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Rencontre spirite dans un salon parisien, 1853. Communiquer avec «l'autre côté» au moyen du chapeau, de la table tournante et du pendule (gravure extraite de L'Illustration)

Les spectres : hantises et résurgences

59 min
À retrouver dans l'émission

Les spectres, les fantômes sont toujours parmi nous, vivaces et multiformes. De la Renaissance aux Lumières, on avait cru déjà pouvoir les refouler. En vain, comme aujourd’hui.

Rencontre spirite dans un salon parisien, 1853. Communiquer avec «l'autre côté» au moyen du chapeau, de la table tournante et du pendule (gravure extraite de L'Illustration)
Rencontre spirite dans un salon parisien, 1853. Communiquer avec «l'autre côté» au moyen du chapeau, de la table tournante et du pendule (gravure extraite de L'Illustration)

Pendant longtemps, on nous l’a baillé belle : nos XXe et XXIe siècles, grâce à la science en marche, auraient été voués à refouler les sottises du paranormal dans le grand cimetière des absurdités primitives dont les certitudes savantes étaient assurées de triompher. Le « désenchantement du monde » aurait conforté à coup sûr les bases de notre modernité. Disparus donc les spectres, pouvait-on croire, ces ultimes témoins dérisoires d’une mentalité primitive. Nul vrai dialogue désormais entre les vivants et les morts, en-dehors des seules fidélités asymétriques, par-delà la tombe, de l’admiration, de la haine ou de la tendresse. 

Et pourtant… Quel étonnement ce peut être aujourd’hui pour les malheureux prophètes de la raison triomphante que de constater que les fantômes pullulent autant que jamais dans notre alentour. Chez les enfants bien sûr, au moment par exemple d’Halloween, avec le tourbillon de ses cavaliers sans tête. Mais tout autant dans l’univers de nous autres grandes personnes, comme on est convenu de dire. Les jeux vidéo, le cinéma, la bande dessinée et plus encore Internet sont des machines à produire des revenants. Tandis qu’une presse populaire, où l’on se montre gourmand de cette fantasmagorie, nourrit régulièrement le mythe des maisons hantées et des tables tournantes. Or, il se trouve qu’il a déjà existé une longue période antérieure, qui court de la Renaissance aux Lumières, où se dessina ce même contraste entre l’effort de rationalisation, y compris au cœur de la foi chrétienne, et la permanence de croyances immémoriales portant des spectres en profusion. 

Caroline Callard, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, s’est attachée avec brio à faire resurgir cela dans un ouvrage récent. Il convenait donc que je vous fasse profiter de sa quête sagace et subtile et que je l’invite pour vous ce matin.

Archives

  1. Reportage sur les reliques d'âme au purgatoire dans une église romaine, présenté par Jacques Hébert le 6 juin 1976 sur Tf1.

  2. Lecture d'un extrait de l'Iliade, livre 23, le fantôme de Patrocle apparaît à Achille, lu dans une émission des Chemins de la connaissance le 12 mars 2001.

  3. Extrait de l'acte I scène 1 d'Hamlet jouée au Festival de Sarlat et retransmise sur la RTF le 5 septembre 1959.

  4. Chanson La queue du chat composée par Robert Marcy et interprétée par les Frères Jacques en 1958.

  5. Extrait des Mémoires d'outre-tombe, où Chateaubriand se souvient des fantômes de son enfance dans le château de Combourg, lu par Robert Arnaut sur France Inter le 1er janvier 1997.

Bibliographie

  • Caroline Callard, Le Temps des fantômes - Spectralités de l'âge moderne (XVIe-XVIIe), Fayard, 2019
  • Caroline Callard, Le Prince et la République. Histoire, pouvoir et société dans la Florence des Médicis au XVIIe siècle, Presses de la Sorbonne, 2007.
  • Stéphanie Sauget, Histoire des maisons hantées. France, Grande-Bretagne, Etats-Unis - 1780-1940, Paris, Tallandier, 2011.
  • Les âmes errantes : fantômes et revenants dans la France du XIXe siècle, Mireille Berton, Jacqueline Carroy, Guillaume Cuchet... [et al.] ; sous la direction de Stéphanie Sauget.
Intervenants
  • Historienne, maîtresse de conférence habilitée à diriger des recherches à Sorbonne-Université.
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