LE DIRECT
Passé de l'ombre à la lumière, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l'OMS, navigue entre louanges et critiques.

Tedros Adhanom Ghebreyesus, la vigie éreintée de la santé

5 min
À retrouver dans l'émission

C'est aujourd'hui l'un des visages les plus familiers de la lutte contre le Covid-19. Depuis l'apparition du virus, le directeur de l'OMS, l'Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, donne la météo de la pandémie. Ce qui lui vaut autant de louanges que de critiques.

Passé de l'ombre à la lumière, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l'OMS, navigue entre louanges et critiques.
Passé de l'ombre à la lumière, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l'OMS, navigue entre louanges et critiques. Crédits : Fabrice COFFRINI - AFP

Depuis un an, le patron de l'Organisation mondiale de la santé prend la lumière. C'est cette surmédiatisation qui lui vaut de faire partie des 100 personnalités les plus influentes de l'année 2020, selon le magazine Time.

Une distinction pas si surprenante que ça quand on sait qu'en 2005 déjà, Bill Clinton qualifiait le Dr Tedros de véritable rock star en Afrique. À l'époque, celui-ci vient d'être nommé ministre de la Santé en Éthiopie. À son actif, on lui reconnaît d'avoir fait chuter la mortalité infantile. Il n'hésite d'ailleurs pas à rappeler qu'il a perdu un frère a cause d'une maladie infectieuse. Il a aussi endigué plusieurs épidémies de paludisme. Un combat devenu personnel.

En Éthiopie, des agents de vulgarisation en santé en formation continue. On doit à Tedros Adhanom Ghebreyesus la formation de 38 000 de ces médiateurs sanitaires.
En Éthiopie, des agents de vulgarisation en santé en formation continue. On doit à Tedros Adhanom Ghebreyesus la formation de 38 000 de ces médiateurs sanitaires. Crédits : One

C'est ce qu'il expliquait en 2016 au moment de présenter sa candidature à la tête de l'OMS : "J'ai vu de mes propres yeux l'état dramatique dans lequel étaient les malades. Et j'ai été témoin de nombreuses morts. Ça a été un moment très triste pour moi. Encore aujourd'hui, je reste marqué par ce qui s'est passé à cette époque. Nous avons réussi à contrôler l'épidémie en trois à quatre semaines."

Parce que beaucoup de gens contractaient le paludisme, j'ai moi-même été malade. Tout cela a nourri en moi une véritable envie d'en découdre avec le paludisme. Et de manière générale, avec toutes les épidémies.

Une déclaration quasi-prophétique quand on connait la suite. Et qui vise aussi à convaincre l'OMS qu'il est le meilleur candidat pour le poste. Alors que l'organisation n'a pas su gérer la crise de l'Ebola en Afrique de l'ouest. En 2017, le Dr Tedros devient donc le premier Africain élu à la tête de l'OMS. Grâce au soutien des pays Africains mais surtout de la Chine, de plus en plus influente au sein des agences onusiennes.

Et c'est en Chine que le Covid-19 fait son apparition fin décembre 2019. Officiellement, l'OMS est immédiatement alertée par Pékin. On sait depuis qu'en interne, l'organisation se plaint de n'être informée qu'en même temps que la télévision d'État chinoise. Le 30 janvier, après quelques jours d'hésitation, le Dr Tedros sonne l'alerte rouge :

Je déclare une alerte sanitaire de portée mondiale au sujet de l'épidémie du nouveau coronavirus.

Géopolitique sanitaire

C'est là que le soutien chinois au Dr Tedros deviendra vite encombrant. Et la réciproque est aussi vraie. Notamment parce que le patron de l'OMS va multiplier les propos élogieux à l'égard de Pékin et de Xi Jinping : "Le niveau d'engagement de la Chine est incroyable. Certains, sur les réseaux sociaux me critiquent parce que j'ai salué l'action de la Chine mais je le referais encore et encore. Parce que la Chine est en train d'empêcher que le virus ne se propage à d'autres pays. C'est ça la vérité. » 

À Pékin, le 28 janvier, le patron de l'OMS est reçu par le president Xi Jinping, qui vient d'appeler les Chinois à restreindre leurs déplacements.
À Pékin, le 28 janvier, le patron de l'OMS est reçu par le president Xi Jinping, qui vient d'appeler les Chinois à restreindre leurs déplacements. Crédits : Naohiko Hatta - AFP

À Washington, les mots du Dr Tedros ne passent pas. Donald Trump qualifie l'OMS et son directeur de "marionnette de la Chine". En mai, le président américain décide de retirer les États-Unis de l'organisation. Sa justification ? "La Chine a un contrôle total sur l'OMS. Parce que l'organisation n'a pas voulu se réformer comme nous lui avons demandé, nous mettons fin à notre collaboration avec l'OMS et nous redirigerons notre argent vers d'autres urgences sanitaires publiques mondiales."

Le bras de fer est engagé. Mais le patron de l'OMS, qui est réputé pour être chaleureux, dans l'empathie, hausse le ton face à Donald Trump. Mais sans jamais le nommer :

S'il vous plaît, cessez de politiser le coronavirus. Si vous voulez avoir plus de cercueils, alors allez-y... Pour l'amour de Dieu, nous avons déjà perdu plus de 60 000 personnes. Il y a plus d'un million de cas. Est-ce que ce n'est pas assez ?

Notoriété dangereuse

La pandémie, autant que les attaques de Donald Trump peut-être, propulsent donc Tedros Ghebreyesus dans la lumière. Toutes ses déclarations sont passées au crible. Ses actions passées également.

Des ONG lui reprochent d'avoir couvert trois épidémies de choléra en Éthiopie quand il était ministre. On reparle de sa complicité supposée dans les exactions du régime éthiopien à l'époque où il était ministre des Affaires étrangères. Un général éthiopien l'accuse même d'avoir livré des armes dans sa région natale du Tigré, en guerre avec le gouvernement central. Il nie en bloc ces accusations. Et fait face aux critiques :

Je peux vous parler des attaques personnelles que je reçois depuis un certain temps... Des insultes, des propos racistes... Noir... Négro... J'ai même reçu des menaces de mort. Franchement, je m'en fous... 

Héraut de la santé mondiale ou suspect numéro un ? Chacun se fera son avis. Mais c'est un fait que Tedros Adhanom Ghébréyesus est aujourd'hui aussi connu qu'une rock star. Et plus seulement en Afrique.

L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......