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Incendie du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897.

Cent vingt ans plus tôt : les angoisses de la décadence

59 min
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Les dernières années du XIXe siècle voient triompher la République. Mais la victoire des républicains et l'apothéose d'une nouvelle civilisation font naître un sentiment profond de décadence. Écrivains, publicistes et journalistes rivalisent de pessimisme sur les temps modernes.

Incendie du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897.
Incendie du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897.

Il n’est pas nécessaire d’avoir l’oreille très fine pour entendre s’exprimer bruyamment depuis dix ou quinze ans cette récidive de nos démocraties : la hantise de la décadence de la France parmi les nations. Analyses chagrines, déplorations obsessionnelles, prédictions catastrophiques, n’ont pas cessé de faire florès parmi divers secteurs de la vie intellectuelle. Ces douleurs affichées se nourrissent de l’épuisement de l’espoir dans un monde meilleur, d’une angoisse devant les effets d’une évolution des sciences et des techniques échappant à toute maîtrise, de la conviction d’un déclin de la civilisation occidentale, d’une impuissance ressentie à transmettre par l’éducation l’héritage de valeurs lentement forgées dans le passé. Eh bien, sans qu’on prétende nier les intenses préoccupations que peuvent faire naître les mutations au travail sur la planète, et dans notre pays en particulier, on éprouve souvent le goût, pour raison garder, pour sauvegarder l’optimisme de l’énergie, pour s’assurer que le pire n’est pas certain, de se reporter à d’autres moments où prospérèrent semblablement des pessimismes qui apparaissent, avec le recul, largement exagérés, et pour beaucoup démentis. Une belle occasion m’en est offerte par le livre que Michel Winock consacre aux années qui courent de 1880 à 1900, sous le titre fort parlant de Décadence fin de siècle. Il s’agit du temps d’un temps où la Troisième République, fondant son assise neuve sur l’espoir d’un progrès politique, scientifique, économique et culturel, vit simultanément proliférer, parmi les écrivains et parmi les publicistes, un climat marqué par les formes multiples d’une désespérance. Michel Winock est devant moi. Haut les cœurs ! Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore :

- Évocation des années 1880-1900 par Jules Romains, 26 novembre 1949.

- Lecture d’un court extrait de L’Invasion de Louis Bertrand (1907), par Alain Rimoux, dans l’émission « Frissons fin de siècle » de Jean-Pierre Rioux, sur France Culture, le 31 juillet 1990.

- Lecture d’un extrait du livre A Rebours de Joris-Karl Huysmans, dans l’émission « Les matinées de France culture », le 22 novembre 1984.

- Lecture d’un extrait de Germinal d’Emile Zola (1885), par Roger Blin, dans l’émission Analyse spectrale de l’Occident de Pierre Sipriot, le 12 novembre 1966.

- Lecture d’un extrait de la lettre ouverte de protestation contre la Tour Eiffel publiée dans le journal Le Temps le 14 février 1887, par Claude Piéplu dans l’émission « Les après-midi de France culture », le 9 mars 1979.

- Témoignages de deux femmes sur l’incendie du Bazar de la Charité, interviewées par André Gillois, dans l’émission « Soyez témoins » le 2 mai 1956.

Bibliographie :

- Michel Winock, Décadence fin de siècle, Gallimard, 2017.

- Michel Winock, Clemenceau, Perrin, 2007, rééd. Tempus, 2011.

- Michel Winock, Flaubert, Gallimard, 2013, rééd. Folio 2015.

- Jean-Pierre Rioux, Chronique d’une fin de siècle. France 1889-1900, Seuil, 1991.

- Robert Baldick, La vie de Karl-Joris Huysmans, Denoël, 1958.

- Eugen Weber, Fin de siècle, Fayard, 1986.

Bibliographie

Clemenceau

ClemenceauMichel WinockTempus Perrin, 2011

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