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Le tremblement de Terre de Lisbonne en 1755, peint par Joao Glama (1708-1792)

La Terre, un si long mystère

58 min
À retrouver dans l'émission

Le nouvel ouvrage d'Alain Corbin s'emploie, dans un effort paradoxal, à savoir ce que jadis l’on ne savait pas. Autrement dit, à proposer une histoire de l’ignorance, une exploration des lacunes, un inventaire du vide.

Le tremblement de Terre de Lisbonne en 1755, peint par Joao Glama (1708-1792)
Le tremblement de Terre de Lisbonne en 1755, peint par Joao Glama (1708-1792) Crédits : DeAgostini/Getty Images - Getty

C’est toujours un bonheur d’accueillir Alain Corbin à ce micro, comme je le fais ce matin. Son œuvre d’historien, qui a fait école, a ouvert une quantité de champs nouveaux à la curiosité et à la recherche, du côté des sensibilités individuelles et collectives. Le moindre de ses exploits n’est pas d’avoir braqué son attention, à diverses reprises et non sans audace, sur ce qui paraissait ne pas pouvoir exister pour la mémoire. Il nous a offert naguère un livre devenu fameux qui redonnait vie à un personnage dont on ne savait rien d’autre que son nom, piqué avec une épingle au hasard d’un registre. Celui-là, sabotier analphabète de la région du Perche, s’appelait Louis-François Pinagot et il a trouvé une notoriété posthume dont son ombre demeure probablement stupéfaite. 

Eh bien ! on inscrira dans la même ligne le nouvel ouvrage d’Alain Corbin, qui déploie un effort paradoxal pour s’attacher à savoir ce que jadis l’on ne savait pas. Autrement dit, à proposer une histoire de l’ignorance, une exploration des lacunes, un inventaire du vide. « Ah ! s’écriait un personnage de Jules Verne, quelles centaines de volumes on pourrait faire avec tout ce qu’on ne sait pas ! » En tout cas, en voici un, et de belle facture… Et puisque l’auteur devait choisir un « angle », comme on dit dans le journalisme, il a décidé de s’attacher à tout ce que les hommes ont méconnu de notre planète, aux XVIIIe et XIXe siècles. Le titre s’imposait, Terra incognita. Son propos n’exclut pas, bien sûr, chemin faisant, l’inventaire d’un fourmillement d’hypothèses erronées, dont la restitution peut être tout à la fois réjouissante et éclairante. J’ajoute que nous allons prendre une leçon de modestie, du haut de notre époque, car des va-et-vient avec elle donnent beaucoup de relativité aux découvertes contemporaines. L’ignorance n’est pas morte. Et souvent même, elle prospère.

Archives sonores

  1. Lecture du poème Vents tiré du recueil Vents (1946) de Saint-John Perse, lu par Alain Cuny sur France Culture en novembre 1975 dans une émission en hommage à Saint-John Perse.
  2. Lecture par Emmanuel Lemire du poème de Voltaire Désastre de Lisbonne (1756) dans l'émission de Stéphane Deligeorges "Continent Sciences" sur France Culture le 7 mars 2006.
  3. Extrait du Voyage dans les Alpes (1780) d'Horace Benedict de Saussure lu par Philippe Magnan dans l'émission "Le cabinet de curiosités" sur France Culture le 6 avril 1998.
  4. Lecture par Thibault de Montalembert d'un extrait des Travailleurs de la mer (1866) de Victor Hugo dans l'émission d'Aurélie Luneau "La marche des sciences" sur France Culture le 31 décembre 2015.
  5. Lecture d'un extrait de Vingt mille lieues sous les mers (1869) de Jules Verne où il est question du Gulf Stream, dans l'émission d'Antoine Perraud "Tire ta langue" sur France Culture le 29 mars 2005.

Bibliographie

  • Alain Corbin, Terra incognita. Une histoire de l'ignorance, Albin Michel, 2020
  • Alain Corbin, Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot. Sur les traces d'un inconnu, 1798-1876, Flammarion, Champs, 1998
  • Alain Corbin, Le territoire du vide. L'Occident et le désir du rivage, 1750-1840, Flammarion, Champs, 1990
  • Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire des émotions (3 volumes), Seuil, 2016
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