LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Pierre-Antoine Gourraud dans son bureau au CHU de Nantes le 23 septembre 2020. Il pose aux côtés d'un mannequin qui a servi aux premiers tests d'un respirateur artificiel conçu en temps record face à la crise sanitaire : le projet "Makair".

Pierre-Antoine Gourraud : l'intelligence artificielle face au Covid

5 min
À retrouver dans l'émission

Pierre-Antoine Gourraud est professeur de médecine au CHU de Nantes mais il n'a pas été au contact des patients pendant le pic de la crise sanitaire au printemps. Cet enseignant-chercheur passé par la Californie utilise la donnée et le numérique pour enrayer la pandémie.

Pierre-Antoine Gourraud dans son bureau au CHU de Nantes le 23 septembre 2020. Il pose aux côtés d'un mannequin qui a servi aux premiers tests d'un respirateur artificiel conçu en temps record face à la crise sanitaire : le projet "Makair".
Pierre-Antoine Gourraud dans son bureau au CHU de Nantes le 23 septembre 2020. Il pose aux côtés d'un mannequin qui a servi aux premiers tests d'un respirateur artificiel conçu en temps record face à la crise sanitaire : le projet "Makair". Crédits : Maxime Tellier - Radio France

On peut être professeur de médecine et enseigner à des étudiants du CHU de Nantes sans pour autant être au contact des patients. C'est le cas de Pierre-Antoine Gourraud, 41 ans, qui a pris la tête de la "Clinique des données" depuis 2016 dans cet établissement. Passé par la Californie et l'hôpital de San Francisco pendant 7 ans, ce Vendéen d'origine est revenu dans l'hôpital public français pour y travailler sur le numérique et ce qu'il peut apporter à la médecine et surtout aux patients. Mais en 2020, la pandémie de Covid-19 est venu tout chambouler : Pierre-Antoine Gourraud nous a raconté son quotidien et ses projets.

"Je suis agrégé de médecine, professeur des universités, praticien hospitalier mais je ne suis pas médecin. J'ai pourtant la responsabilité d'un service un peu particulier qui s'appelle la 'Clinique des données'", explique notre interlocuteur lorsqu'il nous reçoit dans son bureau du CHU de Nantes. "Désolé, je n'ai pas eu le temps de ranger", mais on lui pardonne volontiers tant son quotidien a été chamboulé ces derniers mois.

Fabriquer un respirateur collaboratif et libre de droits

"Quand cette crise Covid tombe sur le système de santé, on est très vite plongés dans l'incertitude. Et contre cela, il faut décider", raconte d'emblée Pierre-Antoine Gourraud, qui fait un parallèle entre mars dernier et ce qu'avait fait De Gaulle en 40. Face à la catastrophe annoncée, il faut agir. Et le premier projet dans lequel il se lance n'est pas mince : construire un respirateur artificiel et parer à la pénurie qui menace le système hospitalier. A priori rien à voir avec ses compétences mais qu'importe. "Je ne suis pas ingénieur biomédical, pas non plus spécialiste de réanimation ou de ventilation mécanique". Non, mais Pierre-Antoine Gourraud connaît du monde au sein de l'écosystème nantais de l'intelligence artificielle.

Pour afficher ce contenu Instagram, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Tout va très vite. Le 16 mars au soir, premier jour de l'immobilisation générale en France, il est contacté par un entrepreneur de start-up qu'il connaît bien, Quentin Adam. Le lendemain, la direction du CHU lui confirme que la pénurie de respirateur est un risque réel, en France mais surtout à l'étranger. "En trois jours, on met en place ce projet qu'on a appelé 'Makair' ("faire de l'air"), avec une organisation, des sous-groupes de travail, une gestion. On passe de 5 à 250 personnes associées en l'espace de dix jours. La machine est conçue en trois semaines avec une première expérience sur l'animal le 3 avril". Une chronologie complètement folle, dit-il aujourd'hui.

