LE DIRECT

Radio América, un road trip musical (4/5)

58 min
À retrouver dans l'émission

4. Ils au pluriels, hip hop et Queer cow-boys Avec l’arrivée d’Omar, personnage culte de la série culte The Wire sur les écrans américains, l’image du cow-boy urbain a changée. Même Barak Obama avoue sa fascination pour cette série signée par l’ancien journaliste,David Simmons. Le personnage préféré du Président est bien sûr Omar. Omar est un dealer solitaire qui se ballade avec décontraction dans les Project (les cités et autres quartiers désaffectés) de Baltimore, en grand imper, clope au bec, et arme automatique à la main. Mais surtout dans ce grand Far-Ouest urbain sans foi ni loi, sans feu ni lieu, de Baltimore, il assume son homosexualité.

Le succès de cette série qui, de saison en saison, passe au crible le travail des policiers, le quotidien de dealers et de camés, l'anarchie en vigueur dans les établissements scolaires, l'inertie de l'administration municipale, avec un réalisme rarement vu à la télévision, et un héro terriblement virile et gay, nous a poussé vers Baltimore, et notamment vers les vogueurs de Baltimore, photographiés par Frédéric Nauczyciel.

Etre vogueur , c’est faire partie de la scène du voguing, c’est savoir danser, mais surtout savoir briller face à un public, savoir, avec les artifices du bal, être soi, être real , être vrai sur la piste. On connait le voguing (danse dont le nom est censé avoir inspirée par les poses du magazine Vogue, reprises par les prisonniers et la communauté noire homosexuelle de New York) surtout par le clip de Madonna et le film « Paris is Burning ». Mais à Baltimore, on vogue encore, dans les « balls », ces concours qui mêlent danse et travestissement dans une ambiance difficile à décrire.

Il y a les costumes, les paillettes et les poses, les attitudes et les modes, il y a les jurés, et les prix… Et à côté du ball , il y a aussi la vraie vie. Il y a surtout les rêves de ces vogueurs qui inventent une nouvelle identité pas encore répertoriée sur les avenues rectilignes et dans le béton de la ville. Leur rêves sont pourtant moins extravagants que les poses de bal : avoir une maison et un boulot, ouvrir une maison de retraite pour ceux qui ne peuvent plus bouger leur corps, passer inaperçu ou tout simplement être soi.

Parce que les infrabasse du ball saturent les micros et que les défis survitaminent les esprits, on circulera autour du bal, à la périphérie de la musique et des corps, sur les parking et dans les backyard, là où l’on se raconte plus que l’on ne se montre… avec cette musique emblématique de Baltimore en fond sonore ou au premier plan. Plus qu’un événement communautaire, la balls , ses codes, son vocabulaire et sa realness (sa réalité), sont devenus une culture qui inspire la musique et le son unique de Baltimore, et notamment des artistes comme Abdu Ali.

Après cette soirée qui questionne les identités et les genres, nous partirons vers la Nouvelle-Orléans …

Il semble loin le temps où Eminem lâchait ses “faggots” (”tapette”) et voulait « casser le bas du dos » des homosexuels. Si le voguing a fait beaucoup pour légaliser le black and gay is beautifull , à la Nouvelle-Orléans, le Bounce a aussi boosté une autre vision de l’identité masculine, dans la fièvre de soirées unique au monde.

Ce qui semblerait inconcevable dans la plupart des villes est tout ce qu’il y a de plus ordinaire à La Nouvelle-Orléans.

Plus de 300 personnes attendent le concert de Big Freedia, superstar du “bounce” – une version made in Nouvelle-Orléans du hip-hop. Freedia qui, le jour, travaille comme architecte d’intérieur, se produit cinq ou six soirs par semaine, souvent plus d’une fois par nuit, et de plus en plus en dehors de La Nouvelle-Orléans. 
Son tube : une version bien vitaminée de Rock Around the Clock , de Bill Haley. On est loin du rock de papa.

Et Freedia fait danser les filles et les garçons, le plus souvent dos à dos, penchés en avant, et bougeant les hanches de haut en bas aussi vite qu’il est humainement possible. D’autres danseurs posent les mains au sol et se livrent au pussy-poppin [littéralement remuer le cul de l’avant vers l’arrière avec les mains au sol et les jambes écartées].

Pour le reste, il est surtout question de sexe et les paroles des chansons sont si souvent obscènes qu’elles ont contribué à empêcher la bounce music de s’exporter hors de La Nouvelle-Orléans. 
L’écrasante majorité des artistes de la scène bounce était hétéros. Mais, il y a douze ans, une jeune drag-queen du nom de Katey Red avait fait scandale en s’emparant du micro dans un club phare de l’underground de la Louisiane. C’est pendant cette soirée qu’un sous-genre de la bounce est né. 

