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Caricature de l’arbre de Cracovie représentant divers types peu probables, dont des nouvellistes sans partialité

L'histoire vraie des fausses nouvelles

59 min
À retrouver dans l'émission

Les "faits alternatifs" ne débutent pas avec Donald Trump et internet. Retour sur la longue histoire de la désinformation , avec le directeur des bibliothèque de Havard, Robert Darnton.

Caricature de l’arbre de Cracovie représentant divers types peu probables, dont des nouvellistes sans partialité
Caricature de l’arbre de Cracovie représentant divers types peu probables, dont des nouvellistes sans partialité Crédits : auteur inconnu, XVIIIe siècle via Wikipédia

Ce fut un grand moment – un moment mémorable en tout cas – dans l’histoire de la communication gouvernementale. Quelques jours après l’intronisation du président américain Donald Trump, sa conseillère Kellyanne Conway, contredite par la presse à propos du décompte de la foule présente à Washington ce jour là, qu’elle gonflait démesurément, expliqua froidement que ce chiffre était impossible à établir et parla, selon une formule immortelle, de « faits alternatifs ».  

"Fake news"

Certains commentateurs ironisèrent, observant qu’on serait entré dans une ère de, je cite, « post-vérité ». Mais naturellement des historiens surgirent aussitôt, conformément à leur habitude et à leur vocation, pour rappeler que les fake news, les fausses nouvelles délibérément propagées à des fins politiques, étaient aussi anciennes que le gouvernement des hommes. Dans le journal Le Monde, Robert Darnton a publié, le 21 février dernier, un article à ce sujet, illustrant la concordance des temps, article qui ne pouvait que me faire dresser l’oreille. Je l’ai donc aussitôt convié et je suis heureux que, se trouvant à Paris, il ait bien voulu, une nouvelle fois, venir à mon micro. Car il figure au premier rang de ces savants américains qui se sont attachés à notre passé national, au fil de travaux éclatants consacrés notamment à l’opinion publique, en France, au XVIIIe siècle.  

Il a été Professeur à l’université de Princeton, puis à celle d’Harvard, et il a dirigé pendant plusieurs années la Bibliothèque Widener, l’une des plus grandes du monde, d’où il a lancé un vaste projet de numérisation de l’héritage culturel de l’Occident. Il est aujourd’hui membre à Paris de l’Institut d’études avancées. Vraiment, the right man in the right place, pour nous aider à considérer de remarquables échos du passé au présent quant à la genèse des fausses nouvelles, leurs circulations entravées ou irrépressibles et leurs conséquences politiques et morales dans l’équilibre des sociétés.

PROGRAMMATION SONORE

- Lecture d’un extrait de la correspondance de l’Arétin, lu par Jean-Luc DEBATISSE, dans « Une vie, une œuvre », sur France Culture, le 16 juillet 2000.

- Chanson « Sur Madame de Pompadour », écrite en 1749 par le comte de Maurepas et interprétée en 1959 par Paul BARRE.

- Chronique de Jean OBERLE dans « Paris vous parle », 19 janvier 1945.

- Chanson « C’est la rumeur publique » par Ray VENTURA et ses collégiens, en 1936.

- Hommage de Léon BLUM à Roger SALENGRO, 1936.

BIBLIOGRAPHIE

- Robert DARNTON, L’Affaire des quatorze. Poésie, police et réseaux de communication à Paris au XVIIIe siècle, Gallimard, 2014.

- Robert DARNTON, De la censure. Essai d’histoire comparée, Gallimard, 2014.

- Robert DARNTON, Le Diable dans un bénitier. L’art de la calomnie en France, 1650-1800, Gallimard, 2010.

- Marc BLOCH, Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de guerre, Allia, 2012.

Intervenants
  • Historien américain, spécialiste des Lumières et de l'histoire du livre sous l'ancien régime. Ancien directeur de la Harvard University Library.

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