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Transfert de la dépouille d'Emile Zola au Panthéon en 1908.

L'écrivain national : figure tutélaire, construction sociale

58 min
À retrouver dans l'émission

Au moment où s’achève la commémoration de la Grande guerre, le président de la République a décidé le transfert au Panthéon des cendres de Maurice Genevoix, conférant de la sorte à l’auteur de "Ceux de 14", un glorieux label national.

Transfert de la dépouille d'Emile Zola au Panthéon en 1908.
Transfert de la dépouille d'Emile Zola au Panthéon en 1908. Crédits : Agence Rol — Bibliothèque nationale de France

Au moment où s’achève, le plus logiquement du monde, la commémoration de la Grande guerre, le président de la République, en plein usage d’un des pouvoirs les plus régaliens et solitaires qui soient, a décidé le transfert au Panthéon des cendres de Maurice Genevoix et il a choisi l’endroit même, dans ce temple de la République, où elles seraient précisément déposées. 

La cérémonie aura lieu dans quelques semaines et il m’a paru qu’il serait stimulant de s’interroger, un peu en avance, sur les ressorts de cette parousie d’un écrivain particulier, l’auteur de Ceux de 14, à qui va être conféré de la sorte un glorieux label national.  

« L’écrivain national », voilà bien une figure qui pose toutes sortes de questions historiques, celles mêmes que vient d’aborder, dans un livre précieux, mon invitée Anne-Marie Thiesse, directrice de recherches au CNRS. 

Cette figure est doublement ambivalente. Elle porte à l’extrême la dualité de la plus exceptionnelle individualité et de la quintessence d’une nation. Et d’autre part elle incarne une tension entre l’œuvre d’un génie original, enraciné dans un pays spécifique, et la dimension universelle sans laquelle il n’exprimerait pas autre chose qu’un égotisme collectif voué au repli sur soi et, en somme, à une façon de rabougrissement. 

Une figure dont il va falloir considérer à la fois l’émergence, à partir surtout du XIXe siècle, et les multiples avatars au siècle suivant, au cours de laquelle elle a été mobilisée, tout autour de la planète, de régime en régime, au service des causes les plus diverses et parfois les moins honorables. A côté d’un sacre démocratique dans les pays de liberté, des instrumentalisations souvent fétides ont en effet surgi dans les régimes d’oppression. Je vous propose un inventaire historique. 

Avec à la clef, forcément, une réflexion sur la responsabilité des auteurs eux-mêmes parmi ce tohu-bohu.

Archives sonores

  1. Conférence de presse du général de Gaulle le 15 mai 1962, à propos de l'Europe des Six.

  2. Adaptation radiophonique de La chanson de Roland par René Louis dans "Analyse spectrale de l'Occident", une émission du 30 décembre 1958.

  3. Souvenirs du poète et académicien Fernand Gregh sur les funérailles de Victor Hugo (1885), sur la chaîne nationale le 11 mai 1951.

  4. Hymne sur la translation de Voltaire au Panthéon en 1791, composé par François-Joseph Gossec. Paroles de Joseph-Marie Chénier.

  5. Lecture du poème "Ballade de celui qui chante dans les supplices", de Louis Aragon, dans le recueil L'honneur des poètes publié en 1943, lu par Jean Villar.

  6. Conférence de Jean-Paul Sartre sur "la responsabilité de l'écrivain" à la Sorbonne donnée le 1er novembre 1946 sur la chaîne parisienne.

Bibliographie

  • Anne-Marie Thiesse, La Fabrique de l'écrivain national : Entre littérature et politique, Gallimard, septembre 2019
  • Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales, Europe (XVIIIe-XXe), Paris, Seuil, Point Histoire , 1999
  • Régis Debray, Du génie français, Paris, Gallimard/L'Infini, 2019
  • Antoine Compagnon, La Grande guerre des écrivains : d’Apollinaire à Zweig, Paris, Gallimard, 2014
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