Le concept a été développé sur le principe de l'open source afin que ce matériel soit disponible partout dans le monde pour ceux qui voudraient le copier. "C'est une machine nouvelle génération, au sens où elle est extrêmement frugale, avec du matériel classique qu'il est facile de trouver en temps de crise : du tuyau, un recours massif à l'impression 3D..." Pendant ces semaines folles, il quitte "femme et enfants" pour vivre avec ceux qu'il considère aujourd'hui comme ses "frères d'armes" : confinés, à dormir 4 heures par nuit pour avancer. D'abord à Nantes puis à Grenoble où le CEA (Commissariat à l'énergie atomique) accueille l'équipe et met à disposition son savoir-faire industriel.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Le projet est soutenu par le ministère des Armées, le CHU, les collectivités locales, les startup... "En respectant la règlementation. Et nous sommes le seul projet au monde qui a abouti parmi la centaine d'initiatives pour créer des respirateurs, avec des grands noms qui ont essayé... Tesla, Dyson, McLaren... Notre collectif a réussi l'exploit d'une première mondiale. En juillet, l'Agence nationale de sécurité du médicament nous a donné l'autorisation de passer au test clinique sur l'Homme. A Nantes et Brest, une machine conçue avec de l'impression 3D en un temps record".

Passer de 5 personnes à 250 en dix jours, ça ne se fait qu'avec des méthodes qui sont celles de l'armée. C'est de l'ordre de déployer un hôpital militaire en campagne ou une opération en territoire étranger. C'est cette osmose que l'on a réussi et c'est ce que j'appelle l'axénophobie, l'absence de peur de ce qui est autre. La crise nous plonge dans un contexte hors normes et effectivement, je ne suis pas un spécialiste des dispositifs médicaux, mais j'ai une culture médicale qui me permet de diriger le projet, de donner les bons contacts. Et puis, j'ai des entrepreneurs extrêmement efficaces qui travaillent nuit et jour, qui ont les méthodes des start up. C'est finalement un Hackaton sur dix jours que l'on a réalisé en groupe, qui fait peut être le succès de la recette Makair avec ce ciment du logiciel libre, de l'Open Source, de l'open design qui fait qu'on est libre de regarder, de copier ce qu'on a fait, de poser des questions ou de proposer une alternative. C'est certainement un des ingrédients clés du succès de la célérité du projet Makair.

En cas de rebond pandémique grave, ce respirateur pourrait sauver des vies.

Prévoir et anticiper la pandémie

Mais "Makair" n'est pas le seul projet auquel a participé Pierre-Antoine Gourraud. En quelques mois, il s'est aussi lancé dans "Argos", un outil statistique qui permet de mesurer la progression de l'épidémie dans le grand ouest : simple (apparemment) et efficace, l'application présente un tableau de bord avec les courbes de fréquentation des urgences, du Samu, de SOS Médecins et des tests Covid des laboratoires de ville. "On prolonge les données auxquelles on a accès par des modèles mathématiques et des équations qui, le cas échéant, peuvent faire des prédictions. Et c'est toute la force de l'intelligence artificielle".

Les courbes sont mises à disposition des directeurs d'hôpitaux et des autorités pour anticiper et piloter au mieux le déconfinement ou le reconfinement : plan blanc, mobilisation des personnels, déprogrammation des opérations non urgentes... Le cas échéant. "Pour nous, c'est aussi un outil pour retourner au terrain, d'aller appeler nos collègues de SOS Médecins en disant : 'On voit ça dans les chiffres, quel est ton sentiment ?'''. Les données sont anonymisées, assure Pierre-Antoine Gourraud, et les patients doivent donner leur accord avant d'accepter, précise-t-il.

Pour afficher ce contenu Instagram, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

De cette période, il retient l'aventure humaine mais la fatigue aussi. "J'ai perdu une notion du temps dans cette mobilisation. J'ai dormi 4 heures par nuit pendant plus de 10 jours. Je crois que je n'avais jamais poussé mes limites physiques jusque là". Pour l'instant, Nantes a plutôt été épargné par la pandémie, tant pour la première vague que pour la seconde, qui ne sera pas comme en mars, prévient Pierre-Antoine Gourraud. "Pour l'instant, les tendances sont stables mais nous sommes très vigilants."

L'équipe
Journaliste
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......