Même si la culture hip-hop est l’une des plus scandaleusement homophobes, la Nouvelle-Orléans fait preuve d’une tolérance légendaire à l’égard des fusions improbables, et aujourd’hui Katey Red et une poignée d’autres artistes comme Big Freedia, Sissy Nobby, ou Vockah Redu, sont non seulement des piliers de la scène bounce , mais aussi les première à avoir assumer hip hop et identité neuve, même si elle réfute l’étiquette souvent collée à leur musique, sissy bounce [littéralement, “bounce des tapette”]. Il ne leur restent que leurs paroles, on ne peut plus claires (“Je suis un pédé sous pression/Quand on aura fini, pose mon fric sur la commode” ), Mais comme elles l’expliquent, en bonnes rappeuses, elles ne font que s’inspirer de la vie quotidienne, comme n’importe quel confrère MC rappeur.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Malgré le succès de la bounce , il aura fallu quelques années pour que le queer rap explose. Ces deux dernières années aux Etats-Unis, de nouvelles stars qui parlent cru, mélangent les genres et surtout assument, sont apparues, parmi elles, il y a notamment MYKKI BLANCO, AZEALIA BANKS, ZEBRA KATZ, ANGEL HAZE, LE1F, ou CAKES DA KILLA

Avec, Angel Haze, on est bien loin de la soirée survoltée de Nouvelle-Orléans, c’est pourtant là qu’une autre star, Franck Océan, a débarqué en provenance de Los Angeles. Il y a enchaîné les boulots alimentaires, il a lavé des voitures, promené des chiens, tondu des pelouses. Histoire de bricoler un studio et un premier album.Dans son studio, détruit par l’ouragan Katrina en 2005, Franck Océan enchaîne les expérimentations solitaires pour en sortir Channel Orange , un disque ovni qui donne la chair de poule et confond les genres, hip hop, soul électro, bruitiste ou même rock, et bouscule les clichés. De quoi se obtenir la bénédiction de poids lourds du hip hop, comme Jay-Z et Kanye West, qui l’on invité sur quelques unes de leurs productions. Et avec Channel Orange , ce disque inclassable, Franck Océan a aussi brisé un tabou : il a révélé son homosexualité sur internet, un coming-out audacieux. Oui, Frank Ocean aime les garçons, il l’a dit bien fort et le message est passé…

C’est à ce demander si après le succès inattendu de Blue is The Warmest Color aux Etats-Unis (le film La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche), Orange is now the warmest color , si le orange n’est pas devenu la couleur la plus chaude ou la plus profonde...

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Blood Orange, (alias Dev Hynes) a lui aussi réintégré la force et la créativité du voguing dans sa musique et dans les images quil . Dans son clip « Time Will Tell », il est tout de blanc vêtu, parfois au piano, parfois à la danse. Le clip a été visionné plus de 500 000 millions d’internautes, on est loin de l’underground des balls .

A moins que l’orange soit le nouveau noir, « Orange Is the New Black », c’est le titre d’une nouvelle série américaine dont la star est une des nouvelles figures transsexuelles américaines. Laverne Cox est noire, et elle a fait la une du magazine TIME, fin mai 2014, dans lequel elle y raconte son histoire et s’exprime sur la façon dont elle trouve que l’Amérique perçoit les transgenre et transexuels.

Alors si ces nouvelles figures, sortent de l’underground passe par la case, musique, mainstream, série et s’affiche même dans la presse, il y a peut-être un nouveau genre en Amérique ?

Playlist du jour :

« BALTIMORE FIERCE » par DDM « INVICTOS » par ABDU ALI « Banjee MUSICK » par Abdu ALI « Queen Banjee » (Martha Wash Edit) par Abdu ALI« TO BE FREE NINA SIMONE » par ABDU ALI « NIGHT COLOR » par ABDU ALI - EXTRAIT de la série « Treme Bounce Gig »« Rock Around the Clock » par BIG FREEDIA « RAP GOD » par EMINEM « Cleaning Out My Closet » ANGEL HAZE « A TRIBE CALL RED » ANGEL HAZE « PAPAOUTAI» featuring ANGEL HAZE « Can't Stop Now » (Kicks Like a Mule Remix) feat. Azealia Banks « Thinking about you » FRANCK OCEAN « TIME WILL TELL » par BLOOD ORANGE « Same Love » par MACKLEMORE

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......