements du président de l'Assemblée aux différentes salles de réunion en passant par les bureaux des uns et des autres. Toutes les pièces qui comportent une pendule lui sont ouvertes. 

La pendule "borne", située dans la salle Empire de l'Assemblée nationale
La pendule "borne", située dans la salle Empire de l'Assemblée nationale Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Ainsi, dans la salle Empire, il montre avec fierté la "pendule borne", qui reprend la forme d'une borne kilométrique. "Elle date de 1812, cela fait donc pas mal de temps qu'elle fonctionne et qu'elle donne l'heure. Dans deux cents ans, nos ordinateurs et nos téléphones donneront-ils toujours l'heure ? Ce n'est pas sûr", reconnaît l'artisan. 

En aucun cas, on ne doit pouvoir voir qu'une pièce a été travaillée. 

Et c'est entre autres cela qui fascine Norbert Khidichian. Ces pendules traversent le temps sans prendre une ride. Même si, évidemment, elles ont parfois besoin d'un petit coup de main. "J'ai ma trousse à outils avec moi parce que si parfois il y en a une qui me fait une petite blague, il faut que je la répare sur place. Ce n'est pas le tout de les remonter et de regarder si elles avancent ou elles retardent, il faut savoir démonter le mécanisme et restaurer dans l'esprit, sans qu'on puisse un jour démonter et voir que cela a été réparé ou modifié. En aucun cas on ne doit voir qu’une pièce a été travaillée. On usine nos pièces à la main pour leur donner la légère imperfection qu’il y avait à l’époque. En tournant ma toupie, je fais ma pièce, des petits défauts par ci par là, cela fait partie de la restauration. Il faut respecter ce qui a été fait avant", insiste-t-il.

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"Pour se mettre à l'heure d'hiver, il faut faire un tour du cadran complet, on ne remonte pas le temps".

Après 25 ans à l'Assemblée, il connaît les 82 horloges par cœur

Il a à peine plus de la trentaine quand, quelques années après son apprentissage auprès d'un maître horloger "réputé sur la place de Paris", Maître Bellefontaine, il découvre le lustre du Palais Bourbon. "Quand je suis arrivé la première fois, j'étais tout émerveillé, comme un enfant dans un jeu", se rappelle Norbert Khidichian. A 61 ans aujourd'hui, l'homme au regard malicieux derrière le rond de ses lunettes noires se rappelle encore ses premiers pas aux côtés de son prédécesseur, il était de son propre aveu "tout tremblant" et faisait tomber la petite clé à pendule si quelqu'un le regardait faire. 

C'est avec cette clé à pendule que Norbert Khidichian remonte, chaque lundi, les 82 pendules de l'Assemblée nationale
C'est avec cette clé à pendule que Norbert Khidichian remonte, chaque lundi, les 82 pendules de l'Assemblée nationale Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France
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Norbert Khidichian a eu une épreuve bien spécifique pour décrocher son CAP

Ce temps-là remonte ! Aujourd'hui, Norbert Khidichian a l'assurance de l'expérience et pourrait presque tout faire les yeux fermés. Il connaît par cœur ses 82 pendules, comme celles du deuxième bureau de l'Assemblée nationale : un œil de bœuf et une pendule "typique de l'époque Napoléon III". L'homme est intarissable sur chacun de ces précieux objets, il pourrait en parler des heures tout comme il est capable de se taire en une seconde pour vous faire écouter le tic-tac de la petite pendule de la pièce. Comme les autres, il la remonte, six à sept demi-tours de clé et "à la semaine prochaine"

Le temps qui passe fait parler

Ce qu'aime par-dessus tout le pendulier de l'Assemblée, c'est le rapport du geste au temps. "Ce geste que je fais chaque semaine, je le fais comme mon prédécesseur, et comme l'horloger qui a conçu et mis en route cette pendule. Deux cents ans après, je fais exactement la même chose, et si je dois réparer la pendule, je vais retravailler de la même façon pour lui ouvrir le ventre et la restaurer."

Cela me donne toujours un peu d'émotion quand je me dis qu'il y a deux cents ans, un horloger a fait la même chose sur la même pièce.

Et puis bien sûr, il y a ce qu'ont vu et entendu toutes ces pendules. Probablement bien des histoires ! "Si elles pouvaient parler", sourit l'horloger. Mais à défaut de pouvoir parler, elles ont tout de même visiblement le pouvoir de faire parler. Lors de sa tournée du lundi, Norbert Khidichian a l'occasion de discuter avec beaucoup de monde. "Je côtoie des questeurs, des députés, il y en a avec qui on sympathise, mais il n'y a pas de couleur politique dans ce cas-là", précise-t-il.

"De tous bords politiques, les hommes et les femmes politiques adorent ça, cela leur rappelle parfois leur enfance, les tic-tac entendu chez les grands-parents, et aujourd'hui, quand je passe pour remonter les pendules, ils me disent comment elles ont fonctionné dans la semaine, si elles ont pris deux ou trois minutes de retard, et grâce à un pendule, on commence un dialogue", raconte-t-il.

A 61 ans, le "maître du temps" de l'Assemblée nationale vient chaque semaine s'occuper des 82 pendules du Palais Bourbon dont celle-ci, située dans le deuxième bureau de l'institution
A 61 ans, le "maître du temps" de l'Assemblée nationale vient chaque semaine s'occuper des 82 pendules du Palais Bourbon dont celle-ci, située dans le deuxième bureau de l'institution Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France
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La pendule permet d'engager le dialogue

La vie de Norbert Khidichian à l'Assemblée nationale regorge d'anecdotes. Comme ce jour où il déjeunait avec un député lorsqu'un autre élu, ennemi politique du premier, passe par là. "Le second s'est alors arrêté pour me saluer, et ces deux députés royalement opposés politiquement se sont dit bonjour, on a même fini par prendre le café tous les trois, on a bien sûr uniquement parlé de montres et d'horloges, mais quand même, alors que dans la vie courante ils se saluaient à peine, ce jour-là, ils ont partagé un moment ensemble", raconte l'horloger. 

La pendule n'a pas encore fait son temps

Certains politiques sont presque devenus des amis, avec d'autres il n'aura échangé que quelques mots, mais c'est aussi ce contact humain qui, en plus évidemment de sa passion absolue pour les pendules, fait que cet homme au doigté précis ne regrette pas son choix de carrière. Pourtant, à ses débuts en 1977, ce n'était pas franchement dans l'air du temps. "Quand le quartz est arrivé, se souvient Norbert Khidichian, j'étais has been. Tous mes camarades de classe faisaient du quartz, de l'électronique, des montres digitales. On ne me considérait pas, on ne me regardait même plus. Même au sein de ma famille, mes cousins me disaient 'tu es horloger, tiens j'ai une montre à pile', et je répondais que je ne savais pas faire, je faisais mes vieilles pendules, j'étais d'un autre siècle. Mais bon, j'ai fait mon petit chemin comme ça, et aujourd'hui, je suis là !", se réjouit le maître du temps .

Au moment où le disco est arrivé, j'étais encore avec mes vieilles montres et mes vieilles pendules.

Il est là, et il sait que la relève l'est également. D'abord à travers son fils, également devenu horloger. Ensuite avec son atelier qui attire, assure-t-il, de plus en plus de stagiaires et d'apprentis. Signe que, finalement, la pendule est encore loin d'avoir fait son temps. 

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