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Ugo Garrido dans les années 60 (photo issue des archives de la famille)

Ugo Garrido : l’ex jongleur star oublié

4 min
À retrouver dans l'émission

Ugo Garrido. Ce nom ne vous dit rien. Et pourtant, il y a 60 ans, l'homme est une vedette internationale du jonglage. Âgé de 85 ans, c'est à Cannes qu'on le retrouve, où sa famille s'est fixée une mission : que l’on reconnaisse de nouveau le talent de celui qui jouait de la massue comme personne.

Ugo Garrido dans les années 60 (photo issue des archives de la famille)
Ugo Garrido dans les années 60 (photo issue des archives de la famille)

Pas facile d’interroger Ugo Garrido. Bien calé dans son canapé, le grand-père n’est pas bavard. Sa carrière a pourtant duré plus de vingt ans, de 1951 à 1974, et elle l’emmène aussi loin que l’Amérique, l’Australie, l’Afrique du Sud ou le Japon. Alors des souvenirs, il en a mais “ils sont un peu effacés” assure-t-il. Peut-être… L’homme, espagnol par sa mère, italien par son père, issu de plusieurs générations d’artistes est surtout trop modeste. À peine ose-t-il souffler qu’en 1960 lui et ses massues font la première partie d’Édith Piaf à l’Olympia : “On était engagés pour cinq semaines mais on a eu tellement de succès qu’ils ont prolongés, on a fait trois mois et demi !”.  

De son passé de star du jonglage Ugo Garrido n'a gardé qu'une massue
De son passé de star du jonglage Ugo Garrido n'a gardé qu'une massue Crédits : DR

Il partage aussi l’affiche avec Zizi Jeanmaire, Jacques Brel ou Josephine Baker. En 1961, au Prince of Wales Theatre de Londres, c’est devant la Reine d’Angleterre Elizabeth II qu’il jongle, ce soir-là, il croise Shirley Bassey et Sammy Davis Jr. Alors qu’à la télé aux États-Unis il fait pas moins de onze fois le fameux Ed Sullivan show. Et qui vient le féliciter à la fin d’un spectacle à Paris dès 1957 ? Un certain Charlie Chaplin : “J’ai aimé ça” réagit-il simplement.  

Ugo Garrido en compagnie du présentateur Ed Sullivan dans les années 60 (photo fournie par la famille)
Ugo Garrido en compagnie du présentateur Ed Sullivan dans les années 60 (photo fournie par la famille)

Voilà, Ugo Garrido le réservé n’en dira pas plus. Il préfère volontiers que l’on regarde les quelques vidéos qu’il conserve précieusement dans son ordinateur. Comme par exemple cette “Piste aux Étoiles” enregistrée au Cirque d’Hiver à Paris en 1970. “Un grand poète français, bien connu, jonglait avec les vers, c’était Hugo Victor” lance le présentateur Roger lanzac, “un grand artiste espagnol jongle avec des massues, c’est Ugo Garrido !”. 

Ugo Garrido et sa femme Mona dans les années 60 (photo issue des archives de la famille)
Ugo Garrido et sa femme Mona dans les années 60 (photo issue des archives de la famille) Crédits : DR

Un bolero qui brille, un pantalon près du corps, sur la piste, Ugo à des airs de matador. Sauf qu’ici, pas de banderilles mais des massues, en liège et en bois, trois - toujours trois - qu’il fait valser avec ses mains et, surprise à l’époque, avec ses pieds avec une grâce et une dextérité déconcertantes sans jamais, perfectionniste qu’il est, perdre le rythme de l’orchestre ni quitter son sourire. “Il était beau mon mari quand il était jeune !”, s’amuse Mona, son épouse, que l’on aperçoit aussi sur l’archive à ses côtés, fière. Admiration aussi de sa fille, Yana : 

Si on regarde son numéro, c’est très technique. Il n’y a que trois massues mais si on regarde bien, il fait des miracles ! Ah je vous le dis, je suis très fan ! Et il n’était pas seulement performant en tant que jongleur, en plus il était “artiste”, c’est-à-dire qu’il était comme un danseur - le regard, la position, le geste - et c’est pour ça qu’il faisait partie des meilleurs parce qu’on peut être un très bon jongleur mais ne pas être artiste et on peut être artiste mais ne pas faire grand chose en jonglage. Mon père avait les deux !.

La preuve avec ces dizaines de coupures de presse collectionnées au fil des années. “Il faut le voir pour le croire” écrit notamment un journaliste il y a plus de soixante ans. 

Ugo Garrido et Jacques Brel sur la même affiche pour un spectacle à l'Olympia en 1964 (archive fournie par la famille)
Ugo Garrido et Jacques Brel sur la même affiche pour un spectacle à l'Olympia en 1964 (archive fournie par la famille)

Aujourd’hui, c’est tout ce passé flamboyant que Dana, la petite fille d’Ugo Garrido, veut déterrer. Car “sur internet, on trouve peu choses sur lui et surtout beaucoup de bêtises” assure-t-elle. Ce qu’elle souhaite à présent : créer un site dédié à son grand-père, de la première massue qu’il touche à l’âge de 10 ans alors qu'il s'appelle encore Ugo Frediani à cet accident qui lui fait tout arrêter en 1974. Entre les deux, conclue Dana qui se voit bien chanteuse sur scène plus tard, c’est trop riche pour ne pas être raconté : 

Tous ses souvenirs, pour moi, c’est une mine d’or, ce sont des choses qui n’ont pas de prix. Et je pense que c’est aussi pour ça que je voulais absolument que maintenant, en 2021, les choses qu’il a faites soient dites et vraiment reconnues. Je veux rétablir l’art qu’est le jonglage et tout ce qu’il a fait dans sa carrière, la grandeur que c’est pour moi. Et ça me donne envie de faire pareil. En fait mon grand-père, c’est mon exemple.